Combien ça coûte des étages entiers allumés pour rien?

On a tous fait cette expérience de découvrir des bureaux vides et illuminés la nuit. Pourquoi? Pour qui? Quelles conséquences pour le portefeuille et l'environnement? Pour répondre à ces questions, on part à la chasse au gaspillage électrique dans le centre de Bruxelles. L'expérience se déroule un lundi soir. On commence notre ronde de nuit à 20h30, bien après les heures de bureaux. Le but: repérer et répertorier les lumières qui restent allumées "pour rien".

Nous sillonnons deux quartiers: Nord et Européen. Le test n'a rien d'exhaustif. Nous allons cibler 5 bâtiments avec Carlos Garcia-Borreguero, un expert en bilan carbone de la société CO2logic. Nous nous arrêtons uniquement devant des exemples frappants: des réfectoires, des salles de conférence, des bureaux ou des guichets d'administration vides et encore éclairés parfois après 22h.

Notre test est une observation visuelle approximative qui se base sur des chiffres de consommation électrique moyenne. Nous partons aussi du postulat que toutes les lumières observées le restent pendant toute la nuit sur une période de 9h tout au long de l'année. C'est un biais potentiel.

Une facture de 51 000€ pour 5 bâtiments

Au total, nous avons observé une surface totale de plus de 15 000m² uniquement pour ces 5 bâtiments. Ça représente une consommation totale par an d'environ un million de KWh, l'équivalent de 223 tonnes de CO2. 

"À titre de comparaison, ça représente 29 tours du monde en voiture, la consommation en énergie de 39 familles belges ou encore 80 vols aller-retour en avion Bruxelles/New-York. Soit une facture globale de 51 473€", analyse notre expert en bilan carbone.  

Certains bâtiments observés sont même inoccupés. C'est la cas de la Tour The One, rue de la Loi: "Ce bâtiment est encore en travaux effectivement et pourtant, il y a quelques étages entiers qui sont illuminés et d'autres partiellement illuminés", commente Carlos Garcia-Borreguero.

Autre cas flagrant, celui de la DIV du SPF Mobilité. Tous les guichets d'accueil étaient encore allumés après 22h sans parler des bureaux à l'arrière.  

La réaction des entreprises

Nous avons contacté plusieurs propriétaires de ces buildings pour obtenir leur réaction. Certains reconnaissent les faits comme au SPF Mobilité et Transports: "Normalement, l’éclairage des bâtiments s’éteint à 19 heures. L’extinction des lumières est pilotée par une minuterie automatique, afin notamment d’éviter que les employés qui partent en dernier oublient d'éteindre les lumières. Un problème technique est survenu au rez-de-chaussée, ce qui explique pourquoi les lumières sont restées allumées. Ce problème technique est maintenant résolu", nous explique le Porte-parole, Sven Heyndrickx.

Éclairage LED = économie d'énergie

Même son de cloche pour le promoteur immobilier de la Tour The One. "Le gestionnaire de chantier lui-même a constaté le défaut et en a demandé la correction... Ce bâtiment veille à la performance énergétique également via la consommation des éclairages, et est équipés de luminaires LED pour les plateaux de bureaux. La consommation sera donc bien inférieure aux consommations électriques moyennes existantes", nous explique Stéphan Sonneville d'Atenor. Avec l'éclairage LED, la facture diminue effectivement presque de moitié pour ce seul bâtiment. 

Et enfin, BNP Paribas Fortis nous fait savoir que le bâtiment Boreal que nous avons filmé est muni d'une gestion d'éclairage automatique et que tout se coupe à 22h30. Comme nous avons fait notre observation à 22h15, il était logique qu'il y ait encore des lumières allumées. "Notre système de gestion nous indique que pour le 17/12 : à partir de 21h38, chaque étage a été allumé à +/- 5 minutes d’intervalle et ils se sont tous éteints entre 22h29 et 00h06", nous précise Valéry Halloy, porte-parole de BNP Paribas Fortis.

15 millions € pour les autoroutes

Les bâtiments ne sont pas les seules sources de consommation électrique pendant la nuit. Rien que pour la Wallonie, les autoroutes éclairées représentent une facture "entre 10 et 15 millions d'euros par an", nous explique le Pr. Damien Ernst, ingénieur électricien à l'ULiège.

L'astronaute français, Thomas Pesquet, confirmait encore sur nos antennes en octobre 2018 que notre pays est un des plus éclairés au monde: " J'ai vu la Belgique de là-haut. Elle est hyper lumineuse la nuit. Effectivement, les autoroutes sont illuminées. Ce qui, d'un côté est bon pour la sécurité; mais d'un autre, représente une consommation d'énergie non négligeable".

L'exemple français

Au-delà des autoroutes, comment lutter contre des consommations électriques inutiles? Notre expert en bilan carbone, Carlos Garcia-Borreguero, avance des pistes de solution: "il y a de la gestion intelligente d'énergie qui peut dépendre de la domotique, un système de caméras et de détection de mouvement. Il existe parfois des capteurs plus localisés sur un plateau qui permettent d'allumer uniquement la partie du plateau où un employé reste plus tard".

En France, l'État a pris des dispositions plus radicales. Un arrêté de 2013 limite les nuisances lumineuses et les consommations d'énergie pendant la nuit. Ce texte prévoit que les lumières intérieures des commerces et bureaux soient éteintes une heure après leur fermeture. Les vitrines et les enseignes doivent être éteintes au plus tard à une heure du matin, sauf si les magasins sont encore ouverts.

L'Ademe (Agence française de l'environnement et de la maîtrise de l'énergie) a évalué les économies d'énergie possibles à l'équivalent de la consommation électrique annuelle de 750 000 ménages (hors chauffage et eau chaude). Ce qui représente à l'échelle du pays 250 000 tonnes de CO2. Si l'on reprend l'exemple des allers-retours Bruxelles/New-York, on arrive au chiffre impression d'environ 90 000 vols.

Newsletter info

Recevez chaque matin l’essentiel de l'actualité.

OK