Le business des écoles privées: la FEF tire la sonnette d'alarme

La rentrée du supérieur a sonné. L'occasion de mener l'enquête sur un thème cher à la FEF, la fédération des étudiants francophones : le business des écoles privées. Elles seraient des dizaines à piéger les étudiants en délivrant des diplômes non homologués. Ces écoles sont parfaitement légales car la constitution belge consacre la liberté d'enseigner, mais certains de ces établissements sèment la confusion. Nous avons mené l'enquête dans deux d'entre eux, en caméra cachée.

Une formation non reconnue à prix d'or

Dans la première école du Brabant wallon, spécialisée en tourisme ou en gestion hôtelière, on joue d'emblée franc jeu. L'interlocutrice n'en fait pas mystère : l'enseignement proposé ici n'est pas reconnu, mais aussitôt, elle va en faire un argument de vente. Ce statut privé, explique-t-elle, offre une grande liberté au niveau du choix des professeurs, souvent des professionnels, experts dans leur secteur. Selon cette interlocutrice, ce diplôme non homologué serait loin d'être un frein à l'emploi. Le taux d'embauche, au terme de la formation, atteindrait jusqu'à 80%. Un chiffre prometteur! Au prix que coûte l'inscription, il y a plutôt intérêt. Le "minerval", ici, coûte la bagatelle de 3 600 euros! Et à ce montant, il faut ajouter quelques frais "accessoires" : de 2 à 300 euros par an pour des activités extérieures. 175 euros en cas de seconde session, etc ...

Et vous n'avez encore rien vu! Nous nous sommes rendus dans une deuxième école, au cœur des Ardennes, spécialisée, elle, en management. Cet établissement non reconnu promet carrément de vous délivrer un MBA, un master en business administration ... Or, cette appellation est protégée, seules les écoles reconnues peuvent l'utiliser ... Pire : sur son site internet, cet institut se fait passer pour l'une des meilleures universités de Belgique, aux côté de l'ULb ou de l'Ichec ... L'un des responsables s'appuie sur la supercherie en affirmant que le diplôme est aussi reconnu en Belgique. Mais cet argument est contraire à la vérité. En outre, les cours sont fournis essentiellement en ligne, mais au prix fort : 7 500 euros de minerval!!

Un business juteux

Pour la FEF, ce type d'école n'a qu'un seul but : faire de l'argent. Elles n'ont aucun intérêt pour l'étudiant, pour son bien-être. Afin de payer des études aussi coûteuses, beaucoup d'étudiants sont obligés de "jober". Ils cumulent plusieurs petits boulots en plus de leurs études, ce qui, selon la FEF, conduit à des situations de "burn-out de l'étudiant".

L'an dernier, on a répertorié plusieurs dizaines d'établissements privés aux pratiques trompeuses. La plupart ont fermé leurs portes aujourd'hui, mais pas tous. Pour la FEF, il faut plus de transparence. A l'heure qu'il est, les étudiants peuvent trouver, sur les sites "enseignement.be" ou "ares-ac.be", une liste de tous les établissements reconnus en Fédération Wallonie-Bruxelles. Alors comment agir concrètement? Au niveau de l'administration de l'enseignement francophone, par des mises en demeure dans un premier temps. Ces mises en demeure visent à signifier aux écoles incriminées qu'elles ne peuvent pas utiliser les noms "Université" ou "Hautes écoles", qu'elles ne peuvent pas non plus délivrer des diplômes tels que masters ou baccalauréat ... En cas de non respect, la justice peut être saisie. De son côté, le SPF-Economie, lui aussi, s'en est mêlé. Il a recensé 41 établissements "problématiques" et peut, le cas échéant, exiger des amendes pour pratiques trompeuses.

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