Yves Hellendorff: "Nous payons deux fois les médicaments, par les subsides et le produit"

Yves Hellendorff :"Nous payons deux fois les médicaments, par les subsides et le produit"
Yves Hellendorff :"Nous payons deux fois les médicaments, par les subsides et le produit" - © LAURIE DIEFFEMBACQ - BELGA

Yves Hellendorff, membre de la CNE et de la plate-forme d'action Santé & Solidarité, qui regroupe des syndicats, des collectifs citoyens, des ONG, et des mouvements sociaux, était l'invité dans Week-end Première.

La plateforme fait partie du réseau européen contre la commercialisation de la santé. Ce 7 avril, à l'occasion de la journée mondiale de la santé, un an d’actions débutent jusqu'aux élections européennes en mai 2019.

Injustice sociale

Yves Hellendorff craint la commercialisation de la santé et milite pour que les citoyens s'en préoccupent, face à la mainmise européenne de la politique en la matière.

"Nos revendications, c’est la santé n’est pas une marchandise. Il faut donc qu’on la protège des appétits des multinationales qui veulent faire de l’argent dessus. La santé est la qualité de vie de la population, ça ne peut pas être une question de moyens. Celui qui a du fric peut se payer des soins de qualité, celui qui n’en a pas reste sur le côté, ce n’est pas le modèle que nous voulons, ni en Belgique, ni en Europe."

Toute puissance des firmes pharmaceutiques

Le syndicaliste craint l'arrivée d'un modèle à l'américaine "beaucoup plus cher que celui que nous avons en Europe et bien moins efficace. Hors nous sentons bien qu’il y a une pression à mettre en place un système de ce type, avec des assurances privées et des opérateurs à but lucratif".

Yves Hellendorff dénonce un manque de transparence de la part des États et un double financement imposé aux citoyens : "l’Europe est construite sur cette idée qu’il y a une libre installation et une libre concurrence, chacun peut venir faire de l’argent et les États ne s’en occupent pas. Les autorités publiques donnent des moyens aux firmes pharmaceutiques pour développer de nouvelles molécules, parfois juste relookées et on nous refile le même produit."

Il ajoute que "les firmes nous vendent ces produits à prix fort et nous payons deux fois : par les subsides publics et la molécule, une fois sortie".

Fin de la sécurité sociale ?

Yves Hellendorff pointe une privatisation croissante des maisons de repos et des hôpitaux, s'appuyant sur les dépenses des Français dans la chirurgie "froide", les interventions qui ne sont pas urgentes, "la pression pour s’ouvrir au privé est énorme. Il y a des holdings et des assurances privées en attente de pouvoir investir ce chantier, ce sont des masses financières énormes. Ils n’attendent qu’une chose : c’est qu’on supprime la sécurité sociale ou qu’on la fragilise au maximum".

Ce vendredi, Maggie De Block détaillait son plan poussant les mutualités à réinvestir les malades de longue durée dans leur travail, à travers une réforme du financement des mutuelles.

Yves Hellendorff parle de "double contrainte". Selon lui, la ministre de la Santé agit toujours de la même manière : "Elle dit à des gens en incapacité de travail 'vous pouvez retourner au boulot', pas de problème avec ça. Mais dans les hôpitaux et les crèches, les équipes crèvent parce qu’on met des gens en incapacité au boulot. Les équipes comptent donc sur les gens qui reviennent et qui repartent au bout d’une semaine parce qu’ils ne sont pas bien et on doit les remplacer au pied levé".

Un an d'actions

Ce vendredi, le syndicaliste portait un message devant le Parlement européen avec un symbolique drap blanc sur lequel on pouvait lire "Health for all" (la santé pour tous), c’est ce type d’actions qui va être mené à l’occasion de la journée de la santé, notamment en Italie, en Espagne, en France et aux Pays-Bas.

"On se met d’accord sur une plateforme de contenu, de revendications, on va aller vers les gens pour qu’ils participent à cette démocratie européenne. Avec eux, nous allons émailler jusqu'aux élections européennes."

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