Les Salles d'escalade au bord de la chute

Les Salles d'escalade au bord de la chute
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Les Salles d'escalade au bord de la chute - © Tempura - Getty Images

Avec près de 200.000 grimpeurs estimés en Belgique, les salles d’escalades représentent un marché en pleine expansion. Mais le confinement pourrait avoir de graves conséquences sur le secteur si une réouverture en phase trois n’était pas prévue. 

La Belgique compte 65 salles d’escalade, dont une trentaine en Fédération Wallonie-Bruxelles. Selon une enquête menée par le Club Alpin Belge auprès de 9 d’entre elles, la fermeture aurait déjà eu un impact considérable sur 150 emplois.

Dans le cas d’une réouverture en juillet l’estimation des pertes financières est d’1 million d’euros (sur un chiffre d’affaire de 3 millions d’euros).

Sachant que cette enquête sous-estime très probablement la réalité puisque nous n’avons eu que 9 réponses sur la trentaine de salles existantes en Fédération Wallonie-Bruxelles " précise Marie Pierret, responsable communication du Club Alpin Belge. 

De jeunes entrepreneurs sur le fil

Pour Geoffroy De Schutter, coordinateur du Club Alpin Belge, " les situations sont très différentes. Certaines salles existent depuis bien longtemps et l’investissement de base est donc déjà amorti, d’autres sont des ASBL, des infrastructures publiques, donc on peut penser qu’elles s’en sortiront plus facilement. Et puis il y a les salles privées qui ont dû faire de gros investissements, et pour lesquelles l’avenir est incertain ". 

Nicolas Mathieu, gérant de MaNiak, a fait le pari en 2018 d’ouvrir une salle d’escalade à Nivelles et à Charleroi : " on s’est dit 3 semaines, pas de souci, mais là ça devient très compliqué de prendre des décisions sans savoir ce qui nous attend. Nous avons de gros investissements à assumer, et pour lesquels nous payons des intérêts sur un capital qui est en attente au niveau cash flow, ce n’est pas évident à gérer ". 

Afin de maintenir la tête hors de l’eau, beaucoup de salles d’escalades encouragent leurs membres à ne pas demander de remboursement de stage, cours ou abonnements, mais opter pour un report des activités. Et puis il y a les mécanismes de soutien financier : " nous avons tenté le prêt ricochet proposé par le gouvernement. Intéressant sur papier, mais la banque nous le refuse tant que l’on ne reporte pas la partie capital de notre prêt actuel. C’est au final un mécanisme d’urgence qui nous coûte cher alors que nous sommes à la base une entreprise pérenne. En outre, nous n’avons toujours pas reçu la prime de 5 000 euros promise par le gouvernement ". Nicolas Mathieu envisage donc de faire appel à la communauté via un système de prêt qui ne passe pas par la banque. 

Le secteur est prêt

Nous avons fait appel à des médecins et des experts pour préparer le déconfinement. Ils ont repris les directives des gouvernement et ils ont imaginé des scénarios pour les faire appliquer dès la phase trois. Un système de réservation pour limiter la fréquentation, des surfaces d’activité élargies pour respecter les distances, la mise à disposition de désinfectant pour une hygiène optimale des prises d’escalade " précise Marie Pierret.  

Le secteur est donc prêt et a pris les devants pour une réouverture dès que possible. " Chez nous, nous avons de l’espace donc on peut limiter à une personne par 10 mètres carrés, n’utiliser qu’une voie sur deux. En outre, les gens qui grimpe ne se touchent pas le visage. Pour le masque, c’est compliqué mais possible. Nous avons contacté un expert de l’UCL qui estime que dans un contexte sportif il faut changer de masque toutes les 30 minutes. Evidemment, il est compliqué de désinfecter toutes les prises après chaque passage, mais on peut favoriser l’usage de magnésie liquide (composée à 99% de gel hydroalcoolique) ". 

Sur la question de la magnésie liquide, les avis sont partagés : " certaines études disent que ça n’apporte pas la même efficacité. Il y a peut-être la même quantité d’alcool, mais dès lors qu’il n’y a pas d’eau, cet alcool s’évapore assez vite. Donc ce qu’on préconisera très probablement est de se laver les mains avec de l’eau et du savon après chaque voie " ajoute Geoffroy De Schutter. 

Les salles d’escalade : une invention belge

Il est intéressant dans ce contexte de se rappeler à quel point la Belgique est attachée à ses salles d’escalade. Le premier mur artificiel se situerait dans le parc de Laeken, construit dans les années 1920 à la demande du roi chevalier Albert 1er, féru d’alpinisme dont la passion a entraîné sa mort en 1934 à 58 ans. " Ensuite, il y a eu le mur artificiel en béton qui existe encore à Woluwé.ajoute Geoffroy De Schutter.

La première salle d’escalade en Europe, c’est Terres Neuves, fondée en 1987 en plein centre de Bruxelles. C’est là qu’a été inventé le système actuel de prises boulonnées à un panneau.

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