L'air que nous respirons est-il pollué?

Chaque jour, environ 15 000 litres d’air transitent par nos voies respiratoires. Cependant, nos activités quotidiennes génèrent une production de polluants. Nos voitures, nos chauffages, nos industries... La qualité de l'air que nous respirons est mesurée continuellement dans notre pays. Nos autorités se veulent rassurante mais Greenpeace estime que le système de mesure est inadéquat. Surtout en ce qui concerne le dioxyde d’azote, cette molécule polluante, émise, entre autres, par les véhicules diesel. Nous avons pris le chemin des écoliers afin de mesurer le taux de NO2 à Mons et dans la région de Charleroi. Les résultats sont assez alarmants.

La qualité de l’air est-elle aussi bonne que ce que les chiffres officiels le disent? Greenpeace en doute … L’association environnementale a effectué plusieurs mesures dans l’habitable d’une voiture à l'heure où nos enfants vont à l'école en pleine heure de pointe à Bruxelles et Liège. Les pics de NO2 étaient élevés. C'est pourquoi, le 11 septembre, Greenpeace a mis en demeure les gouvernements wallon et flamand en dénonçant l'absence d'action face à la pollution de l'air et en dénonçant les mesures de la pollution à Bruxelles et en Wallonie. 

La Région Bruxelles-Capitale fait déjà l’objet de pareilles accusations et passera devant le tribunal le 16 novembre prochain, suite à des plaintes déposées par l’association Client Earth et la plateforme citoyenne Clean Air BXL. Aux Pays-Bas une action semblable menée par Friends of the Earth a entraîné la condamnation de l’Etat néerlandais pour son manque d’actions 

Greenpeace a testé la qualité de l'air à Bruxelles, Liège et Anvers, nous avons voulu aussi mesurer celle-ci à Mons et dans la région de Charleroi. A Mons, nous avons eu des pics assez impressionnants : 157 microgrammes de NO2 par m3 dans le tunnel Sainctelette. Dans le quartier des écoles Saint Stanislas et du Sacré Cœur, le moyenne était de 55 microgrammes de NO2 par m3. Il y a même eu des pics à 63 microgrammes de NO2 par m3. Près de l’hôpital aussi, il y a eu un pic de 108 microgrammes de NO2 par m3. Non loin du boulevard Mayence à Charleroi, le taux de NO2 était de 68 microgra...mmes par m3 et sur le ring à hauteur de la gare de  Charleroi sud à 82 microgrammes de NO2 par m3 et nous n'étions pas en heure de pointe. Il était 10h00. Nous étions toujours au dessus de la norme européenne de 40 microgrammes de NO2 par m3...

"Un poison pour nos enfants"

"Nous sommes tous en train d’empoisonner nos enfants, car ils sont encore plus sensibles que nous à l’inhalation d’air pollué par le dioxyde d’azote", souligne Joeri Thijs, Expert de la qualité de l'air à Greenpeace, s’appuyant sur les conclusions de l’étude : "on peut s’alarmer du fait que le risque d’asthme augmente de 15% chez les enfants chaque fois qu’ils sont exposés à 10 µg/m3 (microgramme/m3) de NO2 en plus (en moyenne annuelle)". Or, la limite prônée par l’Europe s’élève à 40 µg/m3 annuellement. Greenpeace a commandé une nouvelle étude auprès de l’Institut tropical et de santé publique suisse réunit toute la littérature scientifique récente abordant les impacts sur la santé du dioxyde d’azote. Ses conclusions prouvent qu’il n’existe aucun niveau sûr de pollution de l’air. Ainsi, même quand les concentrations sont inférieures aux normes européennes, il y a tout de même un impact négatif significatif sur notre santé. Juliette Boulet la porte parole souligne que "c'est un gaz incolore, pas inodore qui tue. Que les impacts pour les adultes sont des accroissements des cancers des poumons, des problèmes respiratoires et cardiovasculaires."

Un indicateur de pollution

Le Docteur,  Alfred Bernard, toxicologue à l'UCL, affirme qu'il ne peut y avoir des problèmes cardiovasculaires avec le N02 mais que par contre : "S'il n’y a pas de risque de devenir asthmatique  en étant exposé au NO2, ce qui est bien connu et ce depuis longtemps c’est un risque d’aggravation des symptômes d’asthme chez les enfants asthmatiques suite à l’action irritante du dioxyde d’azote, un gaz peu soluble dans l’eau qui dès lors atteint le poumon profond. Et encore, ce risque d’exacerbation des symptômes d’asthme chez l’enfant a été démontré pour la pollution de l’air intérieur en grande partie due aux cuisinières au gaz. Mais il est vrai que si que l'on traque le NO2, on traque aussi les particules fines et les ultrafines, fines comme le fameux "black carbon". " C'est donc un indicateur de pollution. 

Carlo Di Antonio, ministre en charge de l’Environnement en Wallonie, est d’accord avec Greenpeace sur le fait que les taux de polluants, et plus particulièrement d’oxydes d’azote, sont encore trop élevés dans l’air, bien qu’ils répondent aux normes imposées par l’Union européenne, dans sa directive 2008/50/CE sur la qualité de l’air ambiant et un air pur pour l’Europe, d’application depuis janvier 2010

Greenpeace est consciente que leurs et nos mesures, ont été prises à un moment donné, par un AQ Mesh. Un appareil qui est non-conforme à la directive européenne mais qui a été étalonné avec un appareil officiel de Bruxelles environnement. Ces mesures ne font bien sûr pas office de référence, mais mettent en exergue la problématique des "points chauds" de pollution. Ces lieux majoritairement urbains, où la pollution se concentre et peut atteindre des concentrations dangereuses pour la santé, à très court-terme. Ces points ne seraient pas assez pris en compte lors de l’évaluation de la qualité de l’air, selon Greenpeace souligne Joeri Thijs, Expert du projet qualité de l'air chez Greenpeace.  

Emplacement des stations officielles de mesure ?

Nous nous sommes demandé où la station officielle de mesure de qualité de l'air à Mons était implantée. Nous avons dû faire 3 kms pour arriver à la station. Celle-ci est située près du port de plaisance Le grand large. Un emplacement loin du centre-ville où il y a peu de circulation. Le temps que nous restions sur place pour faire notre interview, le taux de NO2 a baissé de 64 à 37 microgramme/m3 de NO2. Pour Juliette Boulet, porte-parole de Bruxelles environnement : "Ces stations sont légales mais non représentatives de ce que les habitants du centre-ville respirent en permanence." Nous avons été étonnés que cette station, tout comme celle de Marchienne au pont qui est située le long de la Sambre soient comptabilisées parmi les 7 stations urbaines sur le 18 existantes. Tout comme celle du Chéra à Liège qui est installée le long des rails de chemin de fer devant le bâtiment de L'institut Scientifique de service publique qui est situé dans un magnifique parc arboré. Étrange, s'éloigner des routes et des lieux de vie pour mesurer le taux de pollution. 

Plus de stations officielles au cœur des villes

Guy GERARD, Responsable de la Cellule Qualité de l’Air à l'Institut Scientifique de Service Publique à Liège à la Direction de la Surveillance de l’Environnement explique : "nous avons hérité d'un réseau de stations créé en 1978. Les emplacements ont été décidés par l'Administration. C'est une infrastructure très  lourde. Nous avons beaucoup de contraintes techniques et matérielles. Le terrain doit appartenir à la Région. Il doit y avoir un réseau électrique, une ligne téléphonique, …   On aimerait qu'il y ait plus de station au cœur des villes". 

La Directive européenne stipule aussi que si on met une station au centre des villes,  elles doivent être à 15 m du trottoir et  à 25 m des carrefours ... Là même où nous circulons. Les mesures mobiles qui sont aussi prises par l'ISSeP pour cartographier la qualité de notre air par contre, ne peuvent entrer dans le calcul européen. Une Directive européenne qui a 7 ans et qui devraient peut-être être remise au gout du jour et être plus proche de la réalité de vie des citoyens. Des stations de mesure qui devraient peut être changer d'emplacements afin de mesurer au mieux notre exposition à la pollution de l'air que nous respirons. 

Et si jamais vous avez envie d'identifier précisément la pollution atmosphérique due au trafic dans l’air ambiant et l’air intérieur qui vous entoure, inscrivez-vous au projet OIE (Outdoor and Indoor Exposure). L'Institut scientifique de  service public fait un appel à volontaires, des personnes qui exécutent un trajet de minimum 20 minutes 2 X par jour, en région liégeoise ou namuroise, et qui pourront transporter 3 petites machines 24h/24 durant 2 semaines. Si c'est le cas, envoyez leur un mail. 

Greenpeace aussi lance un projet, "mon air mon école", afin de déterminer la qualité de l'air aux abords de nos écoles primaires  partout en Belgique. Vous êtes directeur d’école, enseignant ou (grand-) parent et vous êtes curieux de connaître la qualité de l’air dans votre école ou de celle de vos (petits-) enfants ? Demandez leur le colis avec appareils de mesure qui  seront installés dans et devant les écoles qui vous permettra de réaliser de façon très aisée, les mesures de la qualité de l’air. Les résultats seront ensuite traités et publiés, sans cependant communiquer les résultats individuels pour chaque école. 

En attendant, un petit truc pratique afin de diminuer notre exposition à ces polluants lorsque vous êtes en voiture est de fermer les fenêtres, de mettre la ventilation en recyclage dans les tunnels et dans les embouteillages. Optez aussi pour une mobilité douce : nous sommes 5 fois moins exposé aux pollutions à pied que dans une voiture!

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