Cet été, irons-nous à la foire ? Ça reste à voir !

Cet été, irons-nous à la foire ? Ça reste à voir !
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Cet été, irons-nous à la foire ? Ça reste à voir ! - © Jade Brooks / EyeEm - Getty Images/EyeEm

Quels loisirs seront accessibles cet été ? En théorie, c’est ce vendredi que le Conseil National de Sécurité (CNS) apportera des éclaircissements sur l’interdiction, jusqu’au 31 août, des évènements rassemblant plus de 1000 personnes.

Une interdiction qui vise les grands festivals. Mais quels autres rassemblements devront-ils être suspendus ? De la réponse du CNS dépend probablement la survie d’une partie des 1200 familles de forains belges.

Les parcs d’attractions font du lobbying pour pouvoir rouvrir cet été. Si eux ont l’autorisation, les forains ne comprendraient pas qu’ils doivent attendre septembre ou octobre pour recommencer. D’autant plus que leur année se termine en novembre". Cette déclaration de quelqu’un qui suit de près le dossier résume bien la question.

Les forains n’en peuvent plus d’attendre ! 

Ils ont déjà raté le printemps, avec les premières foires de l’année. Toutes les foires du mois de mai sont également compromises. Et s’ils ne peuvent pas travailler cet été, ils craignent de passer une année entière sans revenus.

Scooters à l’arrêt

Ceux qui n’ont pas mis d’argent de côté, ou ne peuvent pas compter sur l’aide de la famille, risquent bien de devoir cesser leurs activités.

J’ai fait une seule foire, cette année, explique Geneviève Besanter, qui exploite le Belgian Skooter Besanter. La foire d’Ath, en février. Mais on a eu des tempêtes les deux weekends. Depuis, on se tourne les pouces chez soi. On a bien reçu le droit passerelle pour mars et avril : deux fois 1291 euros. On attend l’aide régionale unique de 4000 euros. Et peut-être encore le droit passerelle pour le mois de mai. Mais les factures continuent à tomber. Rien qu’en assurances, je dois payer 12.000 euros par an. Le calcul est vite fait ! "

Foire du Midi ou pas ?

Attendre plutôt que de prendre une décision précipitée.

Fabian Maingain (Défi) est l’échevin bruxellois en charge des ambulants. Et donc de la foire du Midi. Aura-t-elle lieu cette année ?

On l’espère. En attendant les décisions du CNS, nous réfléchissons aux possibilités d’adapter le champ de foire aux conditions sanitaires. Il faut savoir que, si la foire attire chaque année un million de visiteurs, ils ne sont forcément pas tous présents en même temps. On pourrait limiter le nombre de personnes présentes et demander aux forains de désinfecter régulièrement leurs attractions. Pour l’instant, on attend du CNS une définition claire des événements de masse et des consignes. Après, on aura jusqu’à fin mai ou début juin pour prendre une décision, en fonction de la situation à ce moment-là. C’est aussi le vœu des forains. "

La Wallonie pas à la fête...

Certaines villes n’ont pas attendu : Namur a d’ores et déjà annoncé la suppression de sa foire, qui devait ouvrir le 3 juillet. Et, dans la foulée, elle a également annulé les fêtes de Wallonie, et donc de la foire qui va avec. Parce qu’elles ont lieu en septembre, et qu’il n’est pas raisonnable de courir le risque de rassembler de grandes foules dans les rues étroites du centre.

A Huy, on est encore dans l’incertitude. Du moins officiellement. Les autorités communales estiment que, à moins d’un miracle, la foire du 15 août, qui attire chaque année une centaine d’attractions, n’aura pas lieu. Comme explique le bourgmestre, Christophe Collignon (PS) à L’Avenir : " Il ne faut pas être grand clerc pour se dire qu’un événement tel que celui-là ne pourra pas être organisé, sauf retournement de situation. " Même certaines kermesses plus locales sont annulées, alors qu’il est peu probable qu’elles attirent 1000 personnes simultanément.

Croustillons à domicile

On ne peut quand même pas rester sans rien faire, c’est impossible !

Pour ne pas rester inactif et gagner quand même un peu d’argent, certains s’organisent.

Patrick Decorte, qui vend des croustillons, a décidé de se lancer dans les livraisons à domicile : " On a commencé un samedi. Puis, face à la demande, on a remis ça le samedi suivant. Et, maintenant, on compte aussi le faire le dimanche. On demande une commande minimum de 15 euros. Et on ne livre que dans un rayon de 10 kilomètres autour de Haren, où nous travaillons. Donc : Schaerbeek, Evere, Woluwé Saint-Lambert, etc... "

Il est cependant clair que les revenus générés par cette activité ne sont qu’une goutte d’eau face aux pertes engendrées par la situation : " Ça ne représente pas 10% de ce que nous générons en une journée ordinaire. Il ne faut pas rêver : ce n’est pas mon métier, je n’ai pas l’habitude et quand j’ai besoin d’une demi-heure pour aller chez un client, ça veut dire que je suis parti plus d’une heure. Pour 15 euros ! Mais les gens sont contents de recevoir leurs croustillons et leurs beignets aux pommes. Surtout que, comme je les transporte dans des bacs en frigolite, ils restent chauds ! "

Si le goût des croustillons vous manque et que vous voulez venir en aide à Patrick vous pouvez passer vos commandes via son adresse mail : info@patrick-decorte.be

Liège fera-t-elle la foire ?

Si on veut éviter la catastrophe financière, il faut rouvrir les foires !

D’autres n’ont pas la possibilité d’exercer ailleurs que sur un champ de foire : Geneviève Besanger voit mal où elle pourrait installer ses autos-scooters. Quitte à prendre des dispositions : " J’ai pensé à barricader mon métier, à séparer l’entrée et la sortie des scooters. J’ai même envisagé de louer des cabines de désinfection, comme dans certains supermarchés. On pourrait aussi mettre des barrières autour du champ de foire. Après tout, dans les parcs d’attractions, la distanciation sociale d’1 m 50 n’est pas toujours respectée non plus… "

Le dernier espoir du secteur, c’est la foire de Liège, censée se tenir de début octobre au 11 novembre. " Si elle se tient, ça nous aidera à tenir la tête hors de l’eau", dit Anthony Mastrovalerio, le président wallon de l’Union des Industriels forains belges.

Mais, justement, aura-t-elle- lieu ?

Il y a trois possibilités : pas de foire du tout, une foire contingentée, ou une foire tout à fait normale.

Maggy Yerna (PS), l’échevine en charge de la question n’en sait encore rien : " Nous, tant qu’on n’a pas de décision contraire, on suppose qu’elle se tiendra. D’ici deux ou trois semaines, on pourra en parler plus sereinement. "

Foire en confinement ?

Même si on tient le coup financièrement, qui nous dit que les foires pourront reprendre l’an prochain ?

Une foire en confinement… L’idée ne tente pas exactement Anthony Mastrovalerio : " Est-ce que les gens voudront ressortir ? S’ils doivent porter gants, bottes et masques, auront-ils encore envie de s’amuser ? "

Et si vous ne pouvez pas travailler cette année, est-ce qu’on vous verra encore sur les champs de foire l’an prochain ? Geneviève Besanger avoue l'ignorer : " S’il n’y a pas de vaccin ou de médicament, il n’est pas impossible que les mesures exceptionnelles soient prolongées... "

Et, dans ce cas, les champs de foire risquent bien de se transformer en champs de ruines.

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