Recruteurs de donateurs : l'autre face du don humanitaire

Vous les avez déjà vus en rue ... très souvent, ils sont jeunes. Ils vous abordent pour vous demander un don pour une bonne œuvre. On les appelle les "recruteurs de donateurs". Les donateurs, c'est vous! Ils vous demandent de verser 10 euros ou plus par mois pour Oxfam, Amnesty, Plan Belgique, la Croix-Rouge, par exemple.
Mais qui sont-ils ? Sont-ils payés ou bénévoles? Font-ils ça par conviction, pour de l'argent ou pour les deux ? Quelques réponses.

Sous-traitance

Les Organisations Non Gouvernementales, les ONG, ont besoin de fonds. Une de leurs ressources : les dons périodiques qui assurent des rentrées financières plus ou moins stables. Pour cette récolte qui se réalise souvent en rue, des ONG emploient des sociétés privées qui engagent souvent des étudiants. Sur le marché belge, il y a notamment Appco, Pepperminds, Activate, Directresult ou encore, ONG Conseil.

Nous nous sommes plus particulièrement intéressés à ONG Conseil. Cette société engage des jeunes qui deviennent alors des "recruteurs de donateurs". Ils sont payés 10 euros de l'heure. D'autres entreprises les rétribuent à la commission ou utilisent un système mixte (commission et fixe).

Mais comment cela se passe-t-il sur le terrain? Nous avons récolté quelques témoignages d'étudiants qui pensaient aider les gens et des associations. Mais ils découvrent qu'il faut faire du chiffre en récoltant un nombre précis de domiciliations. Certains parlent même de "chantage au licenciement". Nous avons voulu vérifier.

Engagement incognito

Alison, notre journaliste stagiaire a réussi à se faire engager par ONG Conseil. Lors de sa formation, on lui a clairement expliqué qu'il fallait décrocher au moins 3 domiciliations par jour. Durant plusieurs jours, elle a fait équipe avec d'autres jeunes, dans la rue, à Bruxelles. Elle a vérifié cette pression sur le terrain. Ainsi, trois fois par jour, un point est fait pour évaluer, avec le chef d'équipe, le nombre de domiciliations et si ce n'est pas assez, on le fait savoir... Voilà qui est souvent perçu comme une pression qui peut d'ailleurs provoquer des dérives.

Fausses domiciliations

Certains font signer des domiciliations à leurs parents. D'autres vont même plus loin : il font des fausses domiciliations. Il s'agit de remplir le formulaire avec une fausse identité et un faux numéro de compte bancaire. Mais, nous assure-t-on chez ONG Conseil, il y a un contrôle a posteriori. "On téléphone aux donateurs qui ont été rencontrés dans la journée. On remercie, on vérifie si les informations sont correctes, si les donateurs ont bien compris que c'est un don sur du long terme, si l'accueil a été positif et on a souvent des retours positifs. J'entends que des personnes aient tenté de tricher... Maintenant, il est fort probable qu'on ait pas continué avec elles", précise Frédéric Brocvielle, le gérant d'ONG Conseil. Il ajoute aussi : "en ce qui concerne les pressions sur le terrain, les accusations de chantage au licenciement, on ne fonctionne pas de cette façon, sinon on serait beaucoup plus clair sur des objectifs à atteindre. Ce n'est pas du tout notre manière de fonctionner. Il n'y a aucune directive ici en interne de mettre la pression sur une personne qui est déjà en difficulté. On lui rappelle plutôt ses qualités..."

Il y a semble-t-il un fossé entre ce qui perçu sur le terrain et les directives de l'équipe dirigeante d'ONG conseil. Les jeunes qui travaillent au développement essentiel du secteur humanitaire découvrent peut-être aussi une autre facette de la société...

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