Les décorations de noël en ville : un fameux business…ou pas !

Aaaaahh, la période de Noël…et ses illuminations dans les villes et les villages. Quel plaisir ! Oui, mais à quel prix ? A Liège, on a frappé fort avec une décoration intense et 200 000 euros de budget. A Namur, capitale wallonne, 40 000 euros sont injectés chaque année dans les luminaires en période de fêtes. Par contre, la commune d’Aiseau-Presles, dans le Hainaut, a décidé de ne plus rien installer : trop cher. Les habitants ne sont d’ailleurs pas contents.

Aiseau-Presles, pas d'illumination par soucis d'économie

La nuit est tombée sur Aiseau-Presles en ce 14 décembre. Il ne fait pas vraiment froid, mais il fait plutôt noir sur la place qui abrite le centre culturel, la pharmacie et un des derniers cafés de l’entité. Noir…Noir, noir ? Oui, très noir. Pas une seule guirlande de Noël pour égayer le lieu, pas de sapins décoratifs en rue, pas de lumières suspendues aux arbres : rien de rien. Depuis 2015, la commune n’investit plus dans la décoration lors des fêtes de fin d’année. Le bourgmestre Jean Fersini se justifie : " Depuis 2008, on est obligé légalement d’installer des lumières de Noël économiques. Ici, nous avions depuis des années de l’éclairage à incandescence pour les fêtes. Mais il ne nous est plus permis de l’installer, normes écologiques obligent. Il est trop énergivore. Il faudrait donc réinvestir 80 000 euros en 4 ans pour racheter du matériel led neuf et qualitatif. Moi, ces 80 000 euros, je préfère les injecter dans des projets pour la population, les jeunes, les seniors, plutôt que dans des luminaires. Autant que mon but est également d’avoir un budget en équilibre. Donc fini les décorations de Noël installées par la commune ".

Et c’est vrai que le soir, il fait noir. Ce mercredi à 20h, nous étions sur la place communale de Presles, près du centre culturel. Pas un chat (ou plutôt si, on a croisé un chien…), et surtout pas d’ambiance de Noël. Au café Le Petit Presles, on est vraiment déçu : " Le village est tout triste sans aucune décoration ", déplore la tenancière. " Pour attirer des clients, ce n’est vraiment pas l’idéal. J’ai bien installé moi-même un petit sapin dans mon établissement, mais je n’ai pas les moyens d’une commune, donc c’est un peu léger ". Quant à Robert, habitant de la localité depuis toujours, il déprime presque : " Il y a quelques années, la place ici était toute belle, toute en lumière, aujourd’hui plus rien. Et comme les particuliers ne sont pas motivés non plus pour décorer leurs jardins et leurs devantures, on se retrouve avec zéro ambiance, zéro cachet ". Dommage, effectivement. Mais le bourgmestre a tranché, à son corps défendant.

La culture des lumières de Noël

A Namur, on achète chaque année du nouveau matériel pour embellir les rues : "La décoration de Noël est installée à partir de la mi-octobre. Cela prend beaucoup de temps. Et si une guirlande de rue tombe en panne en cours de saison, on la remplace illico. Notre budget de 40 000 euros reste modéré, heureusement. Et il faut encore compter 7000 euros pour l’énergie".

Et oui, 7000 euros pour l’énergie, d’autant que la plupart des illuminations fonctionnent en journée. Les passants sont peu nombreux à l’avoir remarqué : " Ah bon, c’est allumé le jour ? " nous lance Victoria, pourtant habituée du centre-ville. " Je ne l’avais même pas remarqué. C’est du gaspillage, pour moi, cette décoration qui fonctionne non-stop ! ". " Pas du tout", enchaîne Daniel Evenepoel le monsieur Lumière de la ville, "ces lumières la journée donnent une impression de fête. Pour faire tourner le commerce, c’est parfait. Les commerçants sont contents ! ". Et ils peuvent bien l’être, contents, les commerçants. Dans le passé, ils devaient financer eux-mêmes les décorations lumineuses de fin d’année. Mais la ville a déploré quelques accidents à cause d’un matériel de moins bonne qualité. Bref, Namur préfère s’occuper elle-même des illuminations de la rue, pour éviter tout problème. Le souci, c’est que les commerçants sont devenus un peu inactifs en matière de décorations lumineuses. Rares sont les boutiques qui présentent une façade éclairée de manière personnalisée et originale pendant les fêtes. Ils ne prévoient plus rien, ou presque. En Alsace, par exemple, il y a une véritable surenchère entre commerçants. C’est à celui qui aura le plus d’éclairage led sur son mur. On est loin du compte en Wallonie et à Bruxelles.

Cependant, la consommation des luminaires installés dans nos villes est bien moins forte qu’auparavant : " On consomme 7 fois moins d’énergie qu’au début des années 2000 ", explique Daniel Evenpoel.  " Ce sont des lumières fabriquées en Chine et assemblée en France. On les conserve environ 10 ans. Il faut choisir de la qualité car on les manipule sans cesse. Parfois sans beaucoup de ménagement. Cela prend beaucoup de temps pour tout installer, voilà pourquoi on commence déjà…mi-octobre !".

A Aiseau-Presles, le bourgmestre a trouvé une super idée pour illuminer les 4 villages de l’entité l’an prochain : organiser le concours de la maison la plus illuminée de la commune : " Il y aura plusieurs prix, plein d’animations ", précise le bourgmestre. Mais c’est surtout un moyen de faire payer aux citoyens les éclairages. La commune s’en tire bien ! " Ok, mais pensez à mon budget, qui est à l’équilibre. Cela n‘a pas de prix ". Et à propos, ce sera quoi, le prix pour la maison la mieux décorée ? 20 000 euros ? " Ah, vous êtes un petit rigolo, vous ". Si vous le dites. Allez, on coupe les lumières. Rideau. Dodo. Et Joyeux Noël…

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