Coronavirus : des "cabines de désinfection" à l'ozone démantelées par le SPF Santé

Des cabines de désinfections installées devant des supermarchés à Boussu et Anderlecht ont été démantelées par le SPF santé par crainte de toxicité
Des cabines de désinfections installées devant des supermarchés à Boussu et Anderlecht ont été démantelées par le SPF santé par crainte de toxicité - © Kathrin Ziegler - Getty Images

À Boussu et à Anderlecht, deux sociétés belges ont installé récemment devant des magasins des "tunnels" où une brume d’eau ozonée désinfecterait le caddie, les mains et les vêtements des clients. Mais le SPF Santé leur a demandé de les démanteler et de faire des études d’innocuité en laboratoire. Car l’ozone est loin d’être inoffensif pour notre santé… Explications.

Dimitri Ernst et Yavuz Cadir, de la société liégeoise R-go Wash spécialisée dans les car-wash, réfléchissaient à comment lutter contre le COVID-19. Ils pensaient d’abord à laver les caddies des supermarchés à haute pression, quand leurs recherches les ont ensuite menés à la société canadienne Tersano, spécialisée dans l’ozone aqueux stabilisé. Le 9 avril dernier, Dimitri Ernst et Yavuz Cadir ont donc eu l’idée d’installer un sas diffusant une brume d’ozone devant un Intermarché à Boussu. Un investissement de 10.000 euros.

Les clients et leurs caddies de supermarché passaient donc 10 secondes dans une brume d’ozone – censée tuer les virus et bactéries présents sur les caddies, les mains et les vêtements - avant de faire leurs courses. Un jet nettoyait les mains, et une brume d’eau ozonée stabilisée enveloppait le client. Un concept qu’ils ont déposé : "Aucun produit chimique n’est ajouté. Notre matière première, c’est vraiment de l’eau", explique Dimitri Ernst. "Pour faire simple, la machine reproduit ce qui se passe dans un orage. On injecte 4500 Volts. Et l’eau se transforme en ozone." Dimitri est conscient qu’il ne soigne pas les gens mais que c’est uniquement de la prévention : "Si le système détruit 30% de ce virus, c’est déjà ça en moins !"

Mais la nuit du 26 au 27 avril, l’installation a été endommagée par des malfrats et depuis, le sas est à l’arrêt mais toujours sur place. Entre-temps, le SPF Santé a demandé à Dimitri Ernst et Yavuz Cadir d’entamer des études plus approfondies en laboratoire quant à la toxicité de ce bain de vapeur sur la santé des êtres humains. La société liégeoise R-go Wash a alors entamé ces tests en laboratoires depuis quelques semaines déjà et devrait recevoir les résultats à ce sujet dans 3 semaines.

Même processus avec une "cabine de désinfection" à Anderlecht

Le 27 avril, Redouane Lassri et Cemil Soysal, de la société bruxelloise Belconstruct SH spécialisée dans la construction de châssis, installaient eux aussi une "cabine de désinfection" devant le magasin de bricolage ETM à Anderlecht. Là, le passage sous la brume était plus long et durait entre 20 à 30 secondes. Ici aussi, ce sas de désinfection est censé désinfecter les vêtements, les mains, les caddies.

Belconstruct SH utilise aussi le processus breveté par société canadienne Tersano qui affirme que "l’ozone aqueux stabilisé élimine les germes, odeurs, taches, moisissures et le mildiou" et "tue rapidement les virus et bactéries dont Escherichia coli, Salmonella…"

Redouane Lassri explique : "Nous utilisons le même procédé qu'à Boussu, mais c’est une autre technique que nous utilisons. L’eau ozonée est envoyée dans une citerne qui est propulsée par un moteur à 70 bars. L’eau est ensuite injectée dans des buses. Et c’est ainsi que l’on produit de la brume. Ce n’est pas le cas de l’autre société, je pense."

A Anderlecht aussi, le SPF santé a demandé de démanteler ce tunnel et d’investiguer quant à la nocivité de ce produit sur l’être humain. Redouane Lassri est circonspect : "Cela va prendre beaucoup de temps, une année ou deux avant d’avoir tous ces tests de laboratoire mais pourtant Tersano nous a fourni des attestations qui indiquent que le système est efficace, testé et certifié. On a l’impression qu’ils veulent que cette crise dure…".

En attendant, Redouane planche sur un autre système avec l’eau ozonée pour désinfecter les vêtements, sans contact avec des êtres humains cette fois.

L’ozone est-elle réellement efficace pour tuer le Covid 19 ?

L’ozone O3 est une molécule composée de 3 atomes d’oxygène liés entre eux. "L’ozone est très oxydant, c’est-à-dire que cette molécule va réagir avec tout : métaux, matière organique, virus, bactéries, etc. " nous explique le physicien et professeur Pasquale Nardone de L’ULB.

L’ozone ou l’eau ozonée sont effectivement microbiocides mais "cela dépend de la teneur en ozone" précise le professeur Jacques Piette, virologue à l’ULg. "Si celle-ci est faible, l’effet virucide ou bactéricide sera faible."

Quant aux doses d’ozone nécessaire pour lutter efficacement contre le COVID-19 sans nuire à la santé des personnes en contact, des études en laboratoire sont en cours.

L’ozone est toxique pour les poumons, préviennent les spécialistes

Pour Jacques Piette, "l’ozone ne doit en aucun cas être utilisé pour "désinfecter" une personne. Ce sont des composés toxiques. En disant cela, nous adopterons des propositions similaires à celles faites par D. Trump, propositions qui lui ont valu d’être la risée du monde entier ! L’ozone est un toxique irritant pulmonaire. Même dilué dans l’eau je pense personnellement qu’il ne faut pas l’utiliser en présence de personnes. Par contre, cela peu très bien convenir pour désinfecter des locaux ou certaines surfaces." Ce qui se fait dans les laboratoires et les hôpitaux notamment.

Pour Pasquale Nardone, aussi "l’ozone peut être utilisé, mais sans contact avec des êtres humainsIl est toxique pour les poumons à partir de 9ppm. Cela peut provoquer des œdèmes pulmonaires. Il est toxique aussi pour les yeux, les reins et le cerveau."

Yves Van Laethem, porte-parole interfédéral pour la pandémie COVID-19 estime quant à lui que "l’ozone a plus d’inconvénients que des avantages. Cela génère un sentiment de fausse sécurité. Si l’ozone va décontaminer le caddie, ce même ozone ne va pas éliminer le COVID-19 qui est présent dans la gorge ou les poumons de la personne qui rentre dans le magasin. S’il tousse ou si ses mains sont contaminées, le fait d’être passé dans un tunnel d’ozone ne va rien changer. De plus, l’ozone a une certaine toxicité au niveau des poumons et des voies respiratoires. Selon moi, utiliser un savon désinfectant est tout aussi efficace et beaucoup moins onéreux."

Un avis officiel devrait être émis très prochainement à la chambre des représentants quant à l’utilisation de l’ozone dans la lutte contre le Covid-19.

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