Les appareils à UV pour désinfecter, une solution miracle ?

Lampe à UV, boite à UV, armoire à UV… Ces produits dont on ignorait encore l’existence, il y a peu, pourraient-ils se répandre dans notre environnement quotidien ? Des sociétés les proposent, en tout cas, avec des arguments prometteurs.

Les UV, efficaces ?

La réponse est claire. Oui, certains UV (rayons ultraviolets) ont un effet germicide. Dans certaines conditions, ils peuvent désinfecter efficacement. Thomas Michiels, virologue à l’Institut de Duve (UCLouvain), nous explique le principe

Les UV de courte longueur d’onde, dans la gamme des UV-C, endommagent les acides nucléiques et peuvent inactiver des bactéries et des virus.

Le monde hospitalier utilise d’ailleurs déjà des dispositifs émettant des rayonnements UV pour compléter des désinfections. Dans un tout autre domaine, l’alimentaire, les UV aussi ont déjà fait leurs preuves. " On trouve par exemple des lampes UV germicides utilisées la nuit dans les étals de boucherie, lorsqu’ils sont vides, pour en stériliser la surface avant de mettre les aliments en place le lendemain. " nous rapporte Thomas Michiels.

Aujourd’hui, armoires, boîtes, lampes à destination du grand public

Armoires à vêtements proposées par exemple aux magasins de prêt-à-porter pour " nettoyer " les vêtements de la présence de virus, entre deux essayages. Ou encore une boîte pour désinfecter son smartphone tout en le rechargeant, produit proposé par Médiamarkt.

Baglio Giuseppe, chef de projet de la société de désinfection XLG basée à Jumet a mis au point avec ses équipes des armoires de désinfections. (Comptez entre 750 et 4000 euros l’armoire). Son patron Adnan Uzun, nous explique la démarche : " Nous avons pris nos renseignements auprès d’un fabricant de lampes à UV et nous essayons de transposer cela (ndlr : le principe des UV tueurs de virus) dans d’autres applications. Elles sont tellement multiples. " Depuis la commercialisation de leurs solutions de désinfection par UV, les commandes arrivent de partout, également de l’étranger. Même si la crise actuelle est la cause indéniable de ce boom de la demande, le patron de cette société veut faire preuve de transparence dans sa communication.

Ce n’est pas un modèle destiné au monde médical. On n’a pas assez de recul sur le covid-19. Donc aujourd’hui la seule garantie que je donne, c’est que ça marche contre les micro-organismes, contre les bactéries et les virus de type coronavirus, mais on n’a aucune étude sur le covid-19. 

Mais la société veut y croire et pour en avoir le cœur net, elle a demandé à un laboratoire des tests spécifiques au coronavirus responsable du covid-19. Les résultats sont attendus.

Les limites

Thomas Michiels, virologue à l’Institut de Duve (UCLouvain) précise " Les UV ont un très faible potentiel de pénétration dans la matière et ne stérilisent que la surface qui est leur est directement exposée."

A travers un plexiglas donc, les UV n’agissent pas. Attention aussi aux zones d’ombre. Jean Ruelle, chercheur en microbiologie médicale à l’UCLouvian, nous met en garde : Ce qu’il faut se méfier, toujours, avec les UV, ce sont les zones d’ombre. Ça dépend comment la boîte est conçue, mais si vous avez des UV qui n’arrivent que d’un seul côté, les zones qui ne sont pas aux UV ne sont pas décontaminées. "

Par ailleurs, la conception et l’utilisation de la boîte, de l’armoire ou de tout autre dispositif doivent répondre à toute une série de paramètres.

L’effet stérilisant dépend évidemment directement de la dose des UV. La puissance des lampes et la distance entre la lampe et la surface à stériliser sont déterminantes.

Faux sentiment de sécurité

Au sujet de tous ces dispositifs fonctionnant aux UV, Fabrice Peters, le porte-parole du Conseil Supérieur de la Santé tient à nous mettre en garde : "

Il ne faut pas que ces technologies vendues au grand public créent un faux sentiment de sécurité, le lavage des mains et des surfaces doivent rester prioritaires et ces techniques n’apportent que peu de plus-values en dehors du secteur hospitalier par exemple.

Le Conseil Supérieur de la Santé va même plus loin et perle de danger, lié aux UV : risques de cancer de la peau et de dommages aux yeux. Donc, les dispositifs doivent bien évidemment veiller à ne pas exposer les personnes à ce type de rayonnement. Même si cette précaution est respectée, d’autres risques subsistent avec certains UV, selon l’avis du Conseil Supérieur de la Santé. " Les UV-C de longueur d’onde inférieure à 240 nm peuvent convertir photochimiquement l’oxygène de l’air en ozone nocif. " Fabrice Peters, le porte-parole du Conseil Supérieur de la Santé insiste : " La population ne doit pas être exposée à l’ozone, UV, biocides, peu importe le système utilisé. La désinfection manuelle à l’aide de détergents classiques est très efficace et doit toujours précéder d’autres techniques. (ndlr : les UV) C’est une phase terminale de désinfection dans les hôpitaux, pas un remplacement des mesures d’hygiène et de désinfection classiques. "

Bref, on en revient toujours aux mêmes conclusions. Les gestes barrières classiques (distance, masque, lavage des mains…) sont finalement les moins coûteux, les moins à risques et les plus éprouvés.