Les fermiers seigneurs de Boxtel: des consommateurs pionniers

Côté look, ils n'ont pas l'air d'être des rescapés de mai 68 et on les imagine mal tout lâcher pour partir élever des chèvres dans les Cévennes... Et pourtant, en les voyant arriver à la ferme ce samedi matin, sur leurs bicyclettes, on se dit que ces familles-là ont mis en pratique les rêves de leurs aînés, avec des notions d'écologie et d'économie en plus.

A Boxtel, aux Pays-Bas, on les appelle les "herenboeren", les fermiers seigneurs et ils font figure de pionniers. Le premier d'entre eux, le promoteur du projet, est un ingénieur agronome d'une petite quarantaine d'années. Crise de milieu de vie aidant, Geert Van de Veer a envie de réinventer la sienne et de prendre son destin en mains.

Dans un pays où l'agriculture est l'une des plus intensives en Europe, il se dit que pour faire évoluer les choses, c'est des consommateurs que le renouveau doit venir et il décide d'en faire des consommacteurs.

A Boxtel, les fermiers seigneurs ne possèdent ni terres ni couronnes mais ils contrôlent toute la chaîne de leur alimentation. Regroupés en coopérative, ils gèrent ensemble une vingtaine d'hectares sur lesquels sont plantés des légumes, des arbres fruitiers aux côtés de vaches et de cochons. Les membres de la coopérative ne se salissent pas les mains, ils louent les terres et les services d'un fermier qui s'occupe de leurs cultures, en mode bio bien sûr.

Chaque samedi matin, les familles se retrouvent à la ferme pour venir chercher des brocolis, des salades, des tomates, des poires, du porc... Les parents remplissent leurs paniers, les enfants gambadent, ambiance conviviale de rigueur : " Avant, on allait à la messe le dimanche, maintenant, on se retrouve à la ferme le samedi; on papote, on échange des recettes, nous formons réellement une communauté" nous dit l'un d'eux.

Et sa femme d'ajouter : " ces provisions couvrent environ 70% de nos besoins pour la semaine; bien sûr, ça demande un peu de travail, il faut laver les légumes encore chargés de terre et être créatifs au niveau des recettes pour ne pas manger la même chose chaque semaine. Mais c'est vraiment plus savoureux et c'est tellement bien de savoir ce que nous mangeons !"

Jusqu'à présent, 150 familles des environs ont rejoint la coopérative. Pour rentrer dans le projet, elles doivent mettre 2 000 euros sur la table mais l'argent leur est restitué s'ils quittent l'organisation. Chaque semaine, les provisions leur coûtent 10 euros, ce qui est vraiment peu par rapport à la quantité d'aliments fournis.

Et ce modèle séduit manifestement : aux Pays-Bas, une dizaine de fermes similaires sont en train de rendre le pouvoir aux consommateurs.

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