L'étrange affaire du GSM de l'écrivain mort

Bienvenue au Lycée Charles Plisnier, de Saint-Ghislain ! Un lycée moderne puisque, depuis une dizaine d'années, il s'est doté de deux numéros de GSM, qui servent à envoyer des SMS aux parents d'élèves. Mais, un beau jour de novembre, Dimitri D'Agostino, son directeur, a décidé de changer de type de contrat. Pourquoi donc ?

- On a eu la possibilité d'obtenir un smartphone à prix réduit en changeant de formule. Et ce téléphone, on aurait pu le mettre à la disposition des enseignants qui partent en voyage scolaire, pour qu'ils ne doivent pas utiliser leur téléphone personnel. C'était pour nous un petit plus.

Assez logiquement, le directeur appelle le call center d'Orange

Il explique qu'il voudrait modifier les deux contrats, donne les numéros concernés...

- Et la dame me dit : "Puis-je parler à M. Charles ?" J'ai été un peu surpris : il n'y  aucun Charles dans mon entourage. Et j'ai compris: elle voulait parler à Charles Plisnier. Donc, je lui dis : "Malheureusement, il est décédé". Elle m'a presque présenté ses condoléances.

Charles Plisnier ne répondra plus au téléphone...

Explication : le contrat a été établi, non pas au nom d'une société ou d'une institution mais d'une personne physique. Et donc :

- Aucune modification de contrat n'est possible sans parler à la personne titulaire de ce contrat. Donc, il faudrait le numéro de carte d'identité de Charles Plisnier ou sa signature.

Problème : c'est en 1952 que Charles Plisnier a quitté cette vallée de larmes... Mais, de toute façon, le nom complet du titulaire du compte, ce n'est pas Charles Plisnier, c'est M. Lycée Charles Plisnier. D'ailleurs les mails d'Orange  commencent par "Bonjour Lycée"

- Donc, quand vous téléphonez, on demande à parler à M. Lycée Charles Plisnier ?
- Non, en général, ils demandent à parler à M. Charles. Apparemment, le prénom Lycée n'est pas très commun.

... Plus jamais !

Vous me connaissez: je ne supporte pas qu'on s'en prenne aux écrivains morts. Direction donc : le siège d'Orange. Jean-Pascal Bouillon, le porte-parole, s'est penché sur le dossier. Et il est formel :

- Nous avons plusieurs fois réagi envers le client. Nous lui avons d'ailleurs envoyé plusieurs fois des offres, il a eu plusieurs contacts avec nous.

Des contacts pas évidents, puisque, au départ, Orange a appelé les deux numéros en question. Et que les appels ont échoué dans la boîte d'envoi des SMS du Lycée, qui ne prend aucun appel ou SMS entrant. Ce que le directeur du Lycée avait pourtant signalé à de nombreuses reprises.

Sur ce coup, le porte-parole d'Orange présente toutes ses excuses

- Il y a eu une erreur due à l'incompréhension. Ce n'est pas normal qu'on n'ait pas réussi à modifier rapidement les données qui nous ont été communiquées. Nous aurions du réagir plus rapidement.

Et, dans la foulée, il explique d'où vient le problème :

- Pour pouvoir procéder à un changement, il faut qu'une personne soit accréditée, c'est à dire que notre système la reconnaisse comme ayant mandat, autorité pour pouvoir procéder à ce changement. Donc, lorsque cette personne nous contacte, pour changer de contrat ou d'offre ou pour bénéficier d'une promotion, nous allons, en magasin ou via le call center, vérifier son identité pour que le changement puisse bien être opéré comme il se doit.

Mais à présent, tous les malentendus sont levés

D'ailleurs, le directeur et l'économe sont tout contents : ils viennent de recevoir une nouvelle proposition de contrat d'Orange. Sauf que... Une nouvelle fois, le courrier porte en en-tête : Nom Charles Plisnier, prénom Lycée...

En attendant que ses petits soucis se résolvent, Dimitri patientera en lisant un bon bouquin. De Charles Plisnier, évidemment !

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