Bruxelles sans véhicules thermiques : à quelques aberrations près

C'est donc officiel depuis la semaine dernière, la Région de Bruxelles-capitale va interdire tous les véhicules à moteur à combustion en 2035, voire 2030 pour ceux fonctionnant au diesel.

En cela, elle imite d'autres capitales européennes qui se sont positionnées de la sorte, comme Londres, Amsterdam ou Paris. Sur le fond, même pour les ardents défenseurs de la mobilité individuelle, difficile de lui donner tort.

Malgré les dernières normes environnementales, un moteur thermique, cela pollue et émet du CO2. Certes, beaucoup moins qu'avant, mais il n'y a pas de feu sans fumée pourrait-on écrire. Vue sous le prisme environnemental et de la santé publique, cette mesure se justifie pleinement. Pourtant, l'absence de nuances soulève quelques interrogations.

 

Tout le monde dans le même sac

OK pour supprimer les carburants les plus polluants. Mais qu'en est-il des autres, présentés comme alternative crédible tout récemment ? Les stations au gaz naturel commencent à voir le jour un peu partout en Wallonie alors qu'elles sont déjà bien plus nombreuses en Flandre. Le CNG (gaz naturel comprimé) rejette 80 à 90 % de particules fines et d'oxydes d'azote en moins que les véhicules essence ou diesel et 7 à 16 % de CO2 en moins. La Région Wallonne a investi plus de 6,6 millions d'euros dans le soutien au déploiement des infrastructures pour véhicules au gaz naturel alors que Bruxelles les interdira bientôt. Cela risque d'être difficile de convaincre les navetteurs d'opter pour cette technologie dans les années qui viennent.

Admettons pour le CNG, ça pollue quand même. Mais quid des hybrides ?

Les hybrides traditionnelles disposent d'un petit moteur électrique aidant le thermique et dont la batterie se recharge à la décélération. Le gain est appréciable en ville avec des consommations inférieures à 5 l/100 km pour les meilleures. OK, mais un peu d'essence brûlée, c'est un peu de pollution supplémentaire...

Admettons aussi pour les hybrides. Mais les hybrides rechargeables alors ?

Qu'elles disposent d'une grosse batterie avec la capacité de se déplacer uniquement de manière électrique semble ne pas avoir été pris en compte. Pourtant, la nature même d'une hybride rechargeable, c'est de pouvoir n'émettre aucun rejet polluant à certains moments, qui peuvent être définis par le conducteur. On bascule de l'essence sur l'autoroute à l'électrique en ville.

Mais il y a des risques. Que la batterie soit vide en entrant à Bruxelles ou que les automobilistes utilisent mal cette technologie en ne rechargeant pas régulièrement. Alors les autorités semblent ne pas avoir voulu prendre le moindre risque. Tant qu'il y a un moteur à explosion, même peu utilisé, on bannit !

 

Motos et scooters : quelle alternative ?

Installer 300 kg de batteries dans une voiture est un peu plus simple que dans une moto. D'ailleurs, à l'heure actuelle, aucun deux-roues électriques sur le marché ne dispose d'une autonomie atteignant 200 km. Ce n'est pas grave pour circuler en ville, ce qui est le cas des scooters 50cc. Mais que feront les motards bruxellois désireux de se balader le week-end ou de partir en vacances ? Aucune solution n'existe encore et le développement d'une technologie "propre" est bien plus coûteuse et compliquée que pour une voiture. Sans parler des nombreux motards wallons et flamands venant travailler à Bruxelles en deux-roues pour éviter les embouteillages. Ils peuvent garder une moto traditionnelle mais ne peuvent rentrer dans la capitale. Et s'ils passent à l'électrique (70% plus cher actuellement), ils ne peuvent plus envisager de longs trajets sans prévoir de multiples arrêts pour recharger, en espérant que d'ici 2035, des charges ultra-rapides soient disponibles en même temps que des batteries à grande capacité.

 

Des technologies non prises en compte

L'industrie automobile sait pertinemment que les jours du moteur à combustion traditionnel sont comptés. Plusieurs constructeurs, et non des moindres, ont annoncé qu'ils arrêteraient la fabrication de modèles thermiques dans le courant de la prochaine décennie. C'est le cas d'Audi, Volkswagen, Volvo, Mini ou encore General Motors aux USA. Mais on sait aussi qu'il sera impossible de transformer tout le parc thermique en électrique. Difficile d'imaginer des véhicules électriques en brousse africaine à court terme. On pourrait éventuellement évoquer l'hydrogène, mais sa production reste polluante et son coût prohibitif. 

Pourtant, l'industrie se penche sur d'autres alternatives. Comme les carburants de synthèse, qui ne sont plus issus du pétrole, ou les carburants entièrement "verts", à base d'algues, de légumes ou de céréales.

Le plan de sortie du thermique à Bruxelles n'en souffle mot. Comme d'ailleurs la future norme de dépollution Euro 7 prévue pour 2025 et qui pourrait éventuellement servir de tampon dans le calendrier prévu. 

Car 2035, c'est dans à peine plus de 13 ans. Rappelons que la première voiture électrique de grande série n'a été commercialisée chez nous qu'en 2011. La Nissan Leaf, voiture de l'année, coûtait 30 000 euros pour 150 km d'autonomie. Dix ans plus tard, l'autonomie a doublé pour un tarif augmenté d'un tiers. A ce rythme, en 2035, on pourrait tabler sur 700 km d'autonomie et 60 000 €. Il ne reste plus qu'à économiser et espérer pouvoir recharger à Bruxelles.

 

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