Koter à Louvain-la-Neuve: à quel prix?

Parcours du combattant pour trouver un kot à Louvain-La-Neuve pour Eloîse.
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Parcours du combattant pour trouver un kot à Louvain-La-Neuve pour Eloîse. - © Tous droits réservés

Loger sur son campus dans un kot confortable à petit prix, c'est le rêve de tout étudiant. Mais la réalité est autre... Le monde du logement estudiantin peut, en effet, être un univers impitoyable : vétusté, insalubrité, loyers exorbitants, conditions générales des baux qui violent la vie privée. Cela engendre chez certains locataires, comme chez certains propriétairesbeaucoup de frustrations, d’incompréhensions et de tensions… Nous avons enquêté sur les kots d’étudiants à Louvain-la-Neuve où il y a un manque criant de communication entre tous les intervenants. 

Rien qu’en dénicher un, ce n’est pas évident surtout en première année quand on débarque. Eloise, une jeune tournaisienne, nous a raconté son parcours du combattant pour trouver un kot alors qu’elle voulait commencer des études en langues germaniques : " J'ai testé tous les canaux : je suis passée par les classiques, donc les agences qui ne vous aident pas vraiment. Ils ne font pas de visite car ils disent qu'il y a trop d'étudiants. Certaines vous envoient des listes de kots libres mais elles le font très tardivement, seulement au mois de mai. On a testé le porte à porte mais beaucoup d'étudiants ne savent pas s'ils restent dans leur kot ou pas. On est aussi passé par des petits filons, des amis d'amis, de la famille, mais là aussi, on nous a dit qu'il fallait avoir un réseau pour avoir des opportunités " .

Prix exorbitants

Éloïse a finalement trouvé une chambre dans un communautaire privé à 405 euros par mois, avec une garantie locative de 800 euros. Les kots de l’UCL sont les moins chers, de 275 à 330 euros souvent seulement pour dix mois et non douze mois. Et leur garantie locative est de 150 euros. Mais, malheureusement, ces loyers de l'université sont vite pris d’assaut… Bonne nouvelle, l'UCL prévoit de construire de nouveaux logement à l'horizon 2020/2021. Beaucoup d’étudiants se plaignent de prix exorbitants par rapport à la qualité de leurs logements. Une petite chambre où il y a juste la place pour un lit, un bureau et une étagère, voire  une penderie (pour ceux qui ont de la chance) dans une communautaire de six à dix personnes. Les prix dans une agence varient 300 à 415 euros avec des garanties locatives qui varient de 400 à 600 euros. 

Atteinte à la vie privée et familiale

Nous avons fait analyser plusieurs baux par un juriste de la Fédération Infor Jeunes. Augustin Delvaux a relevé que presque systématiquement le propriétaire met dans ses conditions générales des clauses qui bafouent la vie privée et familiale. Éloïse en a fait les frais notamment mais d'autres aussi. Le propriétaire veut avoir accès en permanence au lieu de vie et il épie les moindres faits et gestes des étudiants. Le propriétaire peut visiter le bien mais à certaines conditions. Il faut qu’il prévienne à l’avance son locataire du jour et de l’heure de la visite et qu’il obtienne son autorisation. De plus, il ne peut exercer son droit de visite que pour des motifs légitimes : comme notamment effectuer et/ou vérifier des réparations qui lui incombent. En général, une ou deux visite par an, mais pas toutes les semaines ou tous les mois. Comme le domicile est protégé par le droit au respect de la vie privée, si le propriétaire pénètre sans remplir toutes ces conditions, il commet une infraction assimilée à la violation du domicile. En cas de non-respect, le locataire peut soit déposer plainte à la police soit porter son cas devant le juge de paix. 

Dégâts locatifs?

Si les étudiants n’entretiennent pas leurs kots ou font des dégâts (oui, cela arrive, ils ne sont pas des anges… ), il y auraient 15% des locataires qui ne sont pas des bons élèves et là, c’est la garantie locative qui va indemniser les dégâts. Comme bien souvent ce n’est pas la résidence principale de l’étudiant, la garantie n’est pas bloquée sur un compte. Certains propriétaires abusent parfois de leur statut et pour quelques centaines d’euros, souvent les étudiants ne vont pas se plaindre auprès du juge de paix. 

Etat des lieux 

D'entrée ou de sortie, il est très important. Il vaut mieux prendre des photos car des petits détails peuvent échapper. S'il manque un accessoire de porte dans le frigo, cela coûtera à l'étudiant 85 euros. A la sortie et sans preuve tangible, c'est sa parole contre celle des experts. 33 euros pour une ampoule défectueuse. L'agence vous dira que c'est son prix et que c'est au jeune à être vigilant et rigoureux pour ne pas oublier de la changer avant de partir.

Valorisations? 

Qui décide de ces prix? Ce ne sont pas les propriétaires mais les experts qui déterminent les montants pour les dégâts et interventions à faire. Ces valorisations sont calculées en fonction du coût des matériaux et du prix de la main d’ouvré qualifiée et des déplacements On trouve tous ces montants sur les site de certains experts, ils sont donc accessibles à tous et lors de la signature du bail. Mais si certains propriétaires en parlent, d’autres, et ils sont plus nombreux, n’évoquent jamais ces montants et les jeunes et les moins jeunes aussi tombent des nues lors de l’état des lieux de sortie. Les montants sont retirés de la garantie locative qui n'est pas bloquée. Ce logement n’est pas la résidence principale des étudiants, ce n’est donc pas une obligation et souvent dans le bail, les propriétaires demandent de verser leur garantie locative sur leur compte. Il n’y a pas de règle juridique concernant la restitution de la garantie locative mais il doit être raisonnable : mois d’un mois surtout s'il n'y a aucun manquement. Si le jeune n'est pas d'accord, il peut porter plainte chez le juge de paix mais souvent les étudiants, pour quelques centaines d’euros, laissent tomber car cela va leur prendre trop de temps de constituer un dossier et il y a des frais de procédure. 

New bail wallon

Le nouveau bail wallon en matière de logement étudiant, lui, facilite la vie mais ne le protège pas. En principe, la durée du bail étudiant est de un an, sauf si les parties conviennent d’une durée inférieure. Ainsi, il est possible par exemple de convenir d’un bail pour une durée de dix mois, ce qui correspond à la durée de l’année académique. Par ailleurs, la sous-location est désormais possible. En cas d’éloignement temporaire, dans le cadre du programme Erasmus par exemple, cette solution peut être intéressante. Enfin, notons également que l’étudiant a maintenant la possibilité de mettre fin au bail à tout moment, moyennant un préavis de deux mois et une indemnité équivalente à trois mois de loyer. Toutefois, dans les cas suivants, cette indemnité n’est pas due : irrecevabilité, refus d’inscription ou abandon des études; décès d’un parent (qui pourvoit à l’entretien de l’étudiant); accord écrit du bailleur sur la cession du bail.

Avant de signer, tout lire

Lisez toutes les petites lignes des conditions générales de votre bail et si certaines sont déjà à vos yeux illégales, osez en parler avec le propriétaire. Négociez ces points-là dès le départ car une fois signé c’est trop tard. Une étudiante qui nous a contacté était persuadée de récupérer l’entièreté de sa garantie locative car son propriétaire lui avait fait des éloges à la sortie au niveau de la propreté. Quelques jours plus tard, il lui envoie un mail qui lui disait qu’il retirait 380 euros de sa garantie locative parce que son loyer n’avait pas été payé via un ordre permanent le jour J comme écrit dans ses conditions locatives durant les deux ans de son bail. " Un juge de paix pourrait estimer que les montants demandés sont trop élevés par rapport au désagrément causé et aussi le montant du loyer " nous a confirmé Augustin Delvaux, Juriste à la fédération Info jeunes. Mais une fois de plus, les démarches font peur aux jeunes. Le monde du logement estudiantin peut en effet être un univers impitoyable : vétusté voire insalubrité, loyers exorbitants, conditions générales des baux qui violent la vie privée. Cela engendre chez certains locataires comme chez certains propriétaires, beaucoup de frustration, d’incompréhensions et de tensions…  

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