Conséquences de la crise sur les finances publiques : qui va payer la note ?

Conséquences de la crise sur les finances publiques : qui va payer la note ?
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Conséquences de la crise sur les finances publiques : qui va payer la note ? - © Aleksandr Zubkov - Getty Images

Soins de santé, chômage temporaire, aides aux entreprises, droit passerelle, achat de masques, rapatriement de Belges à l’étranger… La note sera salée pour l’économie et les finances publiques belges.

David Clarinval, Ministre du Budget, a fait les comptes

Les mesures prises aux différents niveaux de pouvoir sont déjà estimées à 13 milliards d’euros. 

Le PIB, le Produit Intérieur Brut, pourrait baisser 8%, selon les prévisions de la Banque Nationale.

D’un côté, les coûts explosent, de l’autre, les recettes diminuent : impôts, TVA, cotisations sociales, ou encore dividendes non versés. "La situation est inédite. Nous pouvons déjà estimer que nous aurons un impact de près de 10 milliards d’euros au niveau des recettes non perçues, et 13 milliards de dépenses en plus. Cela représente un impact de 23 à 25 milliards d’euros. C’est considérable, c’est même historique", souligne David Clarinval.

Le chiffre d’affaires des entreprises a chuté, certains secteurs comme l’horeca, la culture ou la construction sont touchés de plein fouet. L’économie est en panne. 7% des entreprises pensent qu’elles risquent la faillite selon l’UCM.

La priorité du moment : donner de l’oxygène à l’économie !

Pour limiter le choc, l’endettement est inévitable. Le trou se creuse pour éviter les faillites et les licenciements. Selon la Banque National,

Chaque semaine de confinement représente un manque à gagner de 4 milliards d’euros pour l’économie belge !

Et la crise n’est pas finie. Une chose est sûre, la note sera salée.

Mais qui paiera l’addition ?

Le citoyen paie déjà la crise avec 1.3 million de salariés en chômage temporaire fin avril. Soit 43% de l’ensemble des salariés. Les indemnités de chômages offertes sont plafonnées pour la majorité de ces travailleurs, cela signifie une perte de 30% de leur salaire.

De nombreuses inconnues subsistent.

La note finale dépendra de la durée de la crise et ensuite, du redressement.

L’Etat peut compter sur le soutien de la Banque centrale européenne (BCE) via des rachats de dette publique. Et les banques, soutenues par l’Etat lors de la crise de 2008, sont cette fois appelées à la rescousse.

Les banques ont la capacité d’absorber une partie du choc.

Les banques ont un devoir de retour explique Jean Hindriks, professeur d’économie à l’UCLouvain. "Nous avons été solidaires durant la crise de 2008. Les banques se portent mieux aujourd’hui, elles ont la capacité d’absorber une partie du choc, ça se traduit par des reports de remboursement de prêts hypothécaires, par exemple. Et nous pourrions dire la même chose du milieu des assurances."

Se dirige-t-on vers des années d’austérité ?

L’austérité fragiliserait encore plus les entreprises en difficulté qui vont vouloir repartir.

Selon Roland Gillet, Professeur d’économie financière à la Sorbonne et à l’ULB (Solvay), ce n’est certainement pas à l’ordre du jour dans un premier temps. "Cela n’aurait aucun sens. Si on veut relancer l’activité, ce n’est pas avec des mesures récessives comme une hausse des impôts, une hausse des prélèvements et une absence d’investissements publics. On continuerait plutôt à créer un effet récessif qui s’auto-alimenterait. Par contre, il faudra bien entendu réfléchir pour trouver des trajectoires budgétaires tenables, sans faire plus mal encore à ceux qui sont déjà fragilisés par la crise, avec des prélèvements là ou cela fera le moins mal à l’économie. Un équilibre pour les finances publiques et le budget sera certainement demandé par la Belgique et par l’Europe, même si pendant un certain temps le frein budgétaire sera relâché pour éviter une récession encore plus grande".

Il y aura des années difficiles...

Pas d’austérité dans l’immédiat, c’est aussi l’avis de Philippe Defeyt, de l’Institut pour un développement durable. "On peut rassurer un peu en sachant qu’une partie de cet endettement la BCE a racheté une partie de la dette, avec des taux extrêmement bas." La question : quel sera l’endettement que l’on considérera devoir être réglé par de l’austérité budgétaire. "Ce sera moins que l’endettement total, mais y aura de l’austérité" poursuit l'économiste. "Devant un problème budgétaire, il existe deux possibilités. Réduire les dépenses ou augmenter les recettes. On sait que ce gouvernement, le suivant, et les suivants, ne toucheront pas aux soins de santé mais vont probablement augmenter les dépenses de santé. On sait aussi qu’il y a une situation sociale difficile, avant la crise déjà une partie de la population s’était paupérisée, des indépendants auront besoin de plusieurs mois avant de retrouver un niveau de vie correct, donc on ne peut faire trop de réductions de dépenses de ce côté-là, pour des raisons sociales, mais aussi pour des raisons économiques. C’est bien l’une des leçons de la crise : la sécurité sociale sert de stabilisateur économique, elle est essentielle au bon fonctionnement de l’économie, au travers des dépenses des ménages. L’autre piste, augmenter les recettes. L’histoire montre que l’imagination est sans limite : emprunt de crise, impôt exceptionnel, impôt sur les grandes fortunes, augmentation de la taxation sur les revenus les plus élevés… Mais attention. Le risque est de casser la reprise."

Remettre les finances publiques en ordre, de la manière la moins coûteuse socialement, un équilibre compliqué à trouver… Ce sera la mission du futur gouvernement.

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