Crème solaire : on ressort son tube de l'année dernière ?

Au-delà des douze mois d'utilisation préconisés, nos crèmes solaires continuent-elles à nous protéger ?

Pour répondre à la question, nous avons réalisé un test en sollicitant le concours de l'Institut royal d'Aéronomie Spatiale de Belgique.

Une protection d'un an, en théorie

"Toutes les 2 heures" : on nous le répète chaque année. Il faut se tartiner de crème solaire très régulièrement pour se protéger des rayons du soleil.

Cette protection est assurée par deux types de filtres :

  • les filtres chimiques qui vont absorber les rayons ultraviolets
  • et les minéraux qui vont les réfracter

Certaines crèmes intègrent d'ailleurs les deux types de protection. Mais ils ne sont pas toujours très stables et, avec le temps, ils sont susceptibles de se dégrader. En observant l'emballage des crèmes, on remarque d'ailleurs un petit logo représentant un pot ouvert, avec la mention 12M, signe que la crème, une fois ouverte, peut s'utiliser durant une année.

Après un an, les filtres restent efficaces

Au-delà des 12 mois d'utilisation préconisés, nos crèmes solaires continuent-elles à nous protéger ? Pour répondre à la question, nous avons apporté deux échantillons de la même marque, l'un neuf, l'autre périmé à l’Institut Royal d’Aéronomie pour les soumettre à des tests.

En passant le premier échantillon dans un simulateur solaire, on constate que les UVA et les UVB sont intégralement arrêtés. Nous avons ensuite reproduit le test avec l'échantillon périmé et là, surprise : les UVA et les UVB ont été arrêtés à plus de 99%, c'est dire si les deux crèmes se sont comportées de manière excellente malgré leur durée de validité théorique !

Un filtre qui se transforme en composé cancérigène

Faut-il en conclure que toutes les crèmes se seraient comportées de la même manière ? Manifestement pas et la prudence s'impose.

Selon une étude réalisée par le CNRS (Centre national de la recherche scientifique) et Sorbonne Université, en vieillissant, certaines crèmes développent un composé cancérigène.

Ce sont celles qui contiennent de l'octocrylène: c'est un filtre protecteur synthétique, souvent utilisé en cosmétique, notamment dans les crèmes anti-âge. Il résiste à l'eau et est photostable, c'est-à-dire qu'il garde ses propriétés sous l'effet du soleil.

Au bout d'une année, ce composant se transformerait en benzophénone, un perturbateur endocrinien, qui est susceptible de passer à travers la peau

C'est une molécule qui affecte les fonctions thyroïdiennes et qui perturbe le développement des organes reproducteurs.

Interrogé par France Info, l'un des auteurs de cette étude précise: " Cela peut provoquer des cancers, notamment du foie. C'est une molécule qui affecte les fonctions thyroïdiennes et qui perturbe le développement des organes reproducteurs. "

Compte-tenu des résultats de leur étude, les chercheurs demandent donc le retrait de l'octocrylène des cosmétiques. Une position radicale que ne partage pas le CSSC (le Comité Scientifique Européen pour la Sécurité des Consommateurs). Ce dernier considère qu'aux doses autorisées en Europe, cette substance ne comporte pas de risque pour la santé.

Toxique aussi pour les fonds marins

Délétère pour notre santé , l'octocrylène est également toxique pour l'environnement et spécifiquement pour les fonds marins. Il se décompose en particules qui finissent par détruire les coraux. Il est également particulièrement bioaccumulable. En effet, c'est un contaminant qui s'accumule dans les organismes vivants, et devient nocif quand l'organisme l'absorbe plus vite qu'il ne l'élimine.

Pour protéger leurs récifs , les îles Vierges et les îles Marshall ont d'ailleurs pris les devants : elles ont interdit l'utilisation de crèmes solaires contenant de l'octocrylène.


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