Delhaize vend de l'eau du robinet filtrée : des manquements ?

Depuis quelques mois, Delhaize propose dans deux de ses magasins, à Genval et à Louvain-la-Neuve, une eau en vrac.

C'est de l'eau du robinet filtrée selon un système mis au point par Natarys, une société française. La "Qanat", c'est le nom de cette eau est à disposition du consommateur à une fontaine à eau. Voilà qui permettrait de supprimer 1,2 millions de tonnes de plastique par an par magasin.

Mais le système s'entoure, semble-t-il de certains manquements. "On n'est pas des pigeons" enquête … 

Une eau pas assez propre ?

Il y a beaucoup moins de minéraux : 1380 germes/ml dans l’eau Qanat contre 47 dans l'eau du robinet soit… 30 fois plus !

L'intention est louable : réduire l'utilisation de bouteilles en plastique. Beaucoup de consommateurs sont toujours à la recherche de moyens en vue d'améliorer leur impact sur l'environnement. Delhaize leur propose un test dans ses deux magasins : une fontaine à eau de distribution filtrée par charbon actif et par osmose inverse. Elle est même, ensuite, "revitalisée".

Cette eau, la "Qanat", est disponible en eau plate ou en eau pétillante. Le prix est, pour l'eau plate (0,25 euros/l.), juste sous le prix de leur eau distributeur "Orée du bois" (0,28 euros/l.).

Mais, est-elle vraiment aussi bonne que ça ? Nous avons prélevé, un échantillon dans le magasin avant et après filtration, au robinet et en bouteille. L'analyse a été réalisée à l'ISSEP l'Institut Scientifique de Service Public. Résultat : il y a en effet beaucoup moins de minéraux mais il y a 1380 germes/ml dans l’eau Qanat contre 47 dans l'eau du robinet soit… 30 fois plus !

Et ça, c'est dangereux ? Jocelyne Korfer, technicienne de laboratoire à l'ISSEP, l'Institut scientifique de service public : "Ce n'est pas dangereux parce dans des eaux embouteillées, nous avons déjà remarqué des variations allant de 100 à 1000 germes/ml". Mais tout de même... 30 fois plus de germe dans cette eau filtrée, ce n'est pas très propre : "C'est une information que l'on va prendre au sérieux. Normalement on a des contrôles sanitaires assez stricts, des nettoyages quotidiens, plusieurs fois par jour. On va étudier cette possibilité : peut-être que le nettoyage n'a pas été potentiellement correctement fait ce jour-là", c'est l'explication avancée par Charlotte Brohez, responsable achats boissons chez Delhaize, au vu des résultats de l'analyse.

Une demande d'autorisation ?

Mais, il n'y pas que le nettoyage... il y a aussi les autorisations : le règlement de distribution de l'eau en région wallonne prévoit, en son article 26, que pour céder de l'eau à un tiers , il faut demander une autorisation.

lors, In BW, le distributeur d'eau concerné a-t-il été contacté ? Réponse d'Yves Renson, directeur du département eau potable d'in BW : "Nous n'avons reçu aucune demande d'autorisation de Delhaize avant l'implantation de fontaines dans les magasins de Genval et de Louvain-la-Neuve qui sont sur notre zone de distribution. Des sanctions ? Oui, il en existe mais le but n'est pas d'arriver à des sanctions. Le but est d'arriver à une discussion avec Delhaize". Un courrier officiel sera prochainement envoyé. 

"Eau rendue potable par traitement"

Mais la discussion risque de s'enflammer concernant un autre problème. En cause, cette mention sur la bouteille : "Eau rendue potable par traitement". Cette mention peut facilement faire croire que l'eau du robinet n'est pas potable. Et là, pour le distributeur in BW, cela ne peut passer comme ça. Yves Renson : "L'eau de distribution est tout à fait potable. Il ne faut pas que la mention sur les bouteilles soit frauduleuse. Nous voulons vraiment que cette mention sur les bouteilles ne soit plus présente".

Quant à la société française, Natarys, qui commercialise le système de filtration, elle se pose aussi des questions. En fait, est-elle responsable de la commercialisation de cette eau ? Olivier Bouche, directeur de Natarys répond par la négative : "Moi, je ne vends pas d'eau. J'ai loué une machine à un établissement qui commercialise de l'eau. Chaque distributeur est tenu de s'accommoder des lois de son pays". La balle est donc dans le camp de Delhaize. Quant à l'Afsca, elle vient seulement de se saisir du dossier. Alertée par notre reportage, elle va se rendre sur place pour procéder aux premières analyses. 

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