Installateurs débordés, rupture de stock... incertitude sur le photovoltaïque

Depuis février dernier, c’est le rush sur les panneaux photovoltaïques. Entre les placements et les demandes de devis, les installateurs sont débordés, et chez les grossistes, les palettes de panneaux ne font que transiter rapidement, certains modèles sont d’ailleurs en rupture de stock. Chez Engie, par exemple, les demandes ont triplé en février par rapport au mois de février 2018, pour atteindre 5000 demandes d’offres sur le mois.

Une situation qui s’explique par l’incertitude chez les consommateurs, et l’arrivée d’une nouvelle redevance pour les petits propriétaires, à partir du 1er janvier 2020.

Mais le ministre de l’énergie Jean-Luc Crucke souhaite exonérer les propriétaires d’installations placées avant le 1er juillet. Pour cela, il devra faire voter le texte avant la fin de la législature… qui approche à grand pas. Et depuis, le gouvernement a perdu la majorité au Parlement. Aussi, la Cwape, le régulateur wallon, a déjà manifesté son désaccord. Pour l’instant donc, rien n’est joué…

Dans le doute, les ménages se précipitent

En attendant, les demandes explosent, les ménages espèrent échapper à la redevance en installant leurs panneaux avant le 1er juillet. Dès 2020, ils devront payer un tarif prosumer pour l’utilisation du réseau alors qu’aujourd’hui, le compteur tourne à l’envers. Pour la Cwape, c’est un moyen de « faire contribuer de manière équitable l’ensemble des utilisateurs du réseau de distribution d’électricité aux coûts de celui-ci ». Ce tarif pourra être appliqué de deux manières : soit un tarif capacitaire, basé sur la puissance de l’installation. Le montant dépendra de la taille et du lieu de l’installation, on estime à 400-450 euros en moyenne la redevance annuelle. Soit un tarif proportionnel, dont le montant sera alors calculé en fonction de l’électricité prélevée sur le réseau, mais cela nécessite l’installation d’un compteur double flux. Plus vous auto-consommez, moins vous payez.

L’investissement sera-t-il toujours rentable ?

Dans ces conditions, sachant qu’en Wallonie, il n’existe plus aucune aide à l’installation, l’investissement est-il toujours rentable ? Pas de doute répond Benjamin Wilkin de l’Association pour la Promotion des Énergies Renouvelables (Apere) : « Nous avons fait nos calculs, ça reste intéressant, parce que les prix ont fortement diminué et les systèmes produisent plus que ceux que l’on installait il y a 10 ans, enfin, le prix de l’électricité augmente. C’est le message de ces 10 dernières années : nous avons différents systèmes d’aides qui se sont interrompus, on a diminué les aides parce que les systèmes sont rentables d’eux-mêmes. Le fait que les aides diminuent est une bonne nouvelle finalement. On est dans la continuité de cette logique. On peut encore diminuer les aides à la consommation parce que les systèmes sont moins chers dans un monde où l’énergie est de plus en plus chère ». L’investissement reste donc rentable, mais le retour sur investissement sera forcément plus long. « Dans nos calculs, on observe qu’un système photovoltaïque va générer 6% de revenu, trouver un investissement qui ramène 6% en banque, c’est très compliqué. Sans la redevance prosumer, on serait plutôt à 7%. On diminue donc avec ce nouveau tarif, mais ça reste rentable ».

Sur son site, l’Apere propose un simulateur gratuit afin de faire vos calculs. Il prend en compte le prix de l’électricité, la taille et l’exposition de votre installation ou encore l’inflation et la nouvelle redevance. Avec ce nouveau tarif, le retour sur investissement sera logiquement plus long. « Le retour sur investissement augmente de deux ans. On passe de 5-6 ans à 7-8 ans. Un effet d’aubaine à très court terme est à relativiser par rapport à la durée de l’investissement. » La durée de vie d’une installation photovoltaïque est estimée à plus de 20 ans.

Test-Achats aussi a fait ses calculs. Selon Jean-Philippe Ducart, si l’investissement reste intéressant, les chiffres sont nettement moins optimistes que ceux annoncés par l’Apere. « Ça l’est moins qu’il y a 5 ou 10 ans, mais ça reste intéressant. Le rendement pourrait baisser jusqu’à 3-4% mais si l’on prend en compte tous les paramètres, on reste dans des rendements acceptables, et en tout cas supérieurs à tous produits financiers. » Mais l’association de consommateurs met en garde contre les effets d’annonce et rappelle l’importance de l’isolation. « L’isolation n’est pas une alternative, c’est une obligation. Une maison sur deux ne serait pas suffisamment isolée. Il faut l’envisager dès le départ, au moment d’une rénovation ou de la construction. Les autres alternatives de production, photovoltaïques, pompes à chaleur, ne doivent être envisagées qu’après avoir bien isolé le bâtiment. Il ne faut pas se précipiter sur une prime ou effet d’annonce, il faut bien calculer son projet et l’isolation en fait partie. »

Archives : Journal télévisé 08/03/2019

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