La Belgique : mauvais élève pour l'accessibilité des plus démunis aux soins de santé

Une étude de l'Observatoire social européen le démontre : la Belgique n'est pas la meilleure élève en terme d'accessibilité aux soins de santé. Et cette mauvaise note s'adresse particulièrement aux personnes les plus démunies.

Les plus pauvres souffrent encore plus des restrictions en matière de soins de santé... des moments très difficiles à vivre pour les plus fragiles alors que frappe la seconde vague du coronavirus.

Dernier de classe ?

Angela Andriola vit avec une allocation d'invalidité. Elle touche environ 1200 euros par mois. Elle a soigné son cancer à l'estomac... une intervention a aussi été nécessaire pour une prothèse à la jambe droite. Sa mobilité est réduite. Le paiement de ses factures médicales lui pose vraiment un grave problème : "Pour finir, je suis devenue insomniaque parce que pendant la nuit, je pense à comment je vais faire… si je dors deux heures par nuit, c'est beaucoup. Et oui, je reporte des soins, comme la kiné pour mon instabilité réduite, je n'y vais pas pour le moment.". Ces dernières années, Angela a payé 4.000 euros environ pour ses soins de santé, sa mutuelle a remboursé près de 70.000 euros.

En Europe, il n'y a qu'en Grèce et en Lettonie que la situation est pire. Les personnes à faible revenu ont dû renoncer à des soins pour des raisons financières.

La sécurité sociale en Belgique semble être bonne élève. Pas vraiment... c'est en tout cas ce que conclut une étude l'Observatoire social européen réalisé pour l'INAMI. Elle s'intitule : "Les inégalités d'accès aux soins de santé en Belgique". En fait, nous sommes dans les derniers de la classe, concernant l'accessibilité des soins de santé pour le plus démunis. Rita Baeten, co-autrice de l'étude, analyste à l'Observatoire sociale européen : " En Europe, il n'y a qu'en Grèce et en Lettonie que la situation est pire pour les personnes du groupe à faible revenu qui déclarent qu'elles ont dû renoncer à des soins pour des raisons financières".

Un quart des frais hospitaliers payé par les patients

En Belgique, de nombreuses personnes ont des difficultés à payer leur facture médicale ou tout simplement se privent de soins comme par exemple Anne Fournier qui, à la suite d'un Syndrome de Menières devrait bénéficier de soins psychiatriques en centre de jour. Ça lui coûterait 120 euros par mois : "Quand on a un salaire, ça va mais quand on a juste des allocations d'invalidité, c'est de la nourriture. 120 euros, c'est trois semaines de nourriture pour moi".

Dans l'ensemble de l'UE, 93% des coûts des soins hospitaliers sont couverts, ils ne le sont qu'à 77% en Belgique.

Tout irait mieux si Anne devait payer moins si son intervention était réduite. Parce que là aussi, la Belgique est mal notée. Alors que dans l'ensemble de l'UE, 93% des coûts des soins hospitaliers sont couverts, ils ne le sont qu'à 77% en Belgique. Rita Baeten : "C'est-à-dire que presqu'un quart des frais des soins hospitaliers sont payés soit par les patients eux-mêmes, soit par les assurances privées et complémentaires". Et cette facture est trop importante pour les plus démunis, qui, souvent, n'ont pas d'assurance privée.

Des plans de paiement pour 25 euros

Au Centre Hospitalier Régional de la Citadelle, à Liège, 50.000 factures font chaque année l'objet de rappels. Une solution : la possibilité d'étaler le paiement dans le temps. Gregory Bresolin, responsable du service de facturation du CHR La Citadelle : "On se rend compte les plans de paiement qui sont demandés sont de plus en plus petits. Avant on avait des plans de paiement allant souvent de 50 à 70 euros. Maintenant, il n'est pas rare d'avoir des demandes de plans de paiement de l'ordre de 25 euros et parfois même un peu moins".

Les pauvres deviennent de plus en plus pauvres.

Manifestement, la facture d'hôpital pour les plus démunis est de plus en plus difficile à payer. Pourtant les remboursements de la sécurité sociale ne sont pas en cause. Que se passe-t-il alors ? Hypothèse de l'Observatoire : les pauvres deviennent de plus en plus pauvres : "Les frais pour le logement et les services publics comme l'énergie, le chauffage, par exemple, ont augmenté et donc il reste encore moins d'argent aux plus démunis pour payer les soins de santé", précise Rita Baeten.

Cette réalité, Anne et Angela la vivent au quotidien. Se priver du nécessaire, se priver d'un bien essentiel : la santé ! 

Newsletter info

Recevez chaque matin l’essentiel de l'actualité.

OK