Aveugles et malvoyants peuvent-ils faire confiance au monde de la consommation ?

C'est le comble de la lâcheté : s'en prendre à un aveugle qui ne peut que difficilement se défendre. Pourtant ce genre d'agressions serait plus fréquent que la moyenne. Pour cause, les agresseurs savent qu'ils ne seront pas reconnus par leur victime.

En un mois, Mariana s'est fait agressée deux fois en rue. Elle a déjà été également victime d'un délit auquel les aveugles et malvoyants doivent faire face : une escroquerie lors de ses achats en liquide. "J'évite de payer avec des billets. J'ai payé avec de la monnaie une fois et je n'ai pas reçu un bon rendu, donc, toujours, je paye avec ma carte." Comme il n'est pas toujours possible de payer avec une carte, Mariana suit une formation à la Ligue Braille pour reconnaitre les pièces et les billets.

Lydia est également malvoyante. Pour elle, pouvoir reconnaitre l'argent au toucher, ne suffit pas. "Ça met trop de temps, donc oui, on doit faire confiance, bien sûr!" explique-t-elle. Nous nous sommes alors posés la question : pouvons-nous faire une confiance aveugle aux commerçants? A dix reprises, nous avons testé leur honnêteté. Nous nous sommes glissés dans la peau d'un non-voyant. A chaque fois, nous avons payé nos achats avec des coupures de 100 euros. La monnaie rendue a-t-elle été correcte à chaque fois? Voici notre compte-rendu!

Dans la peau d'un aveugle

Nous commençons l'expérience dans un quartier touristique de Bruxelles. Après avoir choisi un petit souvenir, nous donnons le billet. Le commerçant glisse le rendu directement dans le portefeuille. A la sortie, nous vérifions la monnaie rendue : le compte est juste.

Nous irons, ensuite, acheter un sandwich, pour, après, nous rendre dans un quartier huppé. Là, on se bousculera même pour nous venir en aide !

Dans un magasin de thés, la commerçante prend la peine de nous faire sentir les différentes saveurs. Pour terminer, nous nous arrêtons dans un quartier qui souffre parfois d'une mauvaise réputation. La monnaie rendue sera toujours correcte. Mais, le plus étonnant sera la dernière épicerie dans laquelle nous irons. Le commerçant nous donnera gratuitement la bouteille d'eau pétillante.

Finalement, aucun commerçant ne nous aura trompé. Mais il ne faut pas se leurrer. Dans l'esprit des aveugles et des malvoyants, la réalité est moins rose. Ils doivent vivre malgré tout avec une peur difficilement surmontable : la crainte de se faire arnaquer.

Selon la porte-parole de la ligue braille, Rebecca Lévêque, les malvoyants et les aveugles rencontrent au quotidien des difficultés dans le monde de la consommation. Par exemple, faire ses courses dans un grand supermarché inconnu peut vite devenir très compliqué parce que la personne aveugle ou malvoyante se retrouve face à un manque de repère et de nombreux chariots dans le chemin. Pour les malvoyants, les prix affichés sont trop petits. Lorsqu’ils vont au restaurant, les cartes sont rarement adaptées pour le malvoyant ou l'aveugle.

Pour ces personnes, il existe différentes aides comme les chiens guides ou les nouvelles technologies. La Ligue Braille développe également de nombreuses aides pour écrire, communiquer, se former, se soigner, s'habiller, cuisiner, se déplacer ou encore adapter son habitat.

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