Les applications de reconnaissance de champignons : efficaces ou dangereuses ?

Nos campagnes et forêts regorgent de trésors gustatifs, pour qui sait les identifier. Désormais, la technologie vient à la rescousse des amateurs sous forme d’applications pour smartphones.

Mais alors que la saison bat son plein, en France, l’Agence nationale de sécurité sanitaire recommande de ne pas consommer de champignons identifiés par les applications de reconnaissance. En cause : des cas d’intoxication recensés. Alors, ces applications sont-elles peu fiables ? Nous avons accompagné deux spécialistes lors d’une sortie en forêt pour les tester ensemble.

Test de 3 applications différentes

Nous avons téléchargé trois applications. Deux fonctionnent par identification d’images, Champignouf et Picture mushroom. D’une simplicité enfantine, il suffit de prendre une photo avec votre téléphone, et l’appli va identifier le champignon en quelques secondes ! La troisième, Déclic champi, s’utilise sans photo mais à l’aide d’une arborescence, et nécessite quelques connaissances. Elle propose d’ailleurs des leçons de mycologie afin de maîtriser le vocabulaire de base nécessaire avant de tester l’application sur de vrais spécimens.

Pour le premier essai, c’est un sans-faute. Mais rapidement, nous préférons poursuivre notre test avec les deux premières applications seulement, qui fonctionnent grâce à un simple clic. Si la troisième est riche et bien conçue, elle nous semble plus complexe et son utilisation se démarque trop des deux autres produits.

Les premiers essais sont concluants. Les applications identifient plusieurs spécimens et quand nous compliquons un peu la tâche avec une amanite tue-mouche sans points blancs sur son chapeau, là encore, sur base d’une seule photo, cela fonctionne. Mais au 5e essai, nos spécialistes constatent une première erreur. Qui seront suivies d’autres confusions.

"Nous avons vu qu’elles fonctionnaient très bien avec des espèces très communes mais qu’elles étaient déjà plus approximatives pour des espèces moins communes ou cueillies à des états très jeunes ou beaucoup plus vieux" constate Olivier Guilitte, Professeur de mycologie à l’Université de Namur.

Verdict : pratiques, mais pas infaillibles

Ces applications, certes pratiques, et parfois étonnantes, ne sont pas infaillibles. Elles ne doivent être utilisées qu’à titre consultatif, insiste Régine Pire, pharmacienne au Centre Antipoisons. "Les applications peuvent être prises en considération mais doivent être accompagnées d’un autre avis ou d’un livre de référence."

Par contre, n’hésitez pas à photographier vos champignons ! En cas d’intoxication, cela pourrait faciliter la tâche des médecins qui devront identifier rapidement l’espèce en cause avant de vous proposer le traitement adéquat.

Chaque année, le Centre Antipoisons reçoit environ 400 appels relatifs aux champignons. Avec l’émergence de ces applications, ce nombre pourrait bien augmenter. Prudence donc ! Ne ramassez que les champignons que vous connaissez parfaitement, croisez vos sources, et en cas de doute, sollicitez l’avis d’un mycologue averti !

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