Le mouvement zéro déchet est-il menacé ou boosté par la crise ?

Le mouvement zéro déchet est-il menacé ou boosté par la crise ?
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Le mouvement zéro déchet est-il menacé ou boosté par la crise ? - © Richard Drury - Getty Images

Gants à usage unique, produits emballés, ventes en vrac raréfiées… Tout est là pour assurer la sécurité. De quoi se demander si le mouvement du zéro déchet est assez fort pour supporter ce retour en arrière. Analyse.

Dans le monde de Sylvie Droulans, les emballages sont bannis depuis longtemps… Jugés trop néfastes pour l’environnement. Trop encombrants. Trop tout pour cette femme qui préfère vivre avec moins. Zéro déchet, autrement dit. Une philosophie de vie qui doit aujourd’hui composer avec une autre réalité, celle du confinement et de l’hygiène à tout prix.

La crise est un problème car beaucoup de commerçants n’acceptent plus les contenants.

Déplore Sylvie Droulans, créatrice du blog Zérocarabistouille. " C’est une frustration bien sûr mais elle est temporaire. Ce qui compte, c’est que les gens restent motivés, que les bons gestes zéro déchet reviennent après la crise ". Une attente aussi forte dans les commerces qui vivent de ça.

C’est le cas chez Sequoia, la chaîne de magasins spécialisée dans le bio qui a dû revoir sa politique anti-gaspillage après le 16 mars.

C’est un fait : l’utilisation d’emballages a doublé !

Précise Laurent Verheylesonne, responsable marketing. Mais pour limiter les dégâts, nous avons recours à du carton. Il faut ce qu’il faut… Aujourd’hui, on remarque que les carottes emballées sont devenues les meilleures ventes alors qu’avant, on en commandait peu ".

Pourquoi ce retournement ?

Qu’est-ce qui justifie cet usage unique ? Pour Laurent Verheylesonne, la réponse est claire…

Il y a une méfiance envers le vrac. 

"Mais cette crainte est compréhensible car dans cette zone, il y a beaucoup de contact avec des produits non emballés qui sont donc des risques potentiels." Résultat, ce type de ventes a été suspendu dans un premier temps. Là où chacun pouvait venir avec son contenant et se servir en aliments secs au moyen d’une petite pelle, il n’y a plus moyen de passer à présent. Trop hasardeux, trop stressant. Surtout qu’au début, Sequoia n’avait pas de gel hydro-alcoolique ou de gants. " Il a fallu tout fermer, se former et s’équiper pour ne pas risquer de propager le virus. Heureusement, nous avons vite trouvé une alternative afin de continuer le vrac dans les boutiques où l’espace est suffisamment grand pour permettre la distanciation sociale. Nous proposons là de la vente assistée, c’est-à-dire que nous avons un membre du personnel dévoué à ce poste, et c’est lui et lui seul qui s’occupe de servir les demandes pour le vrac. Dans les magasins plus petits, nous avons choisi d’emballer ces mêmes produits dans des conditionnements kraft. C’est un regret mais les risques sanitaires sont tels que nous n'avons pas le choix. Nous préférons le zéro risque au zéro déchet !"

Quid des magasins de quartier ?

Qu’en est-il alors dans les magasins de quartier ? La crise a-t-elle là aussi des répercussions négatives ? Question hautement sensible dans ce milieu qui craint de voir l’emballage devenir une garantie… " Chez Chyl, c’est l’inverse qui se produit " précise Nancy Eissaoui, la gérante bruxelloise.

Les gens sont rassurés de prendre les aliments avec leurs contenants.

" Ils se sentent plus en sécurité. Il faut dire que le système de vente en vrac le permet ici car il se fait avec des silos qui sont régulièrement stérilisés. Nous ne les rechargeons que quand le magasin est fermé, avec des poignées, des gants et des masques. C’est un protocole strict mais nécessaire. Il n’y a qu’avec le rayon traiteur que nous sommes obligés de mettre sous vide ".

Quid après la crise ?

A chaque magasin, sa réalité. Mais un point commun se dégage néanmoins chez ces trois adeptes du zéro déchet… Voir le positif malgré tout !

" On reviendra dès qu’on le peut à la normale tout en restant prudent, insiste Laurent Verheylesonne de chez Sequoia. Je pense que le coronavirus va changer les habitudes des gens… On sera plus soigneux, on se lavera davantage les mains ".

Pour la patronne de Chyl, Nancy Eissaoui, l’espoir est aussi de la partie. " En tant que petite épicerie de quartier, on connaît nos clients par cœur. Et là, un sur deux n’est pas un habitué. La fréquentation a doublé… Sûrement parce que c’est plus facile de venir chez nous, il y a moins de file… J’espère vraiment que ces nouveaux venus qui découvrent une autre façon de consommer resteront après le confinement ".

Une conclusion partagée par Sylvie Droulans, elle aussi pleine d’optimisme : " Il y aura deux réponses à l’après covid-19 : l’opulence ou la prise de conscience, et c’est cette dernière qu’il faudra stimuler. Parce beaucoup de gens focalisés sur leur salaire vont se rendre compte qu’ils ont pu vivre avec moins de choses et que ça ne leur a pas manqué. C’est ça qu’il faudra retenir pour entrer dans le zéro déchet... ".