Les effets inattendus de la crise sur la consommation de drogue

Le fait le plus remarquable dans le domaine de la consommation de drogue au sens large, c’est un changement d’habitude dans les produits consommés. Infor-Drogues peut en témoigner. Cette association reçoit des appels de consommateurs en manque d’information. Antoine Boucher, son responsable communication nous révèle cette évolution.

" Depuis qu’Infor-Drogues existe pratiquement, depuis trente ans en tout cas, ça a toujours été le cannabis qui est le produit pour lequel on appelle le plus Infor-Drogue. Depuis le début du confinement, c’est l’alcool qui est le produit le plus présent. Ce que disent ceux qui répondent au téléphone, c’est que l’alcool a pris beaucoup plus de place. Les sorties étant limitées aux magasins d’alimentation, tous les déplacements étant plus compliqués, on a plus peur de se faire contrôler, etc. donc l’alcool va avoir une fonction de substitution. "

Moins de cannabis ou d’autres drogues illégales seraient consommés.

Le marché vivrait au ralenti et les prix seraient augmentation, selon Infor-Drogues : " Comme toute période où le contrôle est renforcé, le prix des produits clandestins monte, ça c’est systématique. Comme lorsqu’une opération policière vise les trafics, les produits vont être plus rares, donc, automatiquement les prix augmentent et ici, on est dans une situation qui ne vise pas évidemment les trafics mais l’effet quelque part est un peu similaire. "

Nouveaux lieux de deal

Malgré tout, la demande, même moindre, existe toujours alors les dealers veulent toujours probablement y répondre.

Mais l’offre de drogues a-t-elle, elle subit les effets de la crise ?

Le responsable de la salle de consommation à moindre risque (de stupéfiants) de Liège, Dominique Delhauteur témoigne : " On n’a pas de témoignage chez ceux qui viennent encore chez nous, de difficulté pour s’approvisionner. Donc, l’offre, au début, oui, il y a eu quelques hésitations, mais l’offre, visiblement, a dû se réorganiser pour avoir d’autres lieux de deal, enfin, il faut tenir compte de la désertification des villes et de la visibilité que cela entraîne pour leur activité. Ils se sont réorganisés. "

D'ailleurs, c'est ce que témoigne un Liégeois qui veut rester anonyme. Il observe chaque soir depuis sa fenêtre un nouveau trafic, apparu en bas de chez lui au début du confinement. " A partir de 20h30, 21h00, je vois, je ne dirais pas un défilé incessant, mais il y a beaucoup de voitures qui s’arrêtent, qui en attendent d’autres. Il y a des petites motos qui viennent les rejoindre. Vu les temps d’arrêt, vu les petits colis qui s’échangent que je vois de ma fenêtre, je pense que c’est indéniablement un trafic de stupéfiant. "

Sevrage ou overdose

La salle de consommation de Liège (une salle de shoot, en langage populaire) est toujours ouverte en ces temps de confinement. Elle est considérée comme une unité de soins. Son responsable, Dominique Delhauteur, témoigne des changements observés depuis le début de la crise. " Le confinement a eu comme effet de casser un peu la demande et au départ, l’offre de drogue : plus de mendicité, plus de vol à l’étalage, parce qu’il n’y a plus de commerce, plus de chaland, plus de possibilité de mendier ou de voler. Il leur est impossible d’avoir les revenus quotidiens nécessaires pour s’acheter leur produit. C’est le cas d’une bonne partie d’entre eux. "

La salle de consommation commençait le mois de mars avec une moyenne de 65 passages par jour. Au début du confinement, elle n’en comptait plus que 27 par jour. Pour le mois d’avril, la fréquentation devrait encore être en baisse.

Pourquoi une bonne moitié des habitués ne s’y présentent plus ? La réponse est simple, pour Dominique Delhauteur... 

Ils n’ont plus de produit !

La salle de consommation ne fournit pas de stupéfiant bien sûr. Le consommateur vient avec ses drogues achetées clandestinement pour les consommer à moindre risque sur place. "Ils n’ont eu d’autres solutions, faute d’avoir des moyens d’acheter leur drogue, que de se sevrer, c’est-à-dire de faire en sorte d’être abstinent et ils font sans doute le gros dos et ils attendent que la crise passe et dès le moment où ils auront de nouveau la possibilité de mendier correctement, etc. il y aura des revenus quotidiens qui leur permettent d’acheter, ils achèteront, ils recommenceront à consommer. Une bonne part d’entre eux sont allés aussi vers la substitution, vers la méthadone, mais ça ne concerne que les héroïnomanes,  "

Y a-t-il un espoir que ce confinement permette à quelques toxicomanes de sortir de leur addiction ? Dominique Delhauteur veut y croire, mais il craint aussi le pire pour une autre partie des consommateurs

On a peur qu’il y ait des overdoses.

" Ceux qui font le gros dos, qui sont en substitution, avec l’idée que dès que le confinement se termine, qu’ils se retournent vers les produits eux-mêmes, là on a peur qu’il y ait des overdoses. "

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