Le secteur des taxis au bord du gouffre

Le secteur des taxis au bord du gouffre
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La crise du coronavirus pèse lourdement sur les activités des sociétés de taxis et de location de voitures avec chauffeur (LVC). Depuis la mi-mars, 90% d’entre elles sont à l’arrêt. Sans aides gouvernementales supplémentaires, le secteur s’attend à de nombreux licenciements dans les mois à venir.

Le secteur est au bord du gouffre !

indique d’emblée Pierre Steenberghen, Secrétaire Général de GLT-Taxi, le groupement national des entreprises de voitures de Taxis et de Location avec chauffeur. Pourtant, le secteur n’a jamais été forcé à fermer ses portes. Le gouvernement l’a considéré comme étant essentiel. Notamment pour transporter, à perte, le personnel hospitalier, les conducteurs de train, ou encore les personnes qui n’ont pas d’autres alternatives pour se déplacer. " Mais dans les faits, les activités de 90% des entreprises sont à l’arrêt complet. Et les chiffres d’affaires ont baissé, en moyenne, de 95% ", déplore-t-il.

Une situation dramatique pour un secteur qui pâtit de l’arrêt obligatoire du tourisme, de l’évènementiel et de l’HORECA. Des activités économiques qui génèrent habituellement la plupart des courses. Tous ces déplacements sont arrêtés et ne reprendront pas pleinement de sitôt.

Mise à l’arrêt des micro-entreprises

Sam Bouchal est gérant d’une micro-entreprise de taxis. Il fait partie de ceux qui ont dû cesser toute activité durant la crise. " Ma société générait plus de pertes que de revenus. J’ai voulu limiter la casse. Mes six employés sont désormais au chômage temporaire. "  Son combat aujourd’hui : chasser tous les coûts fixes pour soulager sa trésorerie. " J’ai suspendu les assurances des véhicules. J’ai négocié avec ma banque un report de six mois pour mes contrats de leasing. J’ai également beaucoup bataillé, avec d’autres collègues, pour obtenir des aides. "

Nous sommes considérés comme étant d’utilité publique, pourtant, nous n’avons aucune aide significative de l’État.

Des aides insuffisantes

Au compte-gouttes, les sociétés de taxis et de LVC ont obtenu différentes aides du gouvernement. " Les trois régions ont octroyé des aides forfaitaires pour encaisser le coût. En Wallonie, les entreprises à l’arrêt total bénéficient d’une aide de 5.000€. À Bruxelles, elle est de 3.000€, mais sans obligation de fermeture complète ", affirme Pierre Steenberghen.

" Nous avons également obtenu un report du payement des charges sociales, de la TVA et du précompte professionnel ", poursuit Sam Bouchal.

À Bruxelles, Rudi Vervoort, Ministre-Président de la Région de Bruxelles-Capitale (PS), a rapidement décidé de supprimer la taxe régionale annuelle que le secteur doit payer. Soit une taxe de 575 euros par taxi et de 682 euros par LVC.

Toutes ces aides sont forcément les bienvenues et soulagent temporairement le secteur, mais elles ne seront pas suffisantes. Car les coûts fixes sont trop importants et sans aucune rentrée financière durant de longs mois, les entreprises ne seront pas en mesure de les assumer.

Ce que nous demandons maintenant, ce sont des garanties

Prolongement du chômage temporaire et réduction des charges sociales

Pour éviter les nombreuses faillites et les licenciements massifs, l’élément déterminant sera le prolongement du chômage temporaire. " J’ai des collègues qui ont déjà commencé à licencier. Nous, nous n’avons pas encore pris cette décision-là. Mais le jour où le gouvernement n’octroie plus cette aide, nous aurons de gros problèmes ", affirme Rudy Claude, secrétaire Général chez Taxi Autolux, qui compte environ 350 employés, dont 95% sont actuellement au chômage temporaire.

Le gouvernement a annoncé sa prolongation jusqu’à la fin du mois de juin. Mais la crise aura des conséquences qui iront bien au-delà de cette date.

On veut qu’il soit prolongé, au minimum, jusqu’au 31 août.

Outre la prolongation du chômage temporaire, le secteur demande aussi une réduction des charges sociales de manière généralisée dans le secteur.  " Simplement reporter les charges sociales ne sera pas suffisant. Comment les payer, même dans six mois, alors qu’il n’y a plus aucune rentrée d’argent et donc plus aucune trésorerie ? Le gouvernement doit se rendre compte que ce n’est rien d'autre qu’une épée de Damoclèse au-dessus de nos têtes ", s’inquiète Sam Bouchal.

Un avenir noirci

Les perspectives d’avenir ne sont pas rassurantes. La situation risque d'encore durer de longues semaines, car l’activité est corrélée au tourisme, à l’évènementiel et à l’HORECA. Autant dire que la reprise se fera en douceur et que le bilan de l’année 2020, sera de toute façon catastrophique.

L’angoisse est lancinante. On attend des signaux forts du gouvernement.


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