Les frites belges n'ont pas la patate : "Les carnets de commandes sont vides"

Frites belges
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Frites belges - © Holger Leue - Getty Images

Au rayon des surgelés dans les supermarchés, les frites, croquettes et pommes duchesses ont un succès fou. Les pommes de terre fraîches s’arrachent comme des petits pains et la vente de chips a augmenté de manière spectaculaire avec le confinement. C’est donc indéniable : la pomme de terre reste une valeur sûre pour le consommateur belge !

Si dans la grande distribution la demande de produits à base de pomme de terre a grimpé, cette hausse ne suffit absolument pas à absorber la chute vertigineuse et même la demande désormais inexistante du secteur Horeca. Les industriels qui transforment les tubercules en frites fraîches et surgelées ne parviennent pas à écouler leurs stocks et s’attentent à une véritable hécatombe.

En cause : "la fermeture des restaurants, snacks, friteries mais aussi la fin des matchs de foot, des carnavals, foires, festivals et autres événements où le paquet de frites est roi", explique Pierre Lebrun, directeur de la filière wallonne de la pomme de terre.

La Belgique exporte 80% de ses frites surgelées. Or, avec la crise du coronavirus, les carnets de commandes sont vides.

"Il n’y a pas qu’en Belgique que les restaurants et les snacks sont fermés", poursuit Pierre Lebrun, "c'est le cas dans de nombreux pays du monde". En tant que numéro 1 mondial de frites surgelées, la Belgique exporte 80% de sa production dans 160 pays à travers les cinq continents. Or, pour l’instant, les carnets de commandes sont vides. Les pertes sont difficiles à chiffrer mais elles s’estiment à plusieurs centaines de millions d’euros.

Pour limiter la casse, une solution : stocker. Chez Clarebout Potaetos, 4e acteur mondial dans la transformation de pommes de terre, on dit avoir l’infrastructure nécessaire pour conserver les frites surgelées invendues. Mais pendant combien de temps ? Difficile à dire. D’autant que les congélateurs professionnels sont également en pénurie.

Même s’il explique que l’entreprise a les reins assez solides, Raphaël Tassart, porte-parole de Clarebout Potatoes pense déjà au déconfinement. "On espère d’abord l’ouverture des "drive" et des services à emporter."

En attendant, comme c’est le cas chez Mac Cain et chez la plupart des grands industriels, Clarebout Potatoes continuera à honorer ses commandes auprès des producteurs de pommes de terre avec lesquels il travaille.

Certains producteurs envoient leurs patates en biométhanisation

Même si certains industriels parviendront à limiter la casse, Pierre Lebrun de la filière wallonne de la pomme de terre ne se fait pas d’illusion : "Cette saison sera catastrophique et la saison 2020-2021 est clairement compromise."

Alors que les producteurs devaient en principe commencer à planter des pommes de terre hâtives, leurs hangars sont encore pleins. "D’ailleurs, certains producteurs envoient déjà leur production en biométhanisation pour éviter de devoir la jeter", déplore Pierre Lebrun.

Les "petits producteurs" se portent très bien

"Nous avons plus de demande que d’offre", lance Gwenael du Bus de la ferme du Peuplier implantée dans la commune de Grez Doiceau.

"Quand le gouvernement a décidé d’interdire les marchés, j'ai eu peur car j’y écoulais 90% de ma production", explique le maraîcher bio dont 15% de ses terres fournissent des pommes de terre Vita Bella. "Mais nous avons misé sur la vente directe à la ferme et nous avons rapidement mis sur pied des épiceries éphémères dans les quartiers qui accueillaient nos étals les jours de marché." Et c’est le carton plein : "Notre clientèle, très fidèle, nous a suivis", se réjouit le maraîcher dont le chiffre d’affaires n’est absolument pas impacté par la crise du coronavirus.

 

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