Younès, le djihadiste anversois devenu écrivain... et propagandiste

Jusqu’en 2007, il s’appelait Michael. Aujourd’hui, il se fait appeler Younès. Depuis sa conversion à l’islam, ce Flamand de 26 ans est devenu un cas d’école en matière de radicalisation.

Membre de Sharia4Belgium, Younès rejoint la Syrie fin 2013 pour combattre aux côtés du groupe terroriste État islamique. Son expérience syrienne aura duré six semaines. Une expérience qu’il désirait transmettre au plus grand nombre.

Voilà qui est fait. Cet islamiste assumé vient d’écrire un livre, publié aux éditions La Boîte à Pandore. Il y explique comment il en est venu à se radicaliser. "Je veux faire comprendre que des éléments religieux peuvent amener à partir en Syrie. Ce n'est pas seulement parce qu'on a grandi dans un milieu problématique qu'on part là-bas. Il peut y avoir une idéologie favorable à ces départs vers des zones de guerre."

Une idéologie qu’il partage sans honte. Il affirme d’ailleurs que s’il ne risquait pas l’arrestation, il repartirait vers la Syrie, ou du moins vers un pays islamiste. "Dans une démocratie, un musulman ne peut pas fonctionner comme il le voudrait. Il ne peut pas vivre son islam complètement", assène-t-il. Et de citer en exemple les pseudo-obligations des femmes : "Nos femmes ont des restrictions vestimentaires. Il y a beaucoup d’interdictions qui ne sont pas respectées ici". Un discours glaçant, en rupture totale avec le modèle démocratique.

"Aucun remord"

L’Anversois dit ne rien regretter de son séjour à Alep, en Syrie. Il dépeint le voyage de manière presque lyrique, louant la beauté de paysages pourtant couverts de ruines. Sa modeste fonction de fossoyeur ne l’a visiblement pas traumatisé : "Les combattants sont morts de la plus belle des façons, en martyrs", admire-t-il.

À nouveau, ce discours de propagande fait froid dans le dos. Younès assure pourtant n’avoir jamais été violent. À son retour de Syrie, il n’avait été emprisonné que deux mois, faute de preuves de participation à des actes terroristes. Le jeune homme n’a pourtant jamais condamné les actes perpétrés par Daech. Dans son livre, il se pose en victime de la société occidentale "qui ne lui laisse pas vivre sa foi librement".

Boulanger récemment remercié, le jeune Flamand tacle également le gouvernement belge pour le "manque de réinsertion des individus radicalisés". Une manœuvre de victimisation qui inquiète les experts.

Conscientisation ou propagande ?

La publication de son récit suscite le débat. Les experts sont partagés entre l’intérêt de comprendre le phénomène de radicalisation de l’intérieur, et l’écueil de la propagande.

Michaël Dantinne, criminologue à l’ULg, est sans appel : il qualifie le discours de Younès de dangereux. "Des jeunes pourraient s’identifier au mal-être qui l’a conduit à se radicaliser, et vouloir l’imiter".

Se défendant de toute apologie du terrorisme, les éditions La Boîte à Pandore assurent, de leur côté, qu’elles reverseront les bénéfices du livre à MSF France, qui gère les camps de réfugiés à la frontière turque. D'aucuns y verront bon moyen de se dédouaner. L'éditeur précise toutefois que le cas de Younès Delaforgerie n'est pas unique et qu'il reverse les bénéfices des ouvrages de tout personne condamnée au pénal en Belgique.

Newsletter info

Recevez chaque matin l’essentiel de l'actualité.

OK