A l'arrêt depuis 10 mois, le cirque Alexandre Bouglione se sent oublié

C’était en mars dernier. Selena Bouglione Monteiro faisait ses premiers pas devant le public du cirque Bouglione. La jeune artiste de 14 ans en garde un souvenir ému. Mais depuis, plus rien.

Le cirque a été démonté, et la troupe s’est installée dans son quartier d’hiver, à Stambruges. Alors pour tuer le temps et surtout rester au top, la petite-fille d’Alexandre Bouglione travaille chaque jour sous une tente chauffée, qui accueille les artistes pour leurs entraînements.

Plus d'espoir, plus de joie

Sur le vaste terrain cohabitent 20 personnes. La famille d’Alexandre Bouglione mais aussi des artistes en attente, qui n’ont trouvé d’autre point de chute.

Les perspectives de reprise s’éloignant de jour en jour.

C’est le cas d’Eugenio et Alina. Le couple italo-russe était installé avec ses deux enfants à Las Vegas depuis trois ans. Mais le virus n’a pas fait d’exception. Comme partout, les spectacles ont été annulés. Ils ont contacté Alexandre Bouglione, qui a accepté de les héberger, en attendant de voir le bout du tunnel. C’est-à-dire de retrouver un public, des représentations, les rires et l’émotion dans le regard des jeunes spectateurs.

Pour l’instant, l’hiver semble long. Et parfois, l’attente tourne au désespoir. Quand Pierre Paillé, alias Monsieur Loyal, regarde ses costumes, il ne peut s’empêcher de se demander s’il les revêtira encore un jour.

La flamme est doucement en train de s’éteindre

Ce Bordelais d’origine se confie à nous. "On a eu l’espoir, on a eu des dates… Octobre, puis les vacances de Toussaint, puis les vacances de Noël… Nous sommes touchés dans le cœur. On a été blessé, je n’ai plus cette envie, cette fougue que j’avais encore il y a quelques mois. On a perdu espoir, on a perdu la joie."

S’il garde le sourire, Alexandre Bouglione ne cache pas son inquiétude. Certains artistes ne retrouveront probablement plus la piste. "J’avais des jeunes artistes cubains, ils étaient exceptionnels. Ils commençaient leur carrière. Ils ont travaillé 15 jours. Ils n’ont plus rien. Aujourd’hui, ils sont rentrés à Cuba et coupent de la canne à sucre. Je ne crois pas qu’ils pourront recommencer. J’aimerais pourtant les avoir avec moi quand on recommencera. Mais je pense que certains vont disparaître".

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Le crique, oublié par la crise © Getty Images

Des oubliés de plus...

Depuis des mois, il se sent oublié. "Personne n’est venu à notre rencontre. On ne sait pas où on va. Nous ne sommes pas les plus mal logés, on n’est pas à la rue, mais j’ai des amis qui n’ont plus rien pour manger. La vie d’artiste n’est pas facile. Ici, on ne laisse personne au bord de la route. On vit en communauté. Mais la culture nous assassine. Des troupes sont aidées, d’autres n’ont rien. Le cirque traditionnel n’a rien. Avant, nous n’avions pas besoin, nous faisions énormément d’entrées. Mais avec cette crise, je me suis rendu compte de l’injustice."

Il sera trop tard pour beaucoup d’entre nous.

Pourtant, depuis le premier confinement, son spectacle a été reconnu "spectacle culturel". Une avancée, mais insuffisante selon lui. "Ça peut m’aider à avoir des subsides, mais ça va prendre du temps. Or, on n’a pas le temps d’attendre. On est en état d’urgence. Il faut faire quelque chose pour nous, et vite."

Les artistes espèrent maintenant une reprise des représentations pour les vacances de Pâques, sinon, préviennent-ils, "Il sera trop tard pour beaucoup d’entre nous."

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