Consomme-t-on à notre insu des organismes génétiquement modifiés ?

En Belgique, si un produit contient des OGM - des Organismes Génétiquement Modifiés - sa composition doit le mentionner. C'est obligatoire. Mais s'il n'en comporte pas, le fabricant peut-il le mentionner ... par un label, par exemple ? "Sans OGM" ? Non, chez nous, ce n'est pas permis ! Même pour des produits issus d'animaux qui ne seraient pas nourris aux OGM ? De la viande, du lait ou des œufs ? Eh bien, non ! Pourtant des consommateurs préféreraient avoir le choix : "Je trouve que cela pourrait être une chouette chose que les gens soient informés de ce qu'ils mangent et qu'ils s'en rendent compte ! ", "C'est néfaste sur la santé des individus donc voilà, tout ce qui est néfaste, moi, je l'élimine ! ".

Néfaste ? Vraiment ? Chez nous comme dans d'autre pays européens, 95% du bétail est nourri avec des aliments à base d'OGM ... Selon ce scientifique français qui a effectué des études sur le sujet, manger de la viande par exemple ou boire du lait, issus de ces animaux est dangereux. C'est vraiment prouvé ? "Oui c'est prouvé ! Aujourd'hui, nous avons donné des OGM pendant les tests les plus longs au monde possible, à des animaux. Ils sont tombés malades et nous savons qu'il est malsain et même interdit de manger des animaux malades", explique Gilles-Eric Séralini, professeur de biologie moléculaire à l'Université de Caen.

Un sujet controversé

Mais le sujet est controversé. En Belgique, l'Afsca, l'agence fédérale pour la sécurité alimentaire, ne reconnait pas du tout cette dangerosité. "Il n'y a aucune évidence scientifique actuellement qui permet de montrer que la viande nourrie avec des denrées alimentaires d'origine génétiquement modifiée induit des conséquences néfastes sur la santé humaine", précise Jean-Sébastien Walhin, porte-parole de l'Afsca.

Ce qui se traduit dans la loi belge par une interdiction d'apposer un label "Sans OGM". Pourtant dans d'autres pays européens, chez nos voisins français, allemands ou luxembourgeois, c'est tout a fait permis si les animaux sont nourris avec des aliments "sans manipulation génétique". Voilà certainement pourquoi la société Dumoulin commercialise depuis peu de la nourriture pour bétail "sans OGM", certifiée d'ailleurs par un organisme allemand. La différence ? Au premier coup d’œil, il n'y en a pas mais il y a un prix à payer ... "Effectivement, l'aliment non-OGM est plus cher du fait que le soja qui est dedans est plus cher. Il peut y avoir plus de 100€/tonne de différence de prix par rapport au soja non-OGM", déclare Benoît Brouwers, administrateur délégué pour la société Dumoulin.

Qu'en est-il pour l'éleveur ?

Pour l'éleveur, ça coûte donc plus cher mais ça peut être intéressant. Dans cette exploitation, à Waimes, près de Malmedy, Jacques Luxen élève avec sa famille 260 vaches laitières qui produisent chaque année plus de 2 millions de litres de lait. Ils seront vendus à la filière allemande du lait sans OGM. Pour cela Jacques touche une prime d'un cent et demi par litre. "C'est un choix économique, oui. On a eu deux mauvaises années, 24 mois qu'on est en train de gratter pour nouer les bouts. Moi, je me suis dit que si l'on me donne un cent en plus, un cent et demi en plus, c'est toujours bon à prendre ... !".

La prime annuelle s'élève alors pour Jacques et sa famille à 2 millions de litres fois 1 cent et demi soit 30.000 euros ... mais, l'aliment sans OGM est plus cher .."Ça va nous coûter sur une année, à mon avis, entre 15 000 et 20 000 euros plus cher en aliments. Je pense qu'il y a quand même 10 000 à 12 000 euros, peut-être 15 000 euros à gagner", explique Jacques Luxen, éleveur à Faymonville - Waimes.

Le lait belge de Jacques part ainsi dans la filière allemande du lait sans OGM. Sur place, en Allemagne, le label indique "Ohne Gentechnik", littéralement "Sans technique génétique". On le trouve aussi sur du poulet, des œufs, du fromage ou du yaourt. Alors, le consommateur allemand, lui, il est content ? "Si c'est bon? "Ohne Gentechnik" c'est toujours bon !" Toujours bon ? "Oui, je le pense. Pourquoi ? Parce que les animaux ont une vie plus saine". Le label "Sans OGM" allemand respecte le principe de précaution. En Belgique, des associations environnementales réclament le même traitement pour proposer, disent-elles, un meilleur choix aux consommateurs.

Tout de même un label "sans OGM" pour certains ... 

Lidl vend des produits labellisés "Sans OGM" en Allemagne ... et en Belgique ? Nous avons cherché mais n'en n'avons pas trouvé ! Ni chez Lidl, ni chez Aldi ou même Intermarché. C'est normal - souvenez vous - , l'Afsca est catégorique : "En Belgique, jusqu'à aujourd'hui, en ce qui concerne la labellisation OGM, il n'est pas accepté d'avoir un étiquetage négatif", renseigne Jean-Sébastien Walhin, porte-parole de l'Afsca. Pourtant, en poussant la porte de Carrefour, nous sommes tombés sur ceci : un poulet entier avec le label "Nourri sans OGM" et un peu plus loin, des conserves de maïs avec la mention "Sans OGM". Alors, finalement, on peut ou on ne peut pas? C'est étonnant, mais pour l'Afsca, on ne peut pas ... mais on peut ! "Il y a un traité au niveau européen qui reconnaît la libre circulation des marchandises en Europe et le principe de reconnaissance des législations mutuelles. Et donc, un produit qui est français, fabriqué en France et où on autorise la labellisation étiquetage négatif des OGM, donc "Non OGM", par exemple, eh bien, si c'est autorisé en France, l'Europe veut que ça puisse être commercialisé en Belgique, chez nous".

C'est le cas du poulet et du maïs que nous avons trouvés : ils sont produits en France. Cela veut donc dire qu'un producteur belge est désavantagé par rapport à producteur français, allemand ou luxembourgeois qui peut labelliser "sans OGM" dans son pays ... Ce n'est pas révoltant ça ? Qu'est-ce qu'il faut faire ? "Ce qu'il faudrait faire, c'est une harmonisation des législations qui concernent la thématique du label OGM au niveau européen pour que chaque Etat-membre applique les règles de la même façon", explique à nouveau Jean-Sébastien Walhin.

Des discussions sont prévues prochainement au niveau européen. Une solution sera peut-être possible dans les mois ... ou les années à venir.
 

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