Les prix vont-ils augmenter dans l’Horeca ?

La TVA à 6% dans l’Horeca, c’est terminé dès le 1er octobre. C’était une des mesures de soutien aux restaurateurs et cafetiers pour faire face à la crise du coronavirus depuis le mois de mai. Quel est l’impact sur votre addition du retour de la TVA à 21% pour les boissons et 12% pour la nourriture ?

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Une addition plus salée ? © gettyimages

Bonne nouvelle ! Pas d’augmentation le 1er octobre

Nous avons contacté une dizaine de restaurateurs et tous, nous ont confirmés qu’il n’y aura pas d’augmentation le 1er octobre. Beaucoup n’avaient pas augmenté leur carte non plus à leur réouverture, mais par contre, cette pandémie leur a permis d’entamer une réflexion profonde quant à leurs métiers. Si les prix augmentent, ce ne sera pas à cause de la TVA mais à cause de la pression des charges et d’une envie de travailler "plus humaine".

Frédéric Niels est propriétaire de trois restaurants : "Au Vieux Saint-Martin, Au Savoy et au Grand Forestier et il est très déçu : "C’était une bouffée d’oxygène pour nous tous, hôteliers, restaurateurs et Cafetiers. On aurait bien entendu aimé que les 6% de TVA soient prolongés jusqu’à fin décembre au moins pour pouvoir remplir de nouveau les caisses et investir dans le personnel et dans du matériel."

Pour le moment, Frédéric ne va pas augmenter ses prix : " on doit recalculer toutes nos marges mais pour le moment rien de prévu. Par contre, si à un moment donné, on se rend compte que nos marges ne sont pas suffisantes, on devra revoir nos prix. D’autant plus qu'il y a une grosse augmentation dans les matières premières, le coût du personnel, … Mais ce ne sera pas le 1° octobre.

Il y a des grosses différences entre les quartiers entre les régions, entre les établissements. Tous ne sont pas impactés de la même manière, or cette décision est fédérale, Frédéric Niels, aurait aimé être un peu plus écouté : "Un café n’est pas un restaurant trois étoiles Michelin. Boire une bière dans un bistrot est-ce que réellement du luxe vu la TVA à 21% ? Il devrait y avoir beaucoup plus d’échanges d’informations et d’analyse sur le terrain avant de prendre des décisions unilatérales."

Alexandre Cardoso, chef dans les restaurants "Les caves D’Alex et  La Brasserie des Alexiens" s’y attendait : Nous n’avions pas baissé nos prix à lorsque la TVA a diminué, nous n’allons pas les augmenter à cause de cette TVA qui réaugmente par contre, nous avons entamé une grosse réflexion, une remise en question même ! "

On se rend compte que les prix ne représentent plus la réalité. On doit être plus cher, si on veut de qualité et offrir plus de confort à notre personnel.

Les gens ne veulent plus travailler avec des horaires coupés de dingue, 14 heures d’affilée. Soit, on augmente les prix, soit on nous aide avec des charges salariales adaptées à notre métier qui demande énormément de main-d’œuvre. Les politiques ont déjà fait des efforts sur les engagements et sur les heures supplémentaires mais il faut d’autres mesures qui nous permettront d’aller mieux dans le temps. Nous aussi, nous devons penser autrement ! On doit arrêter de croire que c’est une obligation de travailler 14 heures par jour. Puis le client, aussi, doit se rendre compte qu’aller au restaurant, cela à un coût : l’assiette, le personnel, l’énergie, la nappe, …"

 

Rafaello Fiorese, chef et propriétaire du restaurant le Zebrano à Bruxelles raconte que "beaucoup de gens se sont insurgés du fait que la diminution de la TVA n n’a pas entraîné une diminution des prix mais heureusement, car la pression fiscale que nous subissons sur tout le reste est bien présente. Le coût du travail est exorbitant dès lors que tout le monde possède un contrat plein-temps, ne parlons pas de l’imposition ni de l’augmentation des prix de l’énergie ni des diverses taxes, ni des autres rétributions comme Unisono pour diffuser de la musique, etc. Je m’étonne même qu’il soit encore abordable de manger au restaurant dès lors que les charges fiscales sont aussi énormes."

Rafaello aurait aimé que cette TVA à 6% soit permanente car les dégâts causés par cette crise sanitaire sont loin d’être un vieux souvenir :"J’ai des plans d’apurements sur de nombreux mois encore, des séquelles d’une année de fermeture où la région bruxelloise n n’a pas vraiment pris ses responsabilités vu que leurs caisses étaient vides." Cette TVA à 6% c’était pour lui l’assurance de pouvoir faire face à tout ceci, c’était l’espoir d’investir encore dans son établissement pour le garder à flot. Là, cela risque d’être compliqué pour son restaurant.

Mais là, les prix nous n’y toucherons plus car le client ne doit pas subir cette pression fiscale.

Mais il n’est pas amer face à cette pandémie : "Grâce à la crise nous avons changé en profondeur notre manière de fonctionner, notamment concernant notre offre culinaire. Elle est désormais centrée un maximum sur la filière courte et le bio et une sélection de produits plus haut de gamme. Lors du premier confinement, nos prix ont donc augmenté mais ceux de nos fournisseurs sont plus élevés également. " La crise lui a permis de mener une réflexion profonde sur son métier et les changements à effectuer.


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