Consommer local avec les monnaies locales, ça marche vraiment ?

En Province de Liège, une monnaie locale a été mise en place, le Val'heureux. On est partis découvrir comment cela fonctionne.

Dans sa déclaration de politique régionale, le Gouvernement wallon affirme qu’il "encouragera les monnaies complémentaires locales et éventuellement régionales". On est donc partis découvrir comment ça fonctionne, ces monnaies locales.

Direction Liège, où, depuis 2014, on peut payer en Val’heureux. Attention, ce n’est pas officiellement une monnaie (seuls les Etats peuvent créer de la monnaie), le terme exact est donc "Bon de soutien à l’économie locale".

On a voulu savoir quel était l'intérêt de changer des euros avec lesquels on peut payer du nord de la Finlande au sud de l’Espagne par des Val’heureux, qui ne sont acceptés que dans la province de Liège (et encore, pas à Malmédy, où la monnaie locale, c’est le Sous-Rire, histoire de payer avec le sourire, c’est merveilleux !)

Faire la nique à Amazon

La réponse est simple : les monnaies locales encouragent les petits commerces locaux et éthiques, ainsi que les producteurs locaux.

L’objectif est donc de faire la nique aux grandes chaînes et aux sites du genre d’Amazon, qui délocalisent emploi et production. Sauf que le premier magasin où on se rend est un magasin de jouets. Dont aucun fournisseur n’est local. Il en fait quoi, alors, de ses Val’heureux ?

La réponse de Marie Lambert, sa gérante :
- Je les écoule simplement en les donnant aux citoyens qui viennent changer leurs euros en Val’heureux.
- Ça veut dire que les gens vous paient les jouets en Val’heureux. Mais vous ne pouvez pas payer vos fournisseurs avec ces Val’heureux. Donc, vous les gardez pour les vendre contre des euros à des clients ?

- C’est ça.
- C’est un peu compliqué, non ?
- Non, c’est pas compliqué, il suffit d’avoir deux caisses bien séparées.

Billet de zéro !

Curiosité : il y a un billet de 0 Val’heureux, qui sert un peu de carte de visite à la monnaie. Mais, au juste, les 5 euros que je viens de changer, ils vont aller où ? Jean-Yves Buron, qui est le porte-parole de cette monnaie, a la réponse :

"Ils vont aller sur un compte, la réserve de contrepartie. Ils garantissent les Val’heureux aux yeux du public."

Et si le Val’Heureux arrête, vous pourrez aller à l’ASBL demander le remboursement de vos billets. Mais pas avant : sauf cas exceptionnel, le Val’heureux n’est pas convertible. De toute façon, Jean-Yves est formel : c’est un placement d’avenir !

"Aujourd’hui, il y a la parité entre la monnaie et l’euro. Ça facilite la comptabilité et les échanges dans les commerces. Mais, si, demain, l’euro s’effondre, la valeur du Val’heureux pourrait se détacher de celle de l’euro, ça n’aurait rien d’extraordinaire, les monnaies fonctionnent comme ça."

Monnaie complémentaire

En attendant ce moment, le Val’heureux se veut surtout une monnaie complémentaire à l’euro. Une monnaie qui nécessite de faire des efforts : il faut trouver un bureau de change, changer ses euros, trouver les commerces qui acceptent les Val’heureux. Mais, pour Dominique, une cliente d’une épicerie bio qui paie ses emplettes en Val’heureux, le jeu en vaut la chandelle :
"Consommer, c’est un acte politique, c’est un pouvoir qu’on a de changer les choses, c’est décider à qui on donne son argent."

En plus, c’est pratique : puisque seuls les commerces locaux et éthiques sont admis à accepter le Val’heureux, les clients savent qu’ils peuvent leur faire confiance. Il n’est pas rare que Dominique découvre de nouveaux commerces en surfant sur le site de la monnaie locale.

Bobo bio écolo ?

Et si vous faites remarquer à Jean-Yves Buron que les monnaies locales semblent plutôt réservées à un public bobo bio écolo, eh bien… Il ne vous donne pas tout à fait tort :

"Est-ce qu’il faut avoir un petit peu d’argent pour pouvoir dépenser de l’argent dans le réseau du Val’heureux ? Evidemment ! La préoccupation d’aller vers les populations les plus fragilisées est là, mais, pour l’instant, ce n’est pas le cas. Mais ce n’est pas pour ça que ce n’est pas utile de lancer des initiatives de transition écologique."

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