Crise du coronavirus : le Réseau Wallon de Lutte contre la Pauvreté réclame une aide directe pour les ménages pauvres

Crise du coronavirus : le Réseau Wallon de Lutte contre la Pauvreté réclame une aide directe pour les ménages pauvres
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Crise du coronavirus : le Réseau Wallon de Lutte contre la Pauvreté réclame une aide directe pour les ménages pauvres - © Guido Mieth - Getty Images

A 47 ans, Nadia (nom d’emprunt), aide ménagère, s’est retrouvée en chômage temporaire, suite aux nombreuses annulations de clients. Alors qu’elle gagnait entre 1500 et 2000 euros, elle doit vivre aujourd’hui avec 1100 euros. Elle fait face, seule, mais l’inquiétude est là.

Je ne sais pas quand je pourrai reprendre mon travail. J’ai peur des imprévus, que ce soit au niveau de ma santé, ou d’un problème dans mon appartement.

Financièrement, Nadia doit faire attention à chaque euro dépensé. "Les prix ont augmenté et il n’y a plus de promotions dans les grandes surfaces. Je n’ai plus osé prendre ma voiture, pour éviter de mettre de l’essence. J’ai aussi peur d’être embarquée dans une ambulance si je suis malade car le prix est très cher si on a le virus. Notre patron nous a déjà dit que pas mal de clients avaient renoncé à nos services. Faut-il s’attendre à des pertes d’emplois ? On ne sait pas…"

Les grands oubliés de la crise

Ce témoignage a été recueilli par le Réseau Wallon de Lutte contre la Pauvreté. Dans le cadre de sa campagne pour une allocation mensuelle pour les ménages pauvres, le RWLP a donné la parole à ces ménages en situation difficile qui risquent de basculer dans une précarité plus grande encore. 

Les plus pauvres sont les grands oubliés de la crise !

Pour éviter un crash économique, les différents gouvernements soutiennent financièrement les entreprises et les indépendants. "Mais de nombreux ménages qui se trouvent en grandes difficultés ne peuvent bénéficier de ces aides", constate Christine Mahy, Secrétaire Générale et Politique. "Pour les ménages qui étaient incapables de faire face à des dépenses imprévues avant la crise, dont le budget était déjà à flux tendu, avec des revenus du travail trop faibles, du temps partiel non choisi, des familles monoparentales avec des revenus trop bas, une perte de revenu ou une augmentation des charges, même minime, peut les faire basculer dans la grande précarité."

Face à ce constat, le RWLP demande au gouvernement fédéral une aide exceptionnelle, mensuelle, directement versée aux ménages, avec effet rétroactif.

Les demandes d’aide sociale sont en augmentation

Avant la crise, 1.800.000 Belges vivaient déjà dans des conditions de précarité. Les CPAS sont inquiets. "Les demandes augmentent. Les étudiants qui vivaient de petits jobs, notamment dans l’horeca, viennent aujourd’hui pour s’équiper afin de poursuivre leurs études à domicile, mais ils viennent aussi pour se nourrir. Nous voyons des indépendants. Malgré le droit passerelle, ils se renseignent, pour obtenir un complément. Et depuis quelques jours, nous recevons des personnes en chômage temporaire qui voient leurs revenus diminuer alors que les charges, elles, restent fixes" constate Luc Vandormael, Président de la Fédération des CPAS de Wallonie.

Dans une lettre adressée à la Première Ministre le 6 mai dernier, les trois fédérations de CPAS du pays réclamaient des mesures immédiates. "Arrêts maladie, chômage partiel, non-accès aux repas scolaires, augmentation des prix des produits de première nécessité, hausse de la consommation d’énergie ; tous ces facteurs affectent gravement les ressources des ménages les plus modestes" écrivaient les fédérations à Sophie Wilmès.

Un montant de 15 millions a été débloqué par le gouvernement fédéral. Parce qu’ils craignent que cela ne soit pas suffisant, et afin d’éviter une crise sociale d’une ampleur trop importante, les CPAS partagent la revendication du Réseau Wallon de lutte contre la pauvreté : une aide directe pour tous les bénéficiaires d’allocations sociales.

On observe une évolution aujourd’hui. A plus long terme, notre crainte est de voir arriver des personnes qui aujourd’hui n’osent pas pousser la porte d’un CPAS.

Parce qu’elles n’osent pas, parce qu’elles ont honte. Parce qu’il y a un frein psychologique à demander de l’aide. Mais dans quelques mois, ces personnes pourraient ne plus avoir d’autre choix " s’inquiète Luc Vandormael.

Détresse matérielle, détresse psychologique

La Région Wallonne et le Réseau Wallon de lutte contre la Pauvreté ont mis en place un service d’aide aux urgences sociales via le numéro vert 1718, qui se voit renforcé. Au bout du fil, de la détresse, de l’angoisse, des larmes.

" La santé mentale individuelle et collective est une vraie préoccupation. On sent un effondrement progressif." Constate Christine Mahy. Cette période est difficile à vivre. Des personnes qui connaissaient déjà des problèmes de santé mentale, qui souffraient d’addiction, rechutent. "On voit aussi des personnes sans antécédents qui craquent. Il faut que ça bouge, et vite !"

Beaucoup de ménages s’appauvrissent. Si demain ces personnes doivent faire appel aux CPAS, ça coûtera beaucoup plus cher à la collectivité !

" Cela coûte plus cher de réparer que de prévenir. L’allocation que nous demandons ne réglera pas tout mais nous pensons qu’elle permettra de ne pas sombrer complètement."