Aucun contrôle d'accès pour les mineurs d'âge en discothèque

"Ça vous dirait de sortir en boîte pour tester les filtres à l'entrée ?". On a posé cette question toute simple à des adolescents. Pauline, Tom et Cyril ont accepté notre proposition. Ils ont tous 15 ans. Mais peuvent-ils réellement avoir accès au monde de la nuit? Pour le savoir, on les a équipés en caméra cachée et on les a envoyés dans plusieurs établissements de la capitale.

Que dit la loi? C'est assez clair: "La présence dans les salles de danse et les débit de boisson pendant qu'on y danse est interdite à tout mineur non marié de moins de (seize ans), si celui-ce n'est pas accompagné de son père, de sa mère, de son tuteur ou de la personne à la garde de laquelle il a été confié". Ce texte date de 1960 et est toujours d'application. C'est la loi sur la préservation morale de la jeunesse. Mais est-elle bien respectée?

"C'est totalement honteux"

Les résultats du testing sont inquiétants. Les trois mineurs vont entrer sans problème dans trois discothèques différentes bien connues des Bruxellois. Nulle part, on ne leur demande leur âge ou leur carte d'identité. Les seules rares questions posées sont:  "Vous avez une carte de membre? Non? Ça fait 15 euros par personne". C'est aussi simple que ça. Après, la piste de danse leur appartient. Valentine Modera, juriste à la Fédération Infor jeunes a visionné les images: "C'est édifiant. Ça fait un peu peur. Les gérants s'exposent à 3000€ d'amende par mineur de moins de 16 ans présent dans leur discothèque. Avec les trois, ça fait déjà 9000€. C'est une incitation à la consommation. C'est totalement honteux".

Une vodka redbull

Les consommations, nous y voilà. Pauline, Tom et Cyril ont poussé l'expérience plus loin. A chaque endroit, ils ont commandé: "une vodka Redbull ". Pour consommer des spiritueux tels que la vodka, il faut avoir 18 ans. De nouveau, le résultat est sans appel. Chaque fois, le verre d'alcool est servi. L'absence de contrôle est totale et les trois discothèques sont dans l'illégalité la plus complète. "10 euros le verre de Vodka, c'est fait cher au portefeuille et les patrons de discothèques vont sûrement avancer cet argument. Ils ne vont pas vérifier sinon ils vont perdre de l'argent".

Une responsabilité engagée

En aucun cas, les tenanciers ne peuvent se dédouaner. Leur responsabilité subsiste même s'ils sont absents au moment de l'infraction. Nous avons contacté les exploitants de ces trois discothèques. Aucun n'a souhaité nous accorder une interview en bonne et due forme. Seulement un gérant nous a fait part de son étonnement par téléphone: "ce n'est absolument pas dans notre intérêt d'accepter des mineurs de moins de 16 ans. Au vu du montant de l'amende dont vous me parlez, nous avons tout à y perdre. Je suis surpris et je n'ai pas plus d'explications à vous fournir. Je vais briefer à nouveau mes équipes pour que ça n'arrive plus à l'avenir". En 2011, On n'est pas des pigeons avait déjà démontré  dans un autre reportage en caméra cachée que cette même discothèque pratiquait la discrimination à l'entrée sur base de la couleur de peau. Ça commence à faire beaucoup pour un seul et même endroit.  

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