Les causes invisibles des nombreuses et inédites pénuries

Le consommateur n’y voit bien souvent que du feu, comme nous le fait comprendre Thomas Di Felice, patron d’une surface d’électroménagers, en nous montrant son rayon des petits électros : "On a dû écarter les fers à repasser parce qu’il nous manque des fers à repasser. Donc, on a ici six fers à repasser. On devrait en avoir dix, quinze de stock."

Ce n’est pas très visible, donc, mais c’est du jamais vu… Autant de ruptures de stocks et de retards d’approvisionnement dans autant de secteurs à la fois.

Délai indéfini

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Les délais d’attente sont en effet parfois incroyablement longs, comme en témoigne Thomas Di Felice : "On a parfois un an d’attente entre le moment où on l’a commandé et où on l’a effectivement reçu." Même délai inédit chez Bardy Saïtta, patron d’un magasin de vélos : "On est entre six mois et un an de délai pour certains modèles." Eline Parent, marchande de chaussures, rencontre le même problème : "Quand c’est en rupture de stock, souvent, on ne reçoit plus la marchandise du tout, qu’avant, dans un délai raisonnable, on pouvait encore avoir."

Ces situations inédites et ces délais records, nous allons tenter de les expliquer.

Usines à l’arrêt

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Première cause, la plus répandue, ce sont les arrêts liés à la crise sanitaire. Thomas Di Felice, patron d’une surface d’électroménagers, en témoigne : "On a reçu une information officielle à ce sujet. Des usines allemandes qui sont fermées pour une production, le temps dix, quinze jours pour produire, un exemple, des lave-vaisselles et ça fatalement, il faut imaginer que dix jours de production, en sachant que dans des grosses usines, on produit entre cinq et sept mille lave-vaisselle par jour, quand vous avez dix jours de retard, ce sont des quantités parfois effrayantes." Même son de cloche du côté de la construction comme nous l’explique Véronique Vanderbruggen, directrice des relations publiques de la Confédération Construction : Le problème est un problème mondial. La pandémie, le Covid, a provoqué effectivement une série de ruptures de production, des ralentissements dans des unités de production, des unités de production pour les matières premières qui n’ont pas pu anticiper à la reprise des activités."

Remettre toute l’économie mondiale en ordre de marche après avoir subi des arrêts désordonnés… Et oui, ça prend du temps.

Explosion de la demande

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L’autre facteur qui explique les retards et les pénuries, ce sont les augmentations de la demande. C’est pour le vélo que cette demande a particulièrement explosé. Ce moyen est très tendance depuis qu’il est électrique, mais la crise l’a également boosté. Il permet en effet d’éviter les foules et de s’adonner au tourisme local. Autre boom de la demande, dans le domaine de la construction et du bricolage, comme nous l’explique Véronique Vanderbruggen : "La demande mondiale accrue du Do-It-Yourself, en période de pandémie a fait qu’effectivement, il y a un déséquilibre entre l’offre et la demande."

Transports au ralenti

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A côté des soucis liés à l’offre et à la demande, il y a les stocks qui se baladent et qui traînent quelque part autour du globe. Eline Parent, marchande de chaussures : "Ici, j’avais des colis qui sont arrivés au port. Mais ils étaient calés au port quoi, parce que confinés à Amsterdam ! Tout était calé au port d’Amsterdam, voilà ! Alors que la marchandise était là, mais à la place d’être livrée en une semaine, ça a mis un mois et demi, quoi !"

Thomas Di Felice, patron d’une surface d’électroménagers : "Il y a eu fatalement un embouteillage monstre au niveau des containers. Ça, c’est très important parce que nous, on a beaucoup de clients qui nous demandent : "Vous n’avez pas de vue sur ce qui doit arriver ?". En fait, les fabricants n’ont pas de vue eux-mêmes." 

Le consommateur en bout de chaîne

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En résumé, les stocks traînent en mer, la production se réduit, la demande augmente et les prix, du coup, eux, grimpent. Au bout du compte, c’est bien souvent le consommateur final qui assume donc les conséquences.

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