Des restaurateurs nous font avaler n'importe quoi : des plats industriels déguisés en fait maison

Les pigeons ne reculent vraiment devant rien pour connaître la vérité. Durant plusieurs heures, avec l’aide d’un véritable éboueur et de notre stagiaire, nous avons fouillé des poubelles. Nous n’avons pas pris n’importe quel sac ou conteneur. Nous n’avons sélectionné que ceux des restaurateurs de la capitale wallonne. De mémoire de journaliste, je n’ai jamais plongé dans autant de puanteurs pour vous informer. Retour sur une fouille très éloquente.

De l’industriel et ses additifs au menu

Entre les nombreux restes, nous tombons finalement sur ce que nous cherchions : des pots de sauces industrielles, sauce carbonara, sauce quatre fromages, sauce bolognaise… Ou encore un peu plus loin, un sachet vide de bandes de poulet rôties, avec dans la liste des ingrédients, des additifs : dextrose, xylose, antioxydants, stabilisateurs. Le constat est indéniable : les restaurateurs sont nombreux à nous servir des plats préparés ou des sauces industrielles. Devant certaines enseignes, nous sommes bien loin de la cuisine faite maison. Après ce constat, une nouvelle question s’impose. Certains ne cherchent-ils pas à nous tromper, à nous vendre de l’industriel au prix du fait maison ?

Mensonge classique

Avec une certaine connaissance des poubelles namuroises, je retourne dans quelques restaurants. "– Les fondus au parmesan, ils sont faits maison ?
- Non !"
Ou dans un autre établissement : "- Les croquettes de crevettes, ce sont des croquettes faites maison ? – Ça, non !" Certains serveurs jouent la carte de l’honnêteté. D’autres, par contre, nous servent leur soupe habituelle. "- La lasagne, elle est faite maison, mais par contre, la lasagne, malheureusement, on n’en a plus pour le moment. – Ici, vous avez quoi d’autre ? – En fait maison ? – Oui ! – Tout est fait maison !" Ce dernier serveur rencontré ne dit pas toute la vérité et nous allons vous le prouver.

De l’usine à l’assiette

Première étape : nous nous rendons chez un grossiste pour l’horeca. Nous tombons sur des rayons pour cuisiniers-qui-ne-cuisinent-pas : des préparations qu’il n’y a plus qu’à réchauffer ; des plats qui n’attendent plus qu’une couche de sauce tomate ou un brin de persil. Derrière ces produits prêts à l’emploi, nous retrouvons des noms de multinationales de l’agroalimentaire, comme ici, Unilever. Dans un congélateur, nous avons repéré des blocs de lasagnes surgelées. Nous prenons note de leur lieu de production. Nous nous y rendons en caméra cachée. Nous prétextons un projet d’ouverture de restaurant. Le patron flaire en nous de futurs clients. "Ce sont des choses sans trop de saveurs, donc, c’est, comme on dit, je ne suis pas cuistot. Faut rajouter des sauces, c’est le cuistot qui fait vraiment quelque chose à sa saveur." La main de l’homme se fait rare dans ce genre d’endroit. Un ouvrier ce jour-là se contente d’emballer ce qui sort d’une ligne de production automatisée. Le patron nous laisse des échantillons de ses produits et ses tarifs. Exemple : le prix d’un cannelloni : 42 cents. Je parviens aussi à recueillir une autre information cruciale, les noms des restaurateurs qu’il livre sur Namur.

Mensonge confirmé

L’un de ces noms ne m’est pas inconnu. Dans ce restaurant, un serveur m’affirmait d’ailleurs : "Tout est fait maison !" Pour en avoir le cœur net, nous reprenons dans ce même restaurant des pâtes farcies à emporter. "- J’espère qu’elles sont faites maison à ce prix-là ! – Oui, hein !" Je les compare à l’échantillon reçu par le fabriquant. Même taille, même visuel, même pâte, même farce, même goût. Aucun doute possible, il s’agit bien des mêmes cannellonis et ils ne sont pas faits maison dans les cuisines d’un restaurant. A la sortie de la fabrique, ils sont à 84 cents pour deux pièces. Au restaurant, avec une sauce en plus, ils sont vendus à 17 euros. On ne peut être que surpris par une telle marge. Clairement donc, certains restaurateurs abusent et nous trompent sur l’origine de leurs plats. Leurs poubelles, par contre, elles, ne mentiront jamais.

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