Yasmina, mère de deux jeunes partis faire le djihad en 2013 : "On nous a dit qu'il n'était pas interdit de partir en Syrie"

C’est une mère de famille qui était ce matin l’invitée de Thomas Gadisseux sur Matin Première. Une mère qui a perdu ses deux fils, partis en Syrie en 2013. L’un d’eux était mineur au moment de partir faire le djihad. Aujourd’hui, elle attaque l’Etat belge en justice pour non-assistance à mineur en danger.

L’histoire de Yasmina (prénom d’emprunt) commence en 2012. Quand son fils aîné, Zacharia, présente des signes de "transformation avec des idées qui ne lui appartenaient pas". Inquiète de voir "une menace planer autour de [son] fils" âgé de 22 ans, la mère de famille se rend à la police pour signaler que son enfant présente un danger. Mais elle ne sera pas entendue. "Nous avons demandé aide et protection aux autorités belges. Ils nous ont renvoyés à la maison en disant que notre fils était majeur et qu’il n’avait pas de casier judiciaire, donc qu’il n’y avait pas de raison de l’interpeller."

Partir pour "aider le peuple syrien"

Elle l’affirme : personne, à l’époque, ne semble prendre la mesure du problème. "On nous a dit : 'Il n’est pas interdit de partir Syrie'". Fin décembre 2012, tout bascule. "La soirée du 21 décembre 2012, je passais dans la chambre de mes enfants pour m’assurer que tout se passait bien avant d’aller me coucher. J’ai eu l’attention attirée par une feuille blanche qui dépassait sur sa table de chevet. J’ai soulevé la feuille et vu un passeport et un billet d’avion."

"Le lendemain on a eu une discussion avec Zacharia pour expliquer sa démarche." Le jeune homme explique qu’il compte se rendre "dans les camps de réfugiés syriens dans le sud de la Turquie pour aider le peuple syrien".

Depuis, des recruteurs ont été jugés, dont Jean-Louis Denis qui a purgé une peine de 5 ans de prison. Pourtant, déplore Yasmina, "on a découvert qu’il y avait d’autres protagonistes dans l’ombre qui avaient activement contribué au départ de mes fils. Ceux-là sont toujours en liberté".

Ils ont pris l’avion à Zaventem comme on prend le tram à Bruxelles.

Aujourd’hui, Yasmina porte plainte contre l’Etat belge et attend "justice et réparation". Ce qu’elle souhaite, c’est "que les dirigeants et les gouvernants de ce pays assument leur responsabilité dans le départ, dans la non-assistance, et encore aujourd’hui dans la non-assistance d’enfants nés là-bas et pour lesquels l’Etat se questionne de manière insoutenable".

La mère de famille n’accepte pas non plus les explications fournies par les autorités à la suite du départ de son fils. "On nous a expliqué a posteriori qu’à l’époque on n’avait pas suffisamment d’expérience de la problématique, de recul pour préjuger d’un drame imminent. On est confrontés à une situation où nos enfants et petits-enfants sont dans des camps. Ce ne sont pas des camps de réfugiés, ce sont des camps de détention."

"Ma cliente a voulu mettre en cause la responsabilité de l’Etat belge, en particulier pour son plus jeune fils qui avait 16 ans, il était à l’école à Bruxelles en quatrième humanité, explique l’avocat Alexis Deswaef, lui aussi présent dans le studio de Matin Première ce mardi matin. Un jour, il est parti avec un copain de classe. Ils ont pris l’avion à Zaventem comme on prend le tram à Bruxelles. Il n’y a pas eu de contrôle. Il y a bien un douanier qui a dû voir la carte d’identité et voir que c’était un mineur qui prenait l’autoroute pour aller en Syrie."

Dans ce contexte, Alexis Deswaef se réfère à l'avis de Paul Van Tigchelt, le directeur de l'organe de coordination pour l'analyse de la menace (OCAM), qui affirme que les enfants de djihadistes "ne sont pas des terroristes, mais des victimes". Et l'avocat de conclure : "C’est une question de sécurité de rapatrier tout le monde et de les juger ici. C'est ça qu'on demande."

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