Y a-t-il des preuves de l’utilité de l’obligation de port du masque pour lutter contre le coronavirus ? Eléments de réponse

"Il n’y a aucune preuve scientifique de l’utilité du port du masque obligatoire", voit-on fleurir sur les réseaux sociaux, la plupart du temps chez ceux qu’on appelle les "anti-masques", ceux qui s’opposent, parfois violemment, au caractère obligatoire de cette mesure sanitaire dans la lutte contre l’épidémie de coronavirus.

Alors, ont-ils raison ? Globalement, oui, il n'y a pas de preuve scientifique absolue, et ce pour une bonne raison, expliquée dans la somme d’études "Bases scientifiques justifiant le port du masque en public lors d’une épidémie virale à transmission respiratoire" rédigée par les professeurs Baele et Gala : pour prouver l’utilité de cette mesure comme on le fait de l’usage d’un médicament, il faudrait créer des groupes en "double aveugle", numériquement équilibrés. Le hic, c’est que le principe même de ces études est que ni le patient ni le médecin ne savent qui reçoit un traitement conventionnel et qui reçoit le nouveau traitement : impossible de ne pas savoir qui porte un masque !

Et éthiquement, rajoutent les professeurs, il serait "problématique d’envisager d’interdire le port du masque dans une ville et de le rendre obligatoire dans une autre ville à la fois comparable mais suffisamment éloignée, seule façon de mesurer en conditions réelles l’efficacité de cette mesure, toutes autres choses étant égales".

Donc non, impossible de prouver scientifiquement l’utilité du port du masque obligatoire… tout comme il est impossible d’en prouver l’inutilité.

Mais il existe cependant des indicateurs que cette mesure est utile à la lutte contre l’épidémie de coronavirus :

1°) Porter un masque REDUIT la possibilité de transmission

Ce fait-là par contre est prouvé par maintes études. On sait désormais que la principale source de transmission du virus se fait via les gouttelettes expirées par un individu contaminé. Et ce d’autant que ces particules peuvent rester un certain temps dans l’air, ce qu’on a appelé l’effet aérosol. Et les masques, quelle que soit leur matière, qui couvrent entièrement la bouche et le nez (ce n’est donc pas le cas des visières), interceptent donc une part très significative des particules du virus.

Tous n’ont pas la même efficacité, mais il est prouvé que portés correctement, tous REDUISENT le risque de transmission, en interceptant les gouttelettes contenant potentiellement du virus. Ils ne sont pas étanches mais filtrants. Ils augmentent aussi un peu la protection du porteur contre les gouttelettes émises par d’autres, mais de façon moins significative. Une étude en Chine sur la précédente épidémie de coronavirus en 2002 a montré que les personnes qui ne portaient jamais de masques étaient significativement beaucoup plus nombreuses à avoir été malades que celles qui le portaient toujours. Si les deux personnes portent un masque, l’effet est toutefois démultiplié.

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2°) Porter un masque empêche de se toucher le nez et la bouche, ce qui est un vecteur de contamination

Outre l’inhalation directe de particules contenant le virus, l’autre principale voie de contamination, c’est via nos mains : pas directement, mais parce que nous portons régulièrement nos mains au visage, une façon de contrôler notre émotion et notre capacité d’attention, selon les chercheurs. Et le virus passe alors par les muqueuses.

Bien sûr, le plus efficace contre ce mode de contaminations est de se laver régulièrement les mains, mais nous n’en avons pas toujours l’occasion. Dans ce cas, "le port d’un masque peut réduire la propension des gens à toucher leur visage, ce qui est une source majeure d’infection sans une bonne hygiène des mains", déclare Stephen Griffin, virologue à l’Université de Leeds, au Royaume-Uni.

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3°) Les pays où le port du masque a été obligatoire dès le début s’en sortent plutôt mieux que les autres, alors que dans les pays "anti-masques", le virus a fait des ravages

S’il n’a été imposé que récemment chez nous, le port du masque était déjà une habitude dans plusieurs pays asiatiques, et ce depuis la précédente épidémie de coronavirus. Et dans les pays, où il s’est rapidement généralisé, dès l’apparition du Covid-19, le virus a plutôt été bien maintenu, malgré des contacts importants avec la région de Wuhan où le virus est apparu.

Ça a été le cas par exemple au Vietnam, où le port du masque était obligatoire dès la sortie du logement : c’est une des pays au monde où il y a eu le moins de cas et le moins de décès, 11 cas par million d’habitants, et 0,4 décès, contre 18.802 cas et 582 décès au Brésil, où les autorités ont longtemps rejeté ce port du masque.

Idem à Honk Kong, pourtant considérée comme à risques à cause de sa densité, de son internationalisme et des contacts avec la Chine. "Le masquage universel, en tant qu’ensemble de mesures anti-épidémiques, y compris une plus grande distance sociale et une meilleure hygiène des mains, a joué un rôle déterminant dans le contrôle de Covid-19", a déclaré le professeur David Hui Shu-cheong, expert en maladies infectieuses de l’Université chinoise de Hong Kong.

La Corée du Sud et la Thaïlande, pays où le port du masque est dans les mœurs, ont enregistré semblables bons résultats.

Et en Europe, la Slovaquie a joué cavalier seul, à une époque où l’OMS déconseillait plutôt le masque aux non-symptomatiques. Résultat, elle est le pays d’Europe à avoir connu le moins de décès par million d’habitants : 7 contre… 853 en Belgique, où ce port du masque a été décrété bien tard.

Une analyse portant sur les stratégies de 196 pays démontre ainsi une association négative entre le port d’un masque facial ou une politique volontariste en la matière et la mortalité liée au coronavirus par habitant : dans les pays qui ne recommandaient PAS les masques faciaux, la mortalité liée au coronavirus par habitant augmentait chaque semaine de 62,1% après le cas index, contre 15,8% dans les pays ayant préconisé le port du masque…

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4°) On a des exemples concrets de personnes contaminées n’ayant transmis le virus à personne lorsqu’elles portaient le masque, mais qui ont contaminé des proches lorsqu’ils l’ont enlevé

Ce n’est pas vraiment une preuve scientifique, mais ce qu’on appelle "une preuve par l’exemple", via une étude de cas : contaminés par le coronavirus, deux employés d’un salon de coiffure américain ont porté un masque de protection pendant leurs interactions avec leurs clients. 139 personnes ont fréquenté l’établissement en l’espace de quelques jours et AUCUNE n’a été infectée. Il est à noter que la plupart des clients portaient aussi un masque.

La coiffeuse A a par contre contaminé le coiffeur B, avec qui elle échangeait sans masque lors de leurs pauses. Et dans les quatre contacts étroits qu’a fréquentés la coiffeuse A, TOUS ont développé des symptômes, et ont reçu un test positif.

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