L'effet du confinement sur la télémédecine

L'effet du confinement sur la télémédecine
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L'effet du confinement sur la télémédecine - © Jasmin Merdan - Getty Images

Avec les règles de distanciation sociale, un autre type de consultations médicales a été proposé à de nombreux patients durant la crise sanitaire. Son principe : la visioconférence. Un suivi par écran interposé qui mérite d’être analysé aujourd’hui.

" Au début, j’étais dubitatif, j’avais peur que ce système remplace les consultations habituelles, avoue Sandro, un quadragénaire atteint d’une maladie chronique. Mais avec le covid-19, j’ai bien dû m’y faire et aujourd’hui, j’ai changé d’avis. Ce n’est pas impersonnel et froid comme je l’imaginais. Je suis suivi par mon médecin qui me connaît bien donc ça se passe bien ". Et ce Bruxellois d’origine n’est pas le seul à avoir bénéficié de la télémédecine au cours des deux derniers mois.

En mars 2020, quand la crise sanitaire éclate, les hôpitaux se voient contraints de réduire leurs consultations. Parmi eux, le CHR de la Citadelle à Liège qui décide de vite mettre en place des alternatives pour le suivi et la prise en charge des patients.

Après deux mois, plus de 5.000 téléconsultations ont été comptabilisées, toutes gratuites.

Télésuivi et télémédecine

Rien qu’au service de cardiologie, il y en a eu 700… C’est le nombre le plus important, tous services confondus. Et le cardiologue, Pierre Troisfontaines, n’y est pas pour rien. C’est un pionnier. Il utilise en effet la télémédecine dans son service depuis 2007. " La pandémie a permis à un plus grand nombre de patients d’en bénéficier. Il y a les insuffisants cardiaques qui ont besoin d’un suivi rapproché pour éviter notamment les rechutes et puis, il y a les patients appareillés, avec pacemaker. Pour tous ces gens, la télécardiologie est un plus."

La télécardiologie permet un suivi à distance grâce à des capteurs de pression transmettant les informations à l’hôpital via diverses technologies de pointe et des plateformes sécurisées.

Dans ce cas, on parlera plutôt de " télésuivi ", à ne pas confondre avec une autre forme de télémédecine, la " téléconsultation " qui met en relation le patient avec un médecin par visioconférence.

D’ailleurs, dans les autres services de cet hôpital liégeois, cette médecine par visioconférence a aussi été très pratiquée. Dans le top 5, outre la cardiologie, on trouve la psychiatrie (703 téléconsultations), la pédiatrie (622), l’ophtalmologie (505) et la rhumatologie (494).

Comment cette façon de suivre les patients est-elle perçue ?

Les chiffres sont là et une question se pose… Comment cette nouvelle façon de suivre des patients qui a fait ses preuves pendant la crise est-elle perçue ?

Qu’en pense l’Ordre des Médecins ?

Cette pratique ne permet pas de faire un examen clinique, or il est essentiel pour poser un diagnostic.

" On invite à la prudence… On n’est pas trop favorable à la téléconsultation, précise Philippe Boxho, le vice-président faisant fonction. Ce qu’on demande, c’est que la télémédecine soit limitée à des situations exceptionnelles comme celle que nous venons de vivre mais il ne faut pas la généraliser. La relation thérapeutique est d’abord une relation de confiance. Le recours à la téléconsultation n’est donc envisageable qu’avec des patients que les médecins connaissent bien ".

Chez Axa Assurances, le point de vue est nuancé.

Le but n’est pas de se substituer au médecin de famille. La téléconsultation est une solution complémentaire pour les gens qui se font des soucis.

Endéans les trente minutes, ils ont accès à un médecin. Ça rassure ". Explique Karel Coudré, directeur de l’offre Vie d’Axa Belgium. Et Axa sait de quoi elle parle, le service de télémédecine ayant été rajouté l’an dernier dans le cadre des assurances hospitalisation, bien avant la crise donc. " On doit dire que ce service est bien perçu par les assurés, ajoute Karel Coudré. De mars à mai, pour le covid-19, nous l’avons ouvert temporairement à toute la population… Aujourd’hui, nous l’avons fermé parce que les mesures de confinement s’assouplissent et les consultations médicales classiques sont à nouveau possible ". Mais la téléconsultation va continuer pour les assurés… " Nous pensons que c’est une valeur ajoutée. Les gens en voyage notamment peuvent se faire aider dans leur langue maternelle. C’est toujours bien d’avoir un premier avis médical ".

Du côté du CHR de la Citadelle à Liège, on se dit également confiant sur la suite à donner… " Les autorités se sont rendues compte qu’il y avait un intérêt à mettre en place la télémédecine, précise Pierre Troisfontaine, le chef du service cardiologique. C’est un premier pas… Après, il faudra baliser et structurer la pratique pour qu’elle évolue en Belgique. Il faut l’encadrer juridiquement, financièrement voire éthiquement. "

L’e-health ne se résume pas à des applications sur une montre : c’est un outil au service de la prise en charge des patients, un moyen et non une finalité.