Des mamans confinées seules avec leurs enfants handicapés craquent : "Tous les jours, je m'isole pour pleurer !"

Des mamans confinées seules avec leurs enfants handicapés craquent : "Tous les jours, je m'isole dans ma chambre pour pleurer!"
5 images
Des mamans confinées seules avec leurs enfants handicapés craquent : "Tous les jours, je m'isole dans ma chambre pour pleurer!" - © Tous droits réservés

Elles ont une force et une combativité exceptionnelle. Ce sont déjà des héroïnes en temps normal mais encore plus en cette période de crise du coronavirus où chacun est confiné entre ses quatre murs. Virginie, Letizia, Nathalie et Deborah sont mamans d’enfants atteints d’autisme sévère. Elles s’occupent (quasi) seules d’un (ou de plusieurs) enfant(s) handicapé(s).

Depuis le confinement, fini l’école, fini le centre de jour, fini les logopèdes, fini les kinés, fini les amis, fini les sorties. Bref, fini toutes ces routines qui permettaient de rassurer ces enfants si particuliers pour lesquels le moindre imprévu est synonyme de cataclysme. C’est donc en "mode survie" que ces mamans guerrières vivent leur confinement. Isolées et sans aucune aide, il leur arrive de craquer, de pleurer, de crier. Mais pas le temps (ni le droit) de s’apitoyer sur leur sort, elles doivent garder la tête haute et avancer.

J’ai déjà fait deux malaises à cause la fatigue.

Gauthier ouvre le four, ferme le four, ouvre le four, ferme le four. Ce geste, le garçon de sept ans le répète cent fois par jour. Pareil avec les interrupteurs qu’il allume et éteint sans cesse. Atteint d’autisme sévère, il ne laisse aucun répit à sa maman Virginie. Si son équilibre ne tenait déjà qu’à un fil avant la crise du coronavirus, depuis le confinement, elle au bord de la crise de nerfs.

"Les nuits sont courtes et les journées sont longues", explique à bout de souffle cette maman solo qui vit dans une petite maison à Waremme. "Aujourd’hui, et c’est une bonne journée, j’ai déjà fait deux chutes de tension à cause de la fatigue".

Son bonhomme ne lui laisse aucun répit. Il est collé à elle toute la journée, la sollicite sans cesse, tire sur ses vêtements : "Il ne supporte pas de me voir assise. Si je m’assieds sur le divan, mon fils me saute dessus pour que je me lève."

Gauthier, très perturbé par la perte de ses repères, sollicite constamment sa maman : "Il me réclame quarante biberons par jour et il jette la moitié de leur contenu par terre". "Il y a des taches de cacao et de sirop de grenadine partout dans toute la maison et je n’ai même pas le temps de nettoyer."

Letizia, seule avec deux enfants autistes

Confinée dans son logement social à Seraing, seule, avec ses deux enfants autistes de huit et neuf ans, Letizia ne s’en cache pas : elle est en burn-out depuis longtemps et prend des antidépresseurs pour tenir debout.

Le papa a claqué la porte il y a quelques années pour refaire sa vie. Depuis, il n’a vu ses enfants que très rarement. "Il ne les a plus vus depuis le mois de juin et il n’a jamais payé le moindre centime de pension alimentaire. Or, mes fins de mois sont très difficiles."

Sortir prendre l’air une fois par jour, cette maman de quarante-deux ans aimerait bien "mais avec mon cadet Dario qui se déplace difficilement, fait des crises et se roule régulièrement par terre, ce n’est pas envisageable". Sa seule sortie : quand sa voisine vient garder ses enfants le temps qu’elle aille faire les courses. Mais le supermarché est aussi une épreuve : "Avec des revenus très faibles, les courses sont un casse-tête, je dois faire au moins cher."

Je mange à peine, j’ai perdu sept kilos en dix jours et je fume trente cigarettes par jour.

Dès qu’elle ne lui accorde pas son attention, son cadet de huit ans crie, hurle, se tape la tête contre le mur. Si elle le lâche des yeux, il ouvre son lange et étale ses excréments partout ou ronge le cuir du canapé. "Quand c’est trop et que je n’en peux vraiment plus, je laisse mes fils dans le salon et je m’enferme dans ma chambre pour pleurer et pour ne pas les "dégommer"." Puis, elle sèche ses larmes et y retourne.

Les papas ? Souvent aux abonnés absents

Si de plus en plus de papas d’enfants handicapés assurent, beaucoup désertent le domicile conjugal. "Mon mari nous a quittés il y a neuf mois. Il ne supportait pas le handicap de Louis. Il m’a dit : "J’ai soixante ans, je veux m’amuser", explique Nathalie, comptable au CPAS d’Evere.

Leurs relations n’étaient déjà pas au beau fixe. Mais le confinement a fait naître de nouveaux conflits entre Nathalie et son ex-mari. Avec un boulot très prenant en politique, l’homme garde son fils un week-end sur deux et tous les lundis. "Lundi passé, il voulait laisser Louis à la garderie organisée par l’école maternelle", s’insurge Nathalie. Impensable pour elle de laisser son fils, déjà très perturbé par la situation, avec des éducatrices qu’il ne connaît pas. "Il m’a alors proposé de faire garder notre fils par sa nouvelle compagne alors que Louis ne l’a jamais vue de sa vie ", explique la maman, furieuse.

Si on passe au confinement total, il faudra prévoir des dérogations pour les parents d’enfants handicapés !

Si les parents d’enfants valides peuvent expliquer à leur progéniture que la situation a changé, impossible de raisonner un bambin qui souffre d’autisme sévère. Du haut de ses quatre ans et demi, Louis ne comprend pas ce qui se passe. Comme le garçonnet ne sait pas parler, il exprime son angoisse à travers des comportements violents : "Je reçois vingt baffes par jour, des dizaines de coups de pied."

La hantise de Nathalie ? Ne plus pouvoir sortir du tout "à cause des imbéciles qui ne respectent pas les distances de sécurité". Comme tous les enfants de son âge, Louis a besoin de se dépenser. "On va tous les jours se promener une heure en forêt de Soignes, là où il n’y a personne pour éviter qu’il ne s’approche trop des gens. Impensable pour Louis de rester 24 heures sur 24 enfermé à la maison."

Impossible de faire du télétravail

"Même quand le couple va bien et que le papa est présent, c’est quand même la maman qui assume la grosse partie du boulot", précise Deborah. Avec le confinement, elle a dû arrêter son activité d’indépendante pour garder ses deux enfants, Noah (douze ans) et Thomas (dix ans). "Impossible pour moi de faire du télétravail avec un enfant autiste à la maison."

"Mon mari travaille la nuit dans le déchargement des avions de fret à Bierset. L’après-midi, il m’aide un peu pour les tâches ménagères mais en ce moment Noah ne veut pas passer du temps avec son papa. Il est scotché à moi car c’est moi son repère. C’est vraiment épuisant."

Sur Facebook, ces mamans d’enfants extraordinaires dénoncent le numéro vert mis en place par deux spécialistes du burn-out parental pour venir en aide aux parents qui se sentent dépassés. Au bout du fil, une trentaine de psychologues prêts à écouter les parents qui se sentent à bout de souffle ou épuisés en cette période particulière de confinement.

Pour écouter nos SOS à nous, parents d’enfants handicapés, il n’y a jamais eu de numéro vert.

"Bienvenue dans notre monde", s’exclame Virginie. "Je peux concevoir que les parents soient fatigués parce qu’ils n’ont plus l’habitude de rester 24 heures sur 24 avec leurs enfants mais moi, maman d’un enfant autiste, cela fait sept ans que je vis cela et il n’y a jamais eu de numéro à appeler."

Deborah aussi est furieuse : "Nous parents d’enfants handicapés, cela fait des années que nous réclamons cette aide et nous ne l’avons jamais eue. Une fois de plus, on se sent oublié.e.s."

Newsletter info

Recevez chaque matin l’essentiel de l'actualité.

OK