Balance ta pilule ?

Mais qu’est-ce qui pousse les jeunes femmes à se détourner de la pilule ?

Leurs grands mères se sont battues pour y avoir accès. Or aujourd’hui, elles n’en veulent plus ! Elles remettent en question ce mode de contraception pourtant extrêmement fiable, qui les protège d'une grossesse non désirée avec un taux d’efficacité supérieur à 99% .

N’empêche, cette fiabilité ne suffit plus à les convaincre. Alors que leurs aînées se sont battues pour pouvoir contrôler leurs grossesses, elles veulent retrouver le contrôle de leur corps.

Le procès de la pilule

La pilule de 3ème et de 4ème génération, personne, mais alors personne, ne doit la prendre. " Ces paroles, c'est Marion Larat qui les prononce, en 2006A l’époque, la jeune femme à 18 ans. Elle vient de faire un AVC sévère. Alors en 2012, la première, elle va porter plainte contre le laboratoire Bayer. Elle est convaincue que sa prise de pilule est à l’origine de ce terrible accident et ce lien sera d’ailleurs établi par la justice en 2018.

14 ans après les faits, l’affaire pourrait d'ailleurs déboucher sur un procès au pénal, la justice ayant demandé en 2020 l’ouverture d’une instruction. Elle a par ailleurs accordé une indemnisation de 4,5 millions d’euros à la jeune femme qui est toujours dans l’incapacité de travailler.

A sa suite, les questionnements autour de la pilule et de sa sécurité se sont exprimés, largement relayés sur les réseaux sociaux.

La pilule: de sa conception à sa légalisation

Pourtant, dans les années 60, l’arrivée de la pilule contraceptive a été vécue comme une libérationOn l'a oublié, mais à l’époque, les femmes ne contrôlent rien et tout rapport sexuel est une prise de risque. Certaines se souviennent : C’était épouvantable ; les femmes avaient un enfant, puis un autre et ça suivait... Mais quelle vie ! Elles n’avaient aucun loisir, elles travaillaient toute la journée ! "

On chargeait le plus audacieux d’aller chercher des préservatifs dans une pharmacie.

Pour tenter de limiter le nombre de grossesses, l’alternative, c’est l’abstinence ou le préservatif. Et ce sont les hommes qui en prennent ou non l'initiative : " Généralement , on chargeait le plus audacieux d’aller chercher des préservatifs dans une pharmacie ; il y en avait à ma connaissance une près de la Grand Place où on s’approvisionnait. Mais il fallait un certain courage, car ça ne se faisait pas. " témoigne une autre.

Il faudra attendre 1973 pour que , dans la foulée de la mobilisation en faveur de l’avortement, la pilule soit enfin légalisée. Une révolution dans la vie sexuelle des couples.

Après la libération, le temps des interrogations

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Un demi-siècle plus tard, force est de constater que les points de vue ont évolué.

En prenant la pilule tous les jours, j'avais l'impression de m'intoxiquer !

De nombreuses jeunes femmes se détournent de la pilule. Morgane résume l'une des motivations principales : " Le fait de prendre un médicament tous les jours me donnait l’impression de m’intoxiquer" commente-t-elle

Maux de tête, baisse de libido, humeur dépressive, d’autres arguments sont avancés. Avec plus ou moins d'étayage scientifique - ils doivent notamment être mis en relation avec d'autres facteurs susceptibles de les expliquer.

Le ressenti, lui, est bien réel, partagé par de nombreuses femmes et il ne peut être balayé d'un revers de la main.

Des risques à évaluer au cas par cas

L'essentiel du rejet se situe probablement ailleurs et notamment dans ces craintes multiples que résume Aurélie : " J’ai entendu autour de moi parler de thromboses, d'AVC, de cancer du sein..."

Pour démêler le vrai du faux, nous avons rencontré Matthieu Luyckx, gynécologue aux cliniques Saint Luc. Il répond aux principales appréhensions.

Le risque thrombo-embolique est le seul vrai effet secondaire de la pilule.

Le risque thrombo-embolique est un risque réel. Je le décris comme le seul vrai effet secondaire de la pilule. Car, en effet, on voit une petite augmentation du risque chez les patientes qui prennent la pilule. Mais qui est toujours à mettre en balance avec les autres facteurs de risque, nuance-t-il.

"La pilule est un facteur qui augmente un peu les risques de phlébite mais il faut, je le répète,  le mettre en balance avec le surpoids, le tabagisme , l'âge et surtout les antécédents dans la familleOn va passer de 1 à 2 cas pour 100.000 dans la population de non utilisatrices à 3 ou 4 cas pour 100.000; il s'agit donc d'une augmentation statistique, mais elle est très faible." précise-t-il.

La seconde interrogation majeure porte sur une éventuelle augmentation du risque du cancer du sein. 

"Sur une utilisation longue, au-delà de 10 ans, il y a un petit risque augmenté de cancer du sein. Les études danoises, qui ont de gros registres, montrent que sur 7000 femmes, on va avoir 1 cas en plus. Mais là aussi , il faut mettre ces chiffres en balance avec la prévention qu'apporte la pilule sur d'autres cancers.", poursuit-il.

Car en effet , et à contrario, on en parle peu: la prise de pilule va avoir un effet protecteur sur certains cancers comme celui du colon, de l'endomètre ou encore de l'ovaire .

Un besoin de pédagogie de la part des médecins prescripteurs

Alors, faut-il continuer à prescrire la pilule contraceptive en première intention ?

Ça reste un excellent médicament qui présente énormément de bénéfices.

Le docteur Luyckx répond par l'affirmative, à condition de prendre certaines précautions.  Selon lui, la pilule reste un excellent médicament qui présente énormément de bénéfices. Notamment en termes de contrôle des naissances, mais aussi de réduction de certains symptômes comme les règles douloureuses ou hémorragiques et ... de prévention de certains cancers.

"Il faut donc continuer à la prescrire, mais en prenant le temps de faire une anamnèse correcte. Pour s'assurer qu'il n'y pas de facteurs de risques surajoutés et de bien expliquer aux patientes ce qu'elles peuvent en attendre .", dit-il en guise de conclusion.

Les médecins peuvent mieux faire

En prescrivant la pilule contraceptive d'emblée, sans interrogatoire, sans explications sur les risques et avantages, les médecins ont probablement contribué à la mauvaise réputation de la pilule. Ils ont laissé le champ libre aux réseaux sociaux et aux opinions de toutes sortes.   

50 ans après sa libéralisation, pour la remettre à sa juste place dans l'arsenal contraceptif, la pilule aurait bien besoin d'un retour de pédagogie.


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