Le brame du cerf en août: une arnaque pour touristes

Si on dénonce souvent des arnaques, parfois on les crée. On n'est pas des pigeons a mis sur pied une fausse excursion touristique. Tout repose sur une imposture: aller écouter le brame du cerf au beau milieu du mois d'août. L'équipe a dissimulé plusieurs caméras dans le domaine provincial de Chevetogne. Un dispositif hors norme pour vendre n'importe quoi aux consommateurs et observer leur comportement. Et vous, vous auriez réagi comment?

On a tous été un jour confronté à des attrape-touristes. On croit que c'est gratuit et une fois que l'on met les pieds dedans, on dépense finalement beaucoup. Notre journaliste, Paul-Henri Burrion joue le rôle du guide touristique. On promet aux visiteurs d'aller écouter le brame du cerf un bon mois en avance. La période des amours pour le cerf commence normalement mi-septembre et se prolonge jusqu'au début du mois d'octobre. "C'est un micro phénomène que l'on peut observer ici à Chevetogne. Ce serait dû au réchauffement climatique. En tout cas, même si c'est inquiétant, ça fait nos affaires", annonce d'emblée le faux guide. Il serait membre d'une association qui travaille en partenariat avec une université pour étudier ce phénomène rarissime. 

Du fromage de cerf

Si l'équipe avait encore quelques doutes sur la crédibilité du scénario, elle s'est vite rassurée en voyant l'engouement autour de cette nouvelle attraction. Il a fallu parfois refuser du monde. L'activité est gratuite et les visiteurs sont directement emmenés au Centre d'interprétation du cerf. Un titre ronflant pour une petite cabane où on leur vend toute une série d'articles farfelus: "des cerf-têtes, des boulettes de cerf, du saucisson de cerf, du fromage de cerf... Tout est à vendre". La majorité achète pour faire plaisir. Ils sentent un peu forcés. "Je me suis dit que c'était au profit de leur association et je ne me suis pas posée de question", avoue une visiteuse

Tout le monde n'est pourtant pas dupe. Une autre participante va s'empresser de lire les étiquettes en l'absence du guide: "Du fromage de cerf, ça me paraissait bizarre et j'ai commencé à lire les ingrédients. J'y ai vu du lait de brebis et de vache. Le saucisson de cerf était en fait du pur porc ". A la sortie, on leur vend encore une photo-souvenir. Tout le monde pose avec un cerf-tête. "Cinq euros, c'est donné", surenchérit Paul-Henri.

Les plus beaux Brahms de cerf

Les touristes ne sont pas au bout de leurs surprises. De nouveau dans la camionnette, Paul-Henri Burrion continue de fourguer sa marchandise. Cette fois-ci, c'est un CD intitulé "Les plus beaux Brahms de cerf" mélangeant Brahms et le brame. Une compilation inaudible pour la modique somme de quinze euros. Ce n'est qu'un échauffement avant le clou du spectacle.

Vice-champion de Belgique du brame

La dernière étape se passe dans une petite clairière. Un complice caché dans la végétation attend le petit groupe. Il s'agit de Marc Gérard, vice-champion de Belgique du brame du cerf au prestigieux concours de Saint-Hubert. Il faut dire que son imitation est terriblement convaincante. Le "brameur" enchaîne les cris puissants passant tantôt du triomphe à la mélancolie. Il faut parfois rassurer les enfants. Mais, les touristes commencent à douter. "Je pensais que le guide allait libérer un cerf attaché pour qu'il traverse la clairière afin de mieux nous vendre le produit par après. Mais, j'étais persuadée de voir un cerf", commente Sophie. A la fin, l'imitateur sort de la clairière suivi d'une caméra. Les visiteurs découvrent alors la supercherie. 

Certains ont accepté de passer sur antenne. D'autres ont refusé. L'expérience a été réalisée trois fois mais, au vu des demandes, l'équipe aurait pu doubler le nombre de départs. A chaque fois, même si certains sentaient l'arnaque, les participants ne se sont pas révoltés pendant l'expérience. Ils ont pris sur eux en prenant le parti d'en rire. "Je ne sais pas si c'est de la politesse mais je ne voulais pas rentrer dedans directement pour ne pas gâcher ce moment. Je ne voulais pas le casser au début de son animation. Je pensais que c'était un passionné du cerf. J'aurais attendu la fin pour lui poser toutes mes questions", analyse Sophie. Un autre conclut: "C'était une bonne idée de nous faire partager cette mise en scène et de découvrir que l'on peut finalement se faire avoir à tout moment". Cette leçon valait bien un fromage... de cerf, sans doute. 

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