Modification corporelle: des blocs opératoires clandestins en Belgique

La Belgique serait-elle devenue la plaque tournante, the place to be, pour toutes celles et tous ceux qui veulent pratiquer la modification corporelle? Des opérations chirurgicales ont lieu dans des arrières-boutiques avec parfois des anesthésies locales. Tout cela est parfaitement illégal.

Au début de notre enquête, nous rencontrons Yazzz, dans sa boutique de tatoueur-perceur de Dinant. Yazzz, c'est son nom d'artiste. Il exerce depuis une vingtaine d’année. Il nous présente ce qu’il fait de plus "extrême" chez lui, les écarteurs d’oreilles. "Nous avons, pour pouvoir agrandir le lobe de l'oreille, le trou du lobe de l'oreille, ce qu'on appelle le dermapunch. C'est comme un petit emporte-pièce. Ça fait six millimètres. Et donc, au lieu de faire un trou de deux millimètres, vous faites un trou de six millimètres." Avec cet outil, un morceau de chair de l'oreille est tout simplement arraché. Les écarteurs d'oreilles, c'est tendance semble-t-il, mais vous n'avez pas encore tout vu. Il y a plus trash encore.

Un cran plus loin, à l’extrême des extrêmes, il y a les implants subdermiques. Yazzz, lui, s'en est fait mettre. Il a choisi des cornes, des petites cornes. "C'est du silicone moulé. C'est la même matière que l'on met dans les implants mammaires. Dans les implants mammaires souvent, il y a une enveloppe avec le silicone à l'intérieur, là, c'est un silicone moulé. C'est-à-dire qu'en apparence, ça ressemble un peu à un silicone, comme les silicones qu'on met sur les châssis. Ça y ressemble, mais c'est du silicone chirurgical. Nous, ici, ce sont des demi-boules. Ce sont des demi-sphères qui sont posées sur le crâne, en dessous de la peau et on incise... On fait la même opération que pour un sein. On incise. On décolle la peau. On place l'implant. On recoud et après quelques semaines, la peau reprend ses droits. Elle se recolle et voilà!"

Yazzz porte ses cornes depuis une dizaine d'années maintenant. C'est un artiste étranger de passage en Belgique qui lui a placé. L'opération s'est déroulée dans sa boutique, ici, à Dinant et non en milieu médical. "Comme on n'a pas de droit d'aller, de faire d'intrusion sous la peau, c'est compris comme si on faisait pratique illégale de la médecine. Donc si on prend la loi comme ça, on n'a pas le droit de le faire. C'est pour cela que nous, on ne le fait pas", nous garantit Yazzz. Mais ces pratiques auraient malgré tout bien lieu en Belgique, comme nous allons le constater.

Blocs opératoires clandestins

Pour notre enquête, Sibylle va se rendre en caméra-cachée chez un bodmodeur. C'est le nom que l'on donne aux personnes qui pratiquent la modification corporelle. Elle le rencontre en prétextant vouloir se faire mettre un implant en forme de cœur. D'entrée de jeu, il lui donne ses tarifs : "A mon avis, il y en a quand-même pour 500 balles. C'est du silicone. C'est la même chose que pour les nichons, en gros. Ça peut être cool. La main, en plus, c'est relax. C'est endormi localement. Ici, à mon avis, je ferai une incision, ici quelque part. Là ou par ici, planqué. Je le fais glisser jusque là. C'est cool à mort, subdermal."

Notre cameraman qui accompagne Sibylle intervient alors avec une question pertinente. "Moi, j'y connais rien, mais il n'y a pas de risque, en fait, de faire ça?" Le bodmodeur minimise alors : "Ce sont les mêmes que quand tu fais des nichons. On a des combis, tout le bordel, je te dis, c'est anesthésié localement. C'est une petite opération. C'est pour ça qu'on fait super gaffe les matériaux, tout ça. Ce n'est pas la même chose que le piercing."

Malgré tout, l'homme nous raconte une anecdote, prouvant que ça ne se passe pas toujours très bien. "T'as pas vu en France, là, le mec, il s'est fait choper. T'as pas vu avec le split (langue fendue). T'as un mec qui a tapé un split sur une gonzesse mais il a fait une grosse anesthésie, tu vois? Et quand ça s'est réveillé, ouais, ça a... (saigné). Du coup, il s'est retrouvé au tribunal, le gars. Chaud patate! Du coup, en France, ils en font vachement moins. Ils envoient tout le monde sur la Belgique."

A l'insu des autorités sanitaires, notre pays abrite des blocs opératoires clandestins. Des européens trouvent chez nous des mains plus ou moins expertes pour réaliser leur métamorphose de chat ou de serpent pas sans risque.

Newsletter info

Recevez chaque matin l’essentiel de l'actualité.

OK