Horeca et coronavirus : une restauratrice nous ouvre ses livres de comptes

La situation de l'Horeca devient de plus en plus intenable au fils des semaines et des mois de confinement qui se prolongent. La fin du moratoire sur les faillites, début de ce mois de février, est un étape supplémentaire vers encore plus de pertes d'emplois dans le secteur. Et, selon ses responsables, ce ne sont pas les aides régionales actuelles qui lui permettront de s'en sortir.

Nous avons rencontré Lene Pauporté. Elle avait ouvert un snack, il y a cinq ans, dans le quartier de la Gare centrale à Bruxelles. Aujourd'hui elle revend son fonds de commerce. La faillite menace.

L'S Coffee Shop : éviter la faillite

Le L'S Coffee Shop était spécialisé dans les Bagels ... Aujourd'hui le snack est fermé. Il se transforme en espace brocante durant tous les week-ends de ce mois de février. Lene Pauporté est sous pression : "Ca devient la boule au ventre, ça devient du calcul, ça devient des choix de paiement, d'ordres de paiement. Aujourd'hui, il n'y a plus rien, il n'y a plus rien. Il a fallu arrêter pour survivre".

9.000 euros : une goutte dans l'océan

Lene nous a reçu. Elle nous a ouvert ses livres de comptes. Objectif : mieux comprendre les frais fixes d'un petit établissement comme le sien qui employait deux personnes et des étudiants. Pour faire fonctionner le L'S Coffe Shop, chaque mois, il y a les frais de secrétariat social et de comptablilté. Il s'élèvent à 1820 euros. Les assurances : 180 euros. Diverses taxes comme la Sabam, l'Afsca, la Région : 300 euros. Il y a aussi les dépenses énergie et télecom : 700 euros. Et enfin le loyer et un crédit en cours pour 1500 euros. Soit un total de frais fixes de 4500 euros par mois.


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Depuis le premier confinement, 11 mois ont passé durant lesquels elle a fermé son établissement durant 7 mois. Lene a donc du faire face à une dépense de 49.500 euros. Aujourd'hui elle a reçu 7000 euros d'aide régionale et 2000 euros de la Ville de Bruxelles : soit un total de 9000 euros. "C'est largement insuffisant, dit-elle, moi je suis un petit commerce avec des petites charges. J'ai l'équivalent de deux temps plein plus moi indépendante, avec trois étudiants qui, malheureusement pour eux n'ont plus rien mais qui ne me coûte rien aujourd'hui. Cette aide de 9.000 euros, c'est une goutte dans un océan". 

Horeca Bruxelles : "perte de 9.000 emplois"

Avec les bars et les restaurants fermés, à Bruxelles, c'est la désolation. Le télétravail généralisé dans les quartiers d'affaires ajoute encore aux difficultés du secteur. Constat de Fabian Hermans, administrateur Horeca Bruxelles : "La situation n'est pas grave, elle est désespérée. Je ne vais pas dire qu'on est sur le fil, on est déjà le pied dans la tombe. Aujourd'hui, ce qui se passe c'est que si on n'a pas des indemnisations et du soutien rapide, il n'y aura pas de réouvertures… il y aura des fermetures".


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Pour aider l'Horeca, les Régions ont mis sur pied un système d'indemnité... chacune selon ses moyens : La Région bruxelloise a dégagé 7.000 euros par établissement de taille moyenne. La Région wallonne, 12.000 euros et la Région flamande, environ 16.200 euros. Pour la Fédération Horeca de Bruxelles c'est peu, beaucoup trop peu... il faudrait une reprise rapide, un aide adéquate.

L'effet sur les pertes d'emploi dans le secteur se font déjà sentir. Fabian Hermans : "Nous représentons 33.000 salariés. On en a perdu 10.000, on a rien dit. On licencie 400 personnes à l'aéroport de Liège, on en fait toute une histoire. Aujourd'hui, avec les chiffres dont nous disposons, on sait que nous allons perdre 9.000 emplois pour l'année 2021. 30% de la masse salariale!"

Dans les prochains jours, les prochaines semaines, les Régions mettront de nouveaux moyens sur la table pour aider le secteur Horeca. De son côté Lene Pauporté espère vendre son fonds de commerce rapidement et ainsi éviter la faillite. 

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