Augmentation des violences intrafamiliales durant le confinement

Durant cette période sanitaire difficile, les violences intrafamiliales ont été plus nombreuses.

15 à 20% de faits supplémentaires ont été rapportés durant la période de mars et juin par rapport à la même période l'année dernière.

A Liège, un projet mis en place lors du premier confinement se poursuit. Il  permet aux victimes de se faire connaître auprès des pharmacien.ne.s et des libraires. D'autres pistes de réflexion, d'autres outils pourront bientôt être déployés.

La peur de partir

Je ne me voyais pas préparer mes affaires de peur qu'il l'apprenne, de peur qu'il vérifie mon téléphone, qu'il me frappe à nouveau. 

Dolores se sentait déjà confinée dans sa relation de couple. Le premier confinement a ajouté à sa souffrance jusqu'au jour où … " Il ne m'a jamais autant frappée que ce jour-là. Heureusement quelqu'un du voisinage a appelé la police qui a interrompu cette "rixe" et ils m'ont fait évacuer en ambulance. Je ne suis plus jamais revenue". Dolores est aujourd'hui prise en charge par le Collectif contre les Violences Familiales et l'Exclusion, à Liège. Il aura donc fallu l'intervention d'un tiers pour que le cycle de violences soit enrayé. Dolores n'aurait jamais pu faire le premier pas, seule …"Je ne me voyais pas préparer un ou deux sacs ou quoi que ce soit de peur qu'il l'apprenne, de peur qu'il vérifie mon téléphone, qu'il me frappe à nouveau". 

De l'aide dans les pharmacies et les librairies

Durant le premier confinement, la situation s'est considérablement compliquée comme le confirme Sandrine Bodson, assistante sociale au Collectif contre les Violences Familiales et l'Exclusion : " On est face, depuis le confinement et depuis cette crise sanitaire, à une surcharge des demandes d'hébergement, à un minimum de places disponibles, avec des cas de covid dans les maisons d'accueil qui doivent fermer leurs portes. Il faut donc réfléchir à d'autres alternatives".

Parmi ces alternatives : la mise en place d'un système d'alerte par la Ville de Liège en collaboration notamment avec le Collectif, la police et le CPAS. Les libraires et les pharmacien.ne.s se sont alors présenté.e.s comme les derniers confidents encore possible. Ce sont surtout les pharmacien.ne.s qui ont eu le plus de retour, avec un rôle essentiellement d'information, de conseil pour diriger les victimes vers les associations qui peuvent les prendre en charge. Frédérique Prost-Gargoz, pharmacienne : "On a des outils très limités et on est pas toujours la bien préparées pour aider dans le cadre de ce genre de situation".  

Nouveauté : un outil d'évaluation du risque

Durant la période allant du mois de mars au mois de juin, le nombre de plaintes pour violences intrafamiliales a augmenté de 15 à 20 pour cent en Belgique. Pourtant, le Parquet décide souvent de ne pas poursuivre ... dans 70% des cas. Tout est une questions de faits, comme le précise Christian De Valkeneer, Procureur Général de Liège : "Il y a des faits d'atteinte à l'intégrité physique des personnes, des faits de coups et blessures, des faits de meurtres également en cette matière. Mais il y a aussi toute une série de faits qui n'ont pas la même gravité. Ce sont des faits de harcèlement, de menace, de destruction. Ce sont aussi des faits qu'il faut prendre très au sérieux".

La principale difficulté est, semble-t-il, de déterminer les situations les plus problématiques. Elles ne correspondent pas toujours à la gravité des faits : une intrusion, un bris de vitre peuvent parfois être révélateurs .. très dangereux. Pour aider à discerner ces situations plus sensibles, un outil d'évaluation du risque sera bientôt utilisé par les services de police. Christian De Valkeneer : "Dans ce document, certains éléments sont entourés d'une "bombe", en tout cas, il y a une "bombe" qui est inscrite à côté de la question. On considère, dans ce cas-là, ce sont des éléments inquiétants, voire alarmants s'il est répondu de manière positive à la question. Dans ce cas, le service de police devra alors prendre contact avec le Parquet, immédiatement". Cet outil d'évaluation sera effectif dès le début de l'année prochaine.

A l'écoute : 0800/30 030

En attendant, Dolores se reconstruit "Ca fait du bien de pouvoir en parler. Ca fait du bien de pouvoir, grâce à mon témoignage, d'aider une cause qui prend de l'ampleur. Je ne me rendais pas compte qu'il y avait autant de cas comme moi. Je suis certaine que beaucoup de femmes se reconnaîtront…".

Chaque année, en Belgique, 50.000 dossiers pour violences intrafamiliales sont portés devant la Justice. Pour aider les victimes, une numéro gratuit est à leur disposition 7 jours sur 7 et 24 heures sur 24 : le 0800/ 30 030

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