Cet homme vous demande de payer votre lait plus cher (et vous allez peut-être accepter)

L'année dernière, en France, Nicolas Chabanne a eu une idée un peu folle : puisque les consommateurs se plaignent de ne pas savoir comment est produit le lait qu'ils consomment, pourquoi ne pas leur demander, directement, de définir les caractéristiques de ce qu'ils veulent boire?

Il a donc créé un questionnaire sur le web

Puis, une fois que 8 000 consommateurs ont répondu, il est allé trouver des producteurs prêts à produire ce que ces consommateurs avaient choisi. Avec, à la clé, une rémunération plus équitable. Et le plus fou, c'est que ça a marché. Au delà de ses espérances :

On n'a pas imaginé une seconde que, un an plus tard, 25 millions de briques auraient été vendues. Ca été un immense succès, sans commerciaux dans les magasins, sans pub à la télé. Les consommateurs nouveaux ont envie que les choses changent.

99 centimes

Le questionnaire demandait par exemple si vous préfériez que les vaches soient nourries avec ou sans OGM, qu'elles puissent aller en pâture ou restent à l'étable... A chacune de vos réponses, le prix de la brique changeait selon votre choix. Résultat : en France, le litre est vendu à 99 centimes. C'est pas un peu cher ?

Il faut savoir que, quand un lait est à 70 centimes, quand on l'achète on sait que, involontairement, on va faire en sorte qu'un  producteur ne gagne pas sa vie. Donc, c'est plus cher qu'un lait premier prix mais c'est un lait qui aide un producteur à vivre et qui est qualitatif : il y a de la qualité autour de ce lait.

Ca, c'était en France ...

En Belgique, une coopérative s'est dit : "Et pourquoi pas chez nous ?" Elle a contacté Nicolas. Résultat : "C'est qui le patron ? Belgique" est né. Avec un questionnaire : vous avez jusqu'au 17 décembre pour décider quel type de lait vous voulez. Sauf que... Si les consommateurs disent qu'ils veulent un lait avec OGM et le moins cher possible, vous allez vraiment le produire ?

La réponse de Sylviane Bockourt, Mme "C'est qui le patron ? " Belgique :

Ca, évidemment, c'est la question difficile. S'ils veulent un lait mal payé avec des OGM, il existe déjà sur le marché, je ne vois pas tellement l'intérêt de la marque. Maintenant, c'est la volonté du consommateur, donc on verra ce qu'on fait. Mais on espère que les consommateurs vont suivre les valeurs de la marque : bon et responsable. C'est ce que les premiers qui ont déjà répondu ont choisi

La première question demande si vous êtes prêt à payer plus cher

Payer plus pour que le producteur ait une rémunération stable et puisse profiter du temps libre. C'est que, quand on est agriculteur, pas question de s'absenter, ne serait-ce qu'une journée. Vincent Vandromme est producteur de lait à Cerfontaine, dans la botte du Hainaut. Il se souvient des communions des enfants quand le prix du lait était bas :

On faisait la traite des vaches avant de partir, on allait vite à la communion du gamin, on repassait le soir vite traire et on retournait à la salle où toute la famille attendait.

Tandis que, quand le prix du lait est plus correct

Il peut prendre un service de remplacement : quand on se lève le matin, on ne pense à rien, on prend du plaisir, on part en famille. Et on revient le soir, notre travail est fait et nous avons passé une belle journée.

Bon, c'est très beau tout ça, mais...

Proposer un questionnaire aux gens en devinant à l'avance leurs réponses avant de leur dire: "C'est votre choix", c'est pas un peu un coup de marketing ? Nicolas Chabanne a la réponse :

La communication qui arrivait avec des millions pour essayer de nous faire acheter un truc dont on n'avait pas besoin, c'était ça le marketing d'avant. Nous, on propose un marketing qui fait du sens : où va mon argent, à quoi il sert. C'est vrai que ça reste du marketing, mais ça nous semble plus sain.

De toute façon, vous avez encore un peu plus d'un mois pour voter pour le lait que vous préférez. Et pour décider si vous voulez le payer quelques centimes de plus. Pour que, de temps à autre, Vincent puisse dételer et profiter un peu de la vie...

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