Avec le compte First, votre argent se balade en Irlande. Ou aux Bermudes

Pendant des années, André François a présenté l'Ecran Témoin, le lundi soir, à la télé. Aujourd'hui retraité, il coule des jours paisibles. Enfin, il coulait des jours paisibles, jusqu'à ce que, il y a quelques semaines, il reçoive un courrier en provenance d'Irlande. Un courrier qui lui annonce que son compte First, qu'il détenait chez Ethias, liégeoise comme lui, a été revendu à une société irlandaise. Et que la garantie de l'Etat belge de 100 000 euros en cas de défaut de la société n'existe pas en Irlande.

Petit retour en arrière

En 2002, André ouvre un compte First chez celle qui s'appelait encore SMAP : 3,75% minimum garanti à vie. La SMAP étant une maison de confiance, très présente dans les services publics, il se dit qu'il a fait un placement de bon père de famille, sans aucun risque.

Arrive la crise de 2008 et là, ces comptes plombent les résultats de la société. Surtout que, après la crise, les taux d'intérêt chutent et flirtent avec les 0%. Autant dire que continuer à offrir plus de 3% annuel, c'est intenable pour Ethias. Qui, plutôt que de traîner ce boulet, multiplie les offres de rachat des comptes. La dernière, il y a un an, propose une prime unique de 25% si vous renoncez à votre First. En clair, si vous fermez un compte avec 100. 000 euros, Ethias vous en rembourse... 125 000! L'offre est pour le moins alléchante, mais André la refuse : on lui a promis 3,75% jusqu'à sa mort, il veut les 3,75% jusqu'à sa mort.

Mais, après cette dernière offre, Ethias vend donc le portefeuille des comptes First restants à Laguna Life DAC, un assureur irlandais.

Qui est Laguna ?


Le courrier reçu par les 4 300 derniers détenteurs de comptes First est assez lacunaire à ce sujet. Tout ce qu'on y apprend, c'est que c'est une société d'assurance-vie établie en Irlande, régulée par la Banque centrale d'Irlande et respectant toutes les normes européennes. En grattant un peu, André découvre qu'il s'agit d'une filiale d'une société établie aux Bermudes.

Aaah, les Bermudes !

Un peu plus glamour que Liège! Mais on a quand même une question à poser au porte-parole d'Ethias : cette Laguna, vous vous êtes renseigné avant de lui revendre vos comptes à taux impayable? Ou vous avez juste été heureux de trouver quelqu'un à qui refiler la patate chaude?

Peine perdue : le port-parole d'Ethias peut juste nous dire que, depuis la vente des comptes First à Laguna, il lui est contractuellement interdit de communiquer à ce sujet. En fait, il lui est même interdit de communiquer qu'il lui est interdit de communiquer.

Allô, M. Maske ?

Pour en savoir plus, une seule solution, appeler M. Maske, qui est à la fois le porte parole et le PDG de Monument Re, la maison mère de Laguna. M. Maske est apparemment aussi le téléphoniste. En tout cas, c'est lui qui décroche. Mais il n'a guère de temps à nous consacrer et promet de répondre à toutes nos questions par mail. Ce qu'il fera, mais ses réponses ne font que répéter ce qui est dans le communiqué officiel.

Allons voir un spécialiste

Nos questions, on va donc les poser à un spécialiste : Paul Gérard est journaliste à l'Echo. Et d'abord : comment Laguna pourrait-elle offrir un taux de plus de 3 % par an là où Ethias n'y arrive pas?

"Sauf erreur de ma part, en Irlande, on a moins de contraintes dans l'allocation d'actifs, dans la manière dont on investit cet argent qu'un assureur belge comme pouvait l'avoir Ethias."

En clair, Laguna pourra offrir des taux plus élevés parce qu'il pourra faire des investissements plus risqués. Avec, éventuellement, le risque de tout perdre?

"Je pense que c'est un assureur dont c'est le métier de faire ce genre de choses. Est-ce que c'est le même niveau de garantie? Honnêtement, on ne peut pas encore le dire. Mais on sait que cette revente a été avalisée par la Banque nationale de Belgique et vue par l'Autorité des marchés financiers."

Reste que Laguna est inconnue ici. Et que son premier courrier propose aux détenteurs de comptes First de les clôturer, moyennant paiement d'une prime. Quel est son intérêt à acheter des compte pour proposer à leur détenteur de les fermer illico? On ne peut que supposer qu'Ethias a exigé du repreneur qu'il offre cette possibilité pour protéger sa réputation.

Retour chez André

Il se demande s'il va accepter l'offre de clôture de son compte. C'est qu'il commence à craindre que, à force de se balader aux Bermudes, son argent ne finisse dans le triangle du même nom.

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