Qui se cache derrière les cartes de visite déposées sur votre voiture?

Elles sont glissées dans le caoutchouc de la vitre conducteur. Des cartes de visite qui nous invitent à vendre notre véhicule. Paiement cash, sans contrôle technique, même accidentée et au meilleur prix. Bonne affaire ou arnaque? On n’est pas des pigeons a mené l’enquête.

Notre voiture vaut entre 4000 et 5000 euros

Nous avons mis notre vielle Volvo en vente. Elle date de 2006, affiche 278 000 kilomètres au compteur, compte quelques griffes et un coup sur la portière droite. Prix estimé par les garagistes agréés: entre 4000 et 5000 euros.

Par téléphone, les marchands qui déposent ces petites cartes nous proposent des prix corrects: entre 3000 et 5000 euros. La plupart ne nous fixe pas rendez-vous dans un garage mais propose de se déplacer jusqu’à nous.

Des marchands très insistants

Une fois face à nous, les prix chutent. On ne nous propose plus que 2700 euros, 3000 euros. En négociant bien, on finira par obtenir 3500 euros. Si certains sont corrects, d’autres acheteurs sont très agressifs et insistent pour acheter notre véhicule sur-le-champ. Autre point en commun entre ces marchands : tous proposent de payer cash. Ils ont d’ailleurs une valise pleine de billets sous le bras. Tous sont également Libanais. Historiquement, l'export de voitures en Belgique a toujours été l'affaire de marchands libanais.

Un business très florissant. Il s’explique par la présence toute proche du port d’Anvers, port numéro 1 en Europe pour l’export de voitures d’occasion. On estime que, chaque jour, mille voitures, venant d’un peu partout en Europe, partent par bateau.

Nos voitures retrouvent une seconde vie en Afrique

Que deviennent ensuite nos voitures? Considérées comme des poubelles chez nous, elles sont envoyées en Afrique. La plupart arrivent au port de Cotonou, au Bénin, où la main d’œuvre est bon marché. Nos voitures sont retapées pour trois fois rien et retrouvent ainsi une seconde vie sur le continent africain.

Une activité peu transparente

Obtenir des détails sur la personne ou l'entreprise qui est derrière ces cartes est difficile voire impossible. Compliqué aussi d’avoir un numéro de TVA. Il y a donc clairement un problème de transparence. Souvent, il s’agit de travail frauduleux. Les montants perçus par les marchands ne sont pas déclarés. C’est d’ailleurs pour cela que la plupart d’entre eux paient cash. Or, rappelons-le: les paiements en espèces de plus de 3000 euros sont interdits.

Vers une taxe à Bruxelles, une interdiction en Wallonie

La commune d’Uccle a mis en place une taxe dissuasive qui peut coûter cher. Plusieurs communes de la capitale souhaitent faire de même. La Région bruxelloise a d’ailleurs déposé une proposition de résolution.

En Wallonie, le ministre de l’Environnement, Carlo Di Antonio, utilise l’argument écologique. Ces cartes plastifiées ne sont pas biodégradables et se retrouvent souvent sur le trottoir ou la chaussée. Il souhaite donc interdire le dépôt de ces cartes plastifiées sur les véhicules. La mesure pourrait entrer en vigueur début 2018. Avec à la clé: des amendes pouvant grimper jusque 100 000 euros et entre huit jours et trois ans de prison.

Mais pas certains que toutes ces initiatives suffiront pour enrayer le phénomène.

Newsletter info

Recevez chaque matin l’essentiel de l'actualité.

OK