La ferme abattoir d'Anderlecht, une agriculture du futur

Le site des abattoirs d’Anderlecht un lundi matin, c’est le lendemain de la veille. Tous les volets des commerces sont clos. Pourtant, à l’entrée du bâtiment Foodmet, une foule de badauds s’agglutine. La presse est conviée à une visite plutôt inhabituelle pour les abattoirs d’Anderlecht: celle de serres et de cultures de légumes en terrasses.

Deux volées d’escaliers plus tard, nous nous retrouvons sur le toit du Foodmet face à une mer de verdure: de jeunes pousses de salades, courgettes, basilic, persil, coriandre, mûriers, myrtilliers, framboisiers. Ils sont cultivés en pleine terre. Une terre acheminée par dizaine de tonnes pour recouvrir le toit du bâtiment Foodmet. L’architecte et concepteur du projet, Steven Beckers, nous explique qu’il a fallu bien des couches d’isolants successifs pour obtenir 2 000 m2 de jardins sur des toits: une protection Derbigum pour assurer l’imperméabilité du toit, une couche pour empêcher les racines des plantes de percer et un système équivalent à des coquilles d’œufs pour retenir l’eau. A terme, ce jardin alimentera plusieurs restaurants locaux et des commerces bruxellois.

Mais nous ne sommes pas au bout de nos surprises. Un peu plus loin, face à une armada de panneaux photovoltaïque, des serres. D’un côté des plants de tomates reposant sur un substrat. De l’autre des bassins d’eau contenant des alevins de bars rayés. Tomates et bars sont interdépendants puisqu’ils sont les composantes essentielles de l’aquaponie. L’aquaponie est la combinaison de la culture hydroponique (culture hors sol alimentée en nutriments par l’eau) et de l’aquaculture (pisciculture). Comment ça marche? Exactement, comme les Chinois et les Mayas le pratiquaient déjà il y a plus de 1 000 ans. Les plantes se nourrissent de l’eau enrichie par les engrais (les déjections) des poissons.

Le principe est le même dans ces serres, juste un peu plus complexe. Ici, deux systèmes de recirculation fonctionnent en boucle fermée où les poissons et les plantes sont reliés par un filtre biologique. Le bio-filtre purifie l’eau des poissons et est complété par un apport quotidien d’eau douce de 5% de renouvellement dont l’équivalent en l’eau naturellement fertilisée est prélevé pour nourrir les plantes. Les milliards de micro-organismes du bio-filtre transforment l’ammoniaque produit par les poissons, en nitrite puis en nitrate pour être directement absorbé par les racines des plantes.

"C’est une première mondiale" affirment ses concepteurs. C’est vrai la ferme abattoir de Bruxelles construite au cœur du site des abattoirs d’Anderlecht est une première car elle combine plusieurs concepts novateurs: la culture de légumes en pleine ville sur des toits et une culture aquaponique.

La ferme abattoir d’Anderlecht combine aussi un système d’énergie circulaire. Pour pouvoir produire toute l’année, la pompe à chaleur de la ferme capte la chaleur produite au rez-de-chaussée par les énormes chambres froides et les frigos des boucheries et détaillants du Foodmet.

La ferme récupère l’eau de pluie qui ruisselle sur le toit de ses serres et dispose également d’un puits creusé à 70 mètres dans le sous-sol de la ville.

Il faut dire qu’un système d’aquaponie consomme en moyenne 200 fois moins d’eau qu’un système classique d’aquaculture puisque l’eau est en grosse partie recyclée.

Bigh, c’est le nom de cette ferme urbaine qui n’est pas encore prête à alimenter toute la ville de Bruxelles en fruits et légumes pour toute l’année. 15 tonnes par an de tomates seront produites à terme. 2 700 pots / semaine d’herbes aromatiques ainsi que 35 tonnes de bar rayé par an. Mais c’est une belle solution pour rentabiliser les six millions de toitures plates à Bruxelles.

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