"Boycott", un mot devenu ringard ?

La question est posée : boycotter un produit de consommation, que ce soit pour des raisons environnementales, sanitaires ou ... politiques, c'est "ringard"? Il y en a qui s'en revendiquent et d'autres - plus prudents - qui préfèrent ne pas trop utiliser ce mot, qui, semble-t-il, évolue avec son temps.

Tout d'abord, il y a ceux qui apprécient le mot, c'est le cas de la plate-forme I-boycott.org qui vous ouvre les portes du boycott de Coca-Cola, Starburcks, McDonald's, de ce que vous voulez en fait. Comment ça fonctionne? Vous proposez votre campagne. Vos arguments doivent convaincre 1 000 personnes. L'entreprise ciblée sera alors contactée... elle répondra... ou non. "Et c'est efficace, comme le précise Rodrigue Gehot, porte-parole de la plate-forme i-boycott en Belgique, ... sur notre page Facebook, on a plus de 125.000 personnes qui nous suivent activement. Les campagnes, elles, sont suivies par 3 000 à 50.000 personnes". Et certaines entreprises boycottées répondent. C'est la cas du groupe Panzani pointé du doigt à cause de son utilisation d’œufs de poules élevées en cage. "L'entreprise a répondu une fois. Elle n'a pas convaincu. Une seconde fois, elle n'a pas convaincu et la troisième fois, elle a convaincu les boycotteurs. Elle a changé sa politique en la matière".

Chez Gaia, pas de boycott ?

Même combat mais technique différente chez Gaia avec sa campagne "Boycot-cot". L'association de défense des animaux demande aux consommateurs de protester. Elle fait aussi appel à leur avis. Le slogan est clair : "Stop aux œufs de poules en cage" mais pour le porte-parole de Gaia, ça, ce n'est pas un appel au boycott. Voilà ce qu'il déclare : "Non, chez Gaia, nous n'avons jamais, jamais fait d'appel au boycott". Alors demander aux consommateurs de ne pas manger de foie gras, ni d’œufs de poule en cage, ce n'est pas un appel au boycott? Pourquoi? Gaia ne répondra pas! Y aurait-il un problème légal? Nous avons posé la question à Yannick Ninane, avocat : "En Belgique, la notion "boycott", ce n'est pas une notion légale, c'est une notion de sens commun. Il s'agit de refuser de manière systématique de consommer quelques chose qui provient d'un producteur ou d'un Etat. Dans ce cas-ci, quand on dit "On arrête de consommer les œufs de poules en cages", je pense qu'on appelle à boycotter ceux-ci".

Alors boycott ou pas boycott ?

En fait, c'est une question de mot. Dans ses campagnes contre l'huile de palme, Greenpeace demande aux consommateurs de ne pas favoriser le biscuit Oreo, par exemple, qui en contient. Pourtant l'association de protection de l'environnement préfère ne pas utiliser le mot "Boycott". Pourquoi? Réponse de Juliette Boulet, porte-parole de Greenpeace Belgique : "Je pense que ce mot est un mot qui peut fermer parfois les esprits. Il peut parfois être vu comme quelque chose de trop négatif. Nous, on appelle au changement. On veut donner aux consommateurs, aux citoyens, tous les éléments d'information pour qu'ils puissent en tant que consommateurs faire leurs propres choix de consommation". Cette position est confirmée par Alexandra Balikdjian, psychologue de la consommation. L'idée, c'est de choisir "SA" consommation mais en partageant ses choix le plus largement possible. "Boycotter", qui n'a donc pas de fondement légal, deviendrait-il un terme tout simplement "ringard"? Alexandra Balikdjian : "Je crois que c'est surtout un mot qui change. En fait, le boycott, c'est une mobilisation, un mouvement citoyen. Donc, c'est vraiment rassembler des individus qui ont une cause qui leur est chère et leur dire : "voilà, vous n'êtes pas tout seul, vous êtes un ensemble de consommateurs, vous êtes un ensemble de citoyens face à cette cause. Alors, agissons et agissons de manière globale".

Finalement, choisir un produit, c'est en quelque sorte boycotter tous les autres... alors, pourquoi pas être "acteur" de sa propre consommation?

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