Laser Game et Réalité Virtuelle, le flou artistique de la réouverture

Laser Game et Réalité Virtuelle, le flou artistique de la réouverture
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Laser Game et Réalité Virtuelle, le flou artistique de la réouverture - © Kilito Chan - Getty Images

Alors que les plaines de jeux en intérieur doivent encore rester fermées, certaines activités peuvent reprendre car plus sécurisées en termes d’hygiène, c’est le cas du karting indoor par exemple, mais aussi des espaces de réalité virtuelle et de laser game.

Problème, ils font partie des grands oubliés du confinement et ont eu du mal à se faire entendre par le politique.

Entre problèmes de communication du fédéral et des entités fédérées, et absence d’association, les "laser game" rouvrent sans clients.

Une réouverture surprise

Pina Capraro est l’administratrice de Laser Magique à Waterloo. Voilà 9 ans qu’elle fait vivre un espace récréatif de laser game et de réalité virtuelle. Comme tout le monde, elle a été forcée d'interrompre ses activités en mars et si elle a eu le droit passerelle, ce fut un parcours du combattant pour obtenir la prime de 5000€ promise par la région Wallonne et à laquelle elle avait pourtant bien droit.

De l'aveu même des personnes que j'ai contactées, on nous a tout simplement oubliés " dit-elle : " Après avoir vérifié que je faisais bien partie des critères pour obtenir cette prime, j'ai dû contacter toute une série de cabinets de politiciens. C'est M. Willy Borsus qui a été le plus réactif. Avec lui, j'ai pu expliquer et faire comprendre non seulement ma situation, mais aussi celle de ceux qui pratiquent la même activité que moi. Finalement, j'ai reçu ma prime. " Une prime reçue au prix de beaucoup de stress et de coups fils tentaculaires allant jusqu'au Fédéral pour obtenir des informations.

« Tout est permis sauf... »

Parce qu'il n'y a pas que pour la prime qu'elle a été oubliée, il y a aussi la réouverture de son établissement. Le 2e round ne faisait que commencer. Le 30 juin était sa date de réouverture supposée au moment de la phase 2 du déconfinement.Pour moi, c'était totalement absurde. Si n'importe qui peut venir chez nous, l'écrasante majorité des personnes qui viennent jouer chez nous ont moins de 12 ans. Au-dessus, on demande juste le port du masque. Parce que tant pour le laser game que pour la réalité virtuelle, le mètre cinquante de distance est déjà appliqué en temps normal. En plus, notre espace fait 900 m2 et on ne prend que des groupes de 20 personnes maximum. C'est beaucoup moins que dans un supermarché. En fait, la logique même de ce qu'on propose veut que les personnes soient à distance les unes des autres. "Pour

Les fameuses règles d'or citées par le CNS sont déjà d'application depuis longtemps lors d'un laser game.

Elle interpelle donc sa commune qui ne souhaite pas prendre de décision et la renvoie vers le Fédéral. Elle y apprend par retour de mail ce mardi, qu'elle peut réouvrir. CarTout est permis sauf... " et elle n'est pas dans la liste des " sauf... ". Si c'est évidemment une bonne nouvelle, elle aurait préféré avoir eu l'information quelques jours en avance. Histoire de pouvoir se préparer car, elle reprend seulement maintenant le fil de ses précédentes réservations et rien ne peut s'organiser avant la fin du mois " Souvent ce sont des enfants qui fêtent leurs anniversaires et il faut le temps de rameuter l'équipe. Et ce n’est pas en 24h qu’elles peuvent revenir. " Une situation qui rend pas le travail de Mme. Capraro plus facile d’autant qu’elle voit sa concurrence à l’étranger rouvrir en même temps que les frontières.

Besoin d’exister

Pina Capraro reconnaît que son secteur particulier n'étant pas rassemblé en une association ou fédération quelconque, il était difficile de se faire entendre sur l'échiquier économique de la crise... Ce constat, Julien Henricot l’a fait aussi. Il est le gérant et fondateur de la société " Vex " qui possède des centres de réalité de virtuelle et est également fournisseur de matériel pour ces centres.

Je n’aime pas dire que nous sommes des " oubliés ", tout le monde fait ça. Mais il faut dire qu’on n’existe pas dans les discussions. Alors qu'il faut savoir que dans le secteur de la réalité virtuelle, la Belgique fait partie des leaders mondiaux.

" Sur les 15 entreprises qui fournissent du matériel nécessaire à cette activité, 3 sont belges, dont la nôtre. "

Chacun étant un peu dans son coin, c’est presqu’un secteur des " centres de loisirs privés " qu’il faut inventer. " Je pense que s’il y avait une fédération ça aiderait, évidemment. On a les contacts, on veut que les gens parlent entre eux dans notre profession et qu’on puisse créer un cadre légal pour exister et parler d’une voix plus forte quand c’est nécessaire. " Scande M. Henricot.

Et ce besoin d’exister, il se fait ressentir au moment de rouvrir. " Tous mes centres ne sont pas encore actifs, certains pour de bonnes raisons, comme à la Médiacité où on ne voit pas bien comment faire avec le brassage du monde, et d’autres sans qu’on sache vraiment pourquoi. Notre concurrence a pu rouvrir ses portes parfois à 30km d’un de nos centres parce qu’une commune a dit oui, l’autre non. "

Le grand micmac des procédures légales, Julien Henricot l’a connu lui aussi. " Dans certaines communes, on n’est considérés comme une plaine de jeux intérieure ou un parcs d’attraction, dans d’autres pas. Chacun y va de son interprétation. " Pourtant, le fédéral a donné un accord… Mais tacite : " Il manque un document, un écrit noir sur blanc qui signale que nous pouvons reprendre notre activité. Mais en théorie, nous le pouvons, nous avons en tous cas reçu le feu vert du fédéral. "

Une reprise très lente

Quand les salles de réalité virtuelle peuvent rouvrir, les clients reviennent au compte-goutte. Quand on lui demande si la réouverture est une bonne nouvelle, Julien Henricot répond : " Oui et non, il n’y a pas de message clair auprès de notre clientèle de la part du politique sur le fait qu’on puisse rouvrir. Du coup, beaucoup ont des doutes et ne prennent pas le risque. On a des temps de fréquentation très bas et ne sommes pas rentables.

Des centres de loisirs comme les nôtres font une grosse partie de leur chiffre d’affaire entre mars et juin avec les team building, même si la météo joue beaucoup aussi.

Aujourd’hui, le gérant de " Vex " espère surtout que la concurrence sur le plan international ne va pas le coiffer au poteau. Si en France ou en Allemagne ses homologue peuvent reprendre depuis des semaines, lui reste bloqué, sans commande de matériel, avec des centres qui reprennent au compte goute quand d’autres sont tout simplement encore fermés… Faute d’accord légal au niveau fédéral.

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