Le leurre écologique des semences pour "prairies fleuries"

Le leurre écologique des prairies fleuries
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Le leurre écologique des prairies fleuries - © the_burtons - Getty Images

" Un panaché de couleur dans votre jardin, plus de biodiversité ! " indique la boîte de semences " prairie fleurie, pour papillons et abeilles " de chez AVEVE. Le genre de packaging que l’on retrouve dans la plupart des grandes surfaces de jardinage ou de bricolage.  

En bonne âme et conscience, vous achetez ce petit concentré de fleurs " idéales pour papillons et abeilles ", mais est-ce vraiment un acte écologique ? 

Ce n’est pas l’avis de Jean-Benoît Ducarme, chef de cultures au Centre Technique Horticole de Gembloux : " Dans ce genre de mélange, ce sont des semences de plantes qui ont été sélectionnées pour faciliter la floraison. Les fleurs seront certes plus grosses et plus belles, comme les cosmos ou la phacélie, c’est très joli, mais ça ne vient pas de chez nous. "

Comment voulez-vous favoriser notre biodiversité avec des plantes qui ne viennent pas de chez nous ?!

Dans les mélanges " prairie fleurie ", on trouve par exemple des bleuets : " ceux-ci sont des variétés horticoles, c’est-à-dire que les semences ont été sélectionnées pendant des années pour qu’au final la fleur soit plus grosse, avec plus de pétales. C’est très joli, mais cela donne beaucoup plus de travail aux insectes : il sont attirés par la couleur éclatante mais à l’intérieur, il ne trouvent quasi pas de nourriture donc ils dépensent de l’énergie pour rien, ce n’est pas leur rendre service ".

Des semences stériles

Pascal Colomb dirige l’entreprise Ecosem, société spécialisée dans la production de semences et de plantes indigènes d’origine contrôlée. Selon lui, ce genre de mélanges a très peu de chances de durer plus d’un an : " ce sont des espèces exotiques, des fleurs qui tiennent un an alors que moi, j’ai des prairies qui ont 15 ans d’âge ".

Le secret de cette longévité, jean-Benoît Ducarme l’explique : " Si vous prenez un mélange de semences indigènes, des semences d’ici, vous aurez une floraison moins colorée, moins abondante. Mais cela durera beaucoup plus longtemps. Les bleuets et coquelicots de la première année laisseront place aux marguerites, puis il y aura du géranium sauvage, de l’achille sauvage, des centaurées sauvages, etc. Le massif va varier dans son aspect et va durer beaucoup plus longtemps. Moins éclatant, mais plus avantageux pour les insectes ".

Pascal Colomb ajoute : " Si on travaille avec des plantes régionales, on est sûr de bien nourrir les papillons, chenilles, etc. Le bleuet par exemple, regorge de pollen et de nectar, sauf s’il a été modifié pour avoir d’avantage de pétales, ce que l’on appelle des " variétés doubles ". Elles sont tout aussi attirantes pour les insectes, sauf qu’elles offrent beaucoup moins de nourriture. Pour l’insecte, c’est beaucoup d’efforts pour pas grand chose ".  

Si vous prenez un mélange de semences d’ici, vous aurez une floraison moins colorée, moins abondante. Mais cela durera beaucoup plus longtemps.

En Belgique, il existe 400 espèces d’abeilles sauvages, dont la moitié est inféodée à une seule espèce de plante. Si cette espèce disparaît, ou est modifiée, l’insecte disparaît également : " une espèce d’abeille sort fin août de la terre, quand le lierre fleurit. Elle se nourrit uniquement de ces fleurs. Remplacez le lierre par du lierre horticole (NDLR : pas indigène) et vous ne savez plus s’il est assez nourrissant, quand il fleurit, etc. Vous risquez de faire disparaître l’abeille, alors que vous avez cru bien faire "

Depuis qu’il a semé des parcelles de pré fleuri avec des semences locales, Jean-Benoît Ducarme observe le retour des chardonnerets, oiseaux classés comme " vulnérables " par l’Union Internationale pour le Conservation de la Nature (IUCN) : " réintroduisez les végétaux locaux dans le pays, et vous revalorisez les animaux locaux ". L’agriculture, qui permettait autrefois aux fleurs endémiques d’attirer les insectes, a subi des changements radicaux : pesticides et fauchages tiennent désormais à l’écart les espèces indigènes de Belgique. 

Remplacez le lierre par du lierre horticole (pas indigène) et vous risquez de faire disparaître l’abeille, alors que vous avez cru bien faire !

Où peut-on trouver des semences bio et locales ?

Se procurer des mélanges de semences indigènes est en revanche très compliqué. En Belgique, Pascal Colomb est l’unique producteur de semences certifiées, mais certaines pépinières, spécialisées dans les jardins durables, proposent également ce genre de produit. 

Si vous cherchez où trouver des semences bio et locales, voici quelques sites de référence :

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